EELV s’unit autour du climat

Durée de lecture : 4 minutes

11 mai 2015 / Hervé Kempf (Reporterre)

Le parti écologiste s’engage : « Je sauve le climat ». Un bon moyen de sauver son unité face à l’effet dissolvant d’un PS plus à droite que jamais.


Europe Ecologie Les Verts (EELV) s’est rapproché ce week-end de la sérénité. Réunis en conseil fédéral les 9 et 10 mai à Paris, la centaine de délégués du parti ont cherché à panser la plaie ouverte par le désir de plusieurs parlementaires - notamment Jean-Vincent Placé, Denis Baupin et François de Rugy - de réintégrer le gouvernement malgré l’opposition de la majorité des militants du parti écologiste. Un mois après la tentative avortée de lancer un autre parti écologiste, le feu parait éteint.

C’est en tout cas ce qu’a jugé la secrétaire nationale d’EELV, Emmanuelle Cosse, axant son discours, assez longuement applaudi, sur la nécessité de l’union. Elle a ensuite parlé longuement du climat, appelant le parti écologiste à se mobiliser pour la COP21 (Conférence des Nations unies sur le climat, à la fin de l’année), afin qu’elle « soit un succès, tant dans les salles de réunion que dans les rues ». Et concluant : « L’écologie est de retour, mettons-nous en ordre de bataille ».

Le parti a ainsi lancé dans l’enthousiasme sa campagne Je sauve le climat. Premier geste : la création par quiconque de petites affiches indiquant une phrase de son choix avant les mots "Je sauve le climat". Ce qui peut conduire à des slogans étranges, du "J’ai un pull troué, je sauve le climat", au consensuel, "Je bois du vin naturel,...", ou au naturaliste façon Cécile Duflot, "J’aime les loutres, je...", etc., selon la fantaisie de chacun(e).

Les réseaux sociaux s’en sont tout de suite donné à coeur joie, tournant ou détournant le slogan, et souvent de manière sympathique, comme avec celui-ci particulièrement pertinent :

Le consensus climatique ne cachait cependant pas la prise de distance de plus en plus grande prise par le parti écologiste à l’égard de son (ex ?) allié, le PS, comme l’a montré le débat de politique générale.

« Cette semaine, dit Julien Bayou, porte-parole d’EELV , pas facile d’être écologiste. Comment expliquer le soutien de plusieurs députés EELV à la loi sur le renseignement ? » Denis Baupin et François de Rugy, parmi d’autres, ont en effet voté cette loi. Pour Florence Pélissier, « La succession de lois émanant d’un gouvernement dit de gauche provoque la sidération. On a du mal à s’en remettre ». La députée Danièle Auroi déplorait « la dérive néo-libérale du PS », tandis que la député européenne Karima Delli assurait que « le PS est devenu le parti le plus conservateur de France. Retrouvons le lien avec les citoyens. Une bonne cure d’autonomie nous fera du bien ».

L’autonomie à l’égard du PS est devenu le mot d’ordre, au moins pour les régionales de l’hiver prochain, qui présentent l’avantage de se dérouler à la proportionnelle et sur deux tours - un mode de scrutin idéal pour les écologistes. Il reste à savoir jusqu’où ira l’autonomie, comme l’a rappelé le sénateur Jean Dessessard : « Quelle sera notre position aux présidentielles ? » Le contexte est en effet difficile, comme le soulignait Patrick Franjou : « Au Royaume-Uni, la droite a gagné, en Espagne, Podemos stagne et la droite se renouvelle. Il y a un mouvement de droitisation en Europe. Il nous faut contribuer à réunifier la gauche dans son ensemble » Mais le PS de François Hollande, Manuel Valls et Emmanuel Macron fait-il encore partie de la gauche ?

Yannick Jadot, député européen, rappelait la priorité du moment : « Le sujet du climat, c’est l’écologie de la démonstration. 90 % de nos interventions sur les territoires doivent porter sur le climat ».

Têtes de listes aux régionales : plus de femmes que d’hommes

Les régionales, qui se interviendront au moment même où se déroulera la COP 21 (Conférence des Nations unies sur le climat), seront donc placées par les écologistes sous le signe du changement climatique. Et les écologistes ont désigné leurs têtes de liste :

. Sandrine Bélier (Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes),
. Françoise Coutant (Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes),
. Cécile Prudhomme (Bourgogne – Franche-Comté),
. René Louail (Bretagne),
. Charles Fournier (Centre),
. Emmanuelle Cosse (Île-de-France),
. Gérard Onesta (Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées),
. Yanic Soubien (Normandie),
. Sandrine Rousseau (Nord-Pas-de-Calais Picardie),
. Sophie Camard (Provence-Alpes-Côte d’Azur),
. Sophie Bringuy (Pays de la Loire),
. Jean-Charles Kohlhaas (Auvergne Rhône-Alpes),
. Jean-Alain Cadet (La Réunion).

En autonomie totale, ou avec des partis du Front de gauche ? Les velléités d’alliance avec le Front de gauche sont affaiblies par le langage de Jean-Luc Mélenchon, notamment parce qu’il a traité Daniel Cohn-Bendit de « dégénéré » en février. Mais M. Mélenchon est en retrait du Parti de gauche, et en Rhône-Alpes-Auvergne et en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, des allliances larges pourraient se produire.


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Lire aussi : Des écologistes cherchent à exister en politique hors d’EELV

Source et photos : Hervé Kempf pour Reporterre

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