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Donald Trump : le président de l’anti-écologie

9 novembre 2016 / Hélène Crié-Wiesner (Reporterre)



Donald Trump a été élu mardi 8 novembre président des États-Unis. Son programme ? L’environnement n’est pas un problème et les réglementations sont de trop. Bienvenue aux États-Unis.

  • Raleigh (Caroline du Nord, États-Unis d’Amérique), correspondance

Hillary Clinton et Donald Trump ont expliqué (ou pas), détaillé (ou pas), ce qu’ils comptaient faire pour le pays. Tout y est passé : emploi, commerce, immigration, politique étrangère, maternité, enseignement… Un seul sujet n’a suscité ni débat public ni engueulade médiatisée, tout juste des positions de principe de part et d’autre : l’environnement.

La faute n’en revient pas aux seuls candidats, que ni les supporters dans les meetings ni les journalistes dans les interviews n’ont jamais sérieusement interpelés sur ce thème. Il y a eu trois grands débats télévisés officiels, regardés par des dizaines de millions de spectateurs. Sur un total de 4 heures 30 minutes, l’environnement a occupé en tout… 5 minutes et 20 secondes. Et ce ne sont jamais les journalistes modérateurs qui ont évoqué le sujet, mais Hillary Clinton elle-même, dont une fois en répondant à une question du public sur l’énergie.

Pour autant, on a quand même une idée assez claire des programmes respectifs des candidats. Celui d’Hillary Clinton était sans surprise : elle entendait notamment poursuivre l’action d’Obama contre les émissions de CO2 et pour l’abandon progressif du charbon. Elle promettait aussi de faire largement progresser les énergies renouvelables. Elle soutenait bien sûr l’accord de Paris sur le climat.

« Rendre l’industrie américaine non compétitive » 

Donald Trump est quant à lui un climatosceptique revendiqué. En 2012, il avait proféré cette sublime vérité sans appel : « Le concept du réchauffement climatique a été créé par la Chine pour rendre l’industrie américaine non compétitive. »

Hillary Clinton a tenté de le relancer là-dessus lors du premier débat, mais il a esquivé. On aurait aussi aimé savoir si, comme nombre de membres du parti républicain, Trump a l’intention de supprimer l’Environmental Protection Agency (EPA), l’équivalent — en bien plus puissant — de notre ministère de l’Environnement.

En mai dernier, lors d’une conférence réunissant les industries pétrolières dans le Dakota, Trump avait consacré un discours tout en finesse à son futur « programme » énergétique. Lui président, fini de jouer à l’écolo béat ! Édicter, comme l’a fait Obama, « une règlementation qui oblige des centaines de centrales à charbon à fermer, et qui bloque la construction de nouvelles, c’est pas stupide, ça ? » Bien sûr, Trump relancera l’exploitation et l’utilisation du charbon, et intensifiera les forages partout sur son territoire. L’oléoduc Keystone, qui devait acheminer les pétroles lourds canadiens vers les raffineries états-uniennes et qu’Obama avait décidé de ne pas autoriser, sera construit. Toutefois, Trump précise qu’il n’est pas contre les énergies renouvelables, car il tient à l’autonomie énergétique de son pays : « On aura toutes sortes d’énergies, tout ce à quoi vous pouvez penser. » Sauf qu’il a des réserves : «  Le soleil est très cher. Le vent est aussi un problème, c’est très, très cher, ça ne marche pas sans subvention. Mais en dépit de tout cela, je suis favorable à tous les types d’énergie. »

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La mine de charbon de Gillette, dans le Wyoming, en 2008. Donald Trump a annoncé qu’il relancerait l’exploitation et l’utilisation du charbon

Pour ceux qui se grattaient encore le crâne, toujours pas sûrs d’avoir compris les intentions environnementales des deux candidats, il y a eu une session de rattrapage confidentielle le 25 octobre : l’université de Richmond, en Virginie, avait invité les deux conseillers énergie à développer les programmes de leurs patrons.

  • L’accord de Paris sur le climat, ratifié par Obama en personne, aurait été respecté par Clinton. En revanche, Trump jouera plus fin que prévu. Une fois président, il présentera le texte de l’accord au Sénat, lequel ne trouvera évidemment pas la majorité des deux tiers requise pour le ratifier. Trump dira alors à l’ONU que les États-Unis s’en retirent.
  • Sur les gaz de schiste, Clinton assurait que cette industrie doit être plus sévèrement encadrée qu’elle ne l’est actuellement. Mais elle soutenait le fracking (la fracturation hydraulique), parce que, selon elle, le gaz naturel est plus propre que le charbon et le pétrole quand il s’agit de produire de l’énergie - oubliant la production de méthane, un puissant gaz à effet de serre, liée à la production de gaz de schiste. Celle-ci est fondamentale pour l’autonomie énergétique des États-Unis, assurait-elle. Réglementation environnementale en moins, Trump a les mêmes positions.
  • Le nucléaire fait partie du package énergétique des deux candidats : Clinton au nom du climat, Trump pour le business. Sauf qu’aux États-Unis, ce sont les énergéticiens eux-mêmes qui trainent les pieds depuis des années, à cause des coûts faramineux de construction et de sécurité.
  • Les énergies renouvelables sont au programme des deux côtés, mais il n’y avait que Clinton pour affirmer sa volonté d’augmenter considérablement leur part : de 16 % aujourd’hui à 33 % d’ici à 2025. Lors du débat, le conseiller de Clinton avait précisé que, pour parvenir à ce résultat, il allait falloir construire beaucoup de lignes haute-tension pour relier les sites de production solaire et éolienne aux cités énergivores.

Infrastructures et relance des travaux publics 

Ce dernier détail renvoie à des propositions importantes concernant les infrastructures et la relance des travaux publics, que les candidats ont, cette fois, largement commentées pendant toute la campagne [1].

Les deux insistent sur l’état lamentable des routes, des ponts et des aéroports du pays. Ils assurent que leur reconstruction créerait des milliers — voire des millions d’emplois. Clinton proposait un plan d’investissement de 275 milliards de dollars sur 5 ans. Trump suggère carrément de doubler la mise, mais sans grande précision sur ce qu’il entend faire.

Qui dit grandes infrastructures dit forcément combats écologiques à venir. Prudemment, les grandes associations environnementalistes se sont abstenues de commenter cette partie du programme des candidats.




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[1À lire en complément l’article de Atlantico d’août 2016 : « The problem with Clinton and Trump’s infrastructure plans ».


Lire aussi : « Les Etats-Unis sont comme une maison rongée de l’intérieur et sur le point de s’écrouler »

Source : Hélène Crié-Wiesner pour Reporterre

Photos :
. chapô : Donald Trump (Wikimedia)
. Mine : Wikimedia (Greg Goebel/CC-BY-SA-2.0)

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