Hervé Kempf, rédacteur en chef / © Mathieu Génon

« Une presse critique, indépendante et d’investigation…

…est la pierre angulaire de toute démocratie. Elle doit avoir une indépendance suffisante vis-à-vis des intérêts particuliers pour être audacieuse et curieuse, sans crainte ni faveur. » Nelson Mandela

1 donateurs soutiennent Reporterre ce mois-ci.

Objectif de 10 000 donateurs

Soutenez la presse indépendante,
faites un don en 2 minutes à Reporterre, même pour 1 €.

Soutenir le journal

Ecommoy éteint ses lumières et voit les étoiles

Durée de lecture : 4 minutes

1er mars 2019 / Danièle Garet (Silence)



En France, 570 communes possèdent le label Villes et villages étoilés décerné par l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes. Parmi elles, Ecommoy, dans la Sarthe, pratique l’extinction de l’éclairage nocturne depuis 2009.

  • Ecommoy (Sarthe), reportage

La commune d’Ecommoy, dans la Sarthe, compte 4.700 habitant·es. Une petite ville française comme bien d’autres, plutôt prospère, avec zone industrielle, zone commerciale et commerces en centre-ville, écoles, clubs sportifs, patrimoine historique (dont le château de Fontenailles), activités culturelles, etc.

L’équipe municipale actuelle, plurielle au plan politique, ne s’est pas fait élire sur un programme particulièrement écologique. Le maire, Sébastien Gouhier, explique : « Quand notre équipe a été élue, en 2008, la commune était suréquipée en mâts d’éclairage, en points lumineux. On avait été dans une période de bling-bling et sous l’emprise d’entreprises privées qui se nourrissaient sur la bête, avec des coûts exorbitants chaque fois qu’il fallait changer une ampoule, par exemple. On avait le cas symptomatique de l’allée de Fontenailles, qui traverse un écoparc, jalonnée de mâts d’éclairage qui n’éclairaient que les arbres, avec des ampoules dans les feuillages ! Or, sur le constat de ce que cela coûtait, et dans le contexte de la crise financière de 2008 qui a été un élément déclencheur, tout le monde, de droite comme de gauche, écolo ou pas, était d’accord pour sortir de ces pratiques aberrantes, dues à la fois aux anciennes municipalités et aux lobbies de l’éclairage. Et tout le monde était soucieux de faire des économies. »

Conjonction des préoccupations économiques et écologiques 

Par ailleurs, une réunion publique a été organisée en 2008 avec le club d’astronomie local et le correspondant départemental de l’ANPCEN (l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes), Bernard Bonsens. Elle a renforcé la prise de conscience des effets de la pollution lumineuse sur l’environnement. Les habitant·es y étaient d’autant plus sensibles qu’une importante population de chauves-souris vit sur le territoire communal.

Ecommoy, dans la Sarthe.

Ainsi, la conjonction des préoccupations économiques et écologiques a permis de décider sans difficulté, dès 2009, d’éteindre l’éclairage la nuit. Cela n’allait pourtant pas de soi : « Notre commune est plutôt conservatrice, avec nombre de retraités et de commerçants qui se soucient, légitimement, de sécurité. Mais l’argument des coûts a été décisif et, pour la sécurité, les faits ont vite parlé d’eux-mêmes : l’arrêt de l’éclairage la nuit n’a entraîné aucun problème. On a même pu constater que des regroupements de gens qui faisaient régulièrement du bruit au centre du bourg ont plutôt cessé avec l’extinction de la lumière », dit le maire.

En 2014, Ecommoy participe pour la première fois au concours Villes et villages étoilés et a obtenu d’emblée deux étoiles. Puis, en 2018, une troisième. Parmi les mesures qui ont permis d’obtenir ces distinctions figure bien entendu l’extinction nocturne de l’éclairage, toujours en usage, avec même une plage d’extinction augmentée (désormais entre 22 h 30 et 6 h du matin, 7 h les dimanches et jours fériés). Cette pratique a rapporté le temps de fonctionnement annuel de l’éclairage à 1.300 heures (contre 4.100 heures pour un fonctionnement toute la nuit).

Continuer la rénovation du parc de luminaires dans un esprit de sobriété 

Mais au-delà de cette mesure phare, c’est tout l’éclairage de la commune qui a été repensé. Le nombre de points lumineux a été rapporté de 900 à 830. La commune a commencé à remplacer ses anciens luminaires par des LED (30 % du parc à ce jour) en les choisissant avec soin. La lumière est émise exclusivement vers le bas et ne pénètre donc pas dans les habitations. Les ampoules ont une température de couleur de 3.000 K, « qui équivaut à un lever ou coucher de soleil, la valeur minimale pour éclairer et maximale pour ne pas nuire à l’environnement ». Des horloges astronomiques ont été installées pour optimiser les éclairages et les extinctions.

Une chauve-souris dans le ciel nocturne d’Ecommoy.

Bernard Beignion, conseiller municipal délégué notamment à l’éclairage public, conclut : « Ces actions ont permis de réduire la consommation annuelle de 38.375 kWh (204.383 kWh en 2014 et 166.008 kWh en 2017). Soit une diminution de près de 19 %. »

L’équipe municipale a l’intention de poursuivre sa politique en matière d’éclairage : continuer la rénovation du parc de luminaires dans un esprit de sobriété. Elle entend faire respecter la législation entrée en vigueur au 1er juillet 2018 sur l’extinction des publicités et enseignes lumineuses. Mais, sur ce point, Sébastien et Bernard se montrent confiants : « On va surtout diffuser l’information, par exemple par les bulletins municipaux, ou dans le cadre d’actions de la communauté de communes. La politique municipale en matière d’éclairage est connue depuis longtemps et les commerces jouent le jeu. Par exemple, nous avons un Hyper U qui s’est tout à fait conformé à nos pratiques d’extinction. »

Une chouette dans le ciel nocturne d’Ecommoy.




Lire aussi : Le village qui éteint ses réverbères pour rallumer les étoiles

Source et photos : Article transmis amicalement à Reporterre par Silence.

. chapô : La Couyère (Ille-et-Villaine). Wikipedia (François Goglins/CC BY-SA 4.0)

THEMATIQUE    Politique Pollutions
4 décembre 2020
À Barcelone, les femmes repensent la ville
Alternatives
3 décembre 2020
Élysée, braconnier devenu cultivateur de cacao
Alternatives
21 octobre 2020
Contre les Center Parcs « qui veulent remplacer la nature », les opposants se regroupent
Reportage


Sur les mêmes thèmes       Politique Pollutions