En Australie, « il faudrait des jours de pluie diluvienne pour stopper les feux »

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23 janvier 2020 / Lilas-Apollonia Fournier (Reporterre)



La côte est de l’Australie a été touchée par de fortes pluies, mêlant vent et grêle. Cependant, ces précipitations n’ont pas suffi à éteindre tous les foyers d’incendie qui continuent à dévorer les forêts et devraient s’accentuer en février, période habituellement caniculaire.

  • Melbourne (Australie), correspondance

De la pluie est tombée sur une partie de l’État du Victoria ce jeudi 23 janvier. La météo capricieuse de ces derniers jours sur la côte est australienne, qui a mêlé vent et grêle, a donné espoir aux habitants de voir les feux se dissiper. « Ne soyez pas complaisant avec la pluie que nous avons vue », a répondu la ministre de la Police du Victoria, Lisa Neville. « Ces incendies sont toujours en mouvement, ils continuent de croître », a-t-elle déclaré. En effet, certaines zones touchées par les feux ne connaissent « que le début » d’une crise dévastatrice, selon le Premier ministre du Victoria, Daniel Andrews.

Rien n’indique que la partie sud du pays verra des précipitations nettement supérieures à la moyenne cet été, selon le Bureau de Météorologie. Dans le nord de l’État du Victoria, les incendies n’ont eu que quelques heures de pluie ces derniers jours. Pas assez pour humidifier la terre et atténuer les feux. « Le problème, c’est que certains arbres ont perdu leurs feuilles et celles-ci, comme le sol, n’absorbent plus l’eau, explique Luke Heagerty, porte-parole du State Control Centre, le centre de contrôle des urgences du Victoria. Il faudrait des jours de pluie diluvienne pour dissiper les onze feux qui brûlent dans l’État. »

Il estime que les feux continueront jusqu’au mois de mars, au moins. La difficulté reste les zones touchées, parfois difficiles d’accès, car les forêts sont très boisées. « Des arbres ont été brûlés par des incendies 15 ans plus tôt, les rendant dangereux, car ils peuvent tomber sur nos camions. Des pompiers ont été tués dans le passé comme cela, et nous préférons aujourd’hui voir les feux s’étendre sur une petite zone qu’envoyer nos soldats du feu dans des endroits trop dangereux, même si cela a malheureusement des conséquences sur l’environnement. »

« Nous manquons de temps à cause de l’urgence climatique » 

Pour le professeur Peter Kanowski, expert en gestion des forêts à l’Australian National University, le changement climatique rend ces incendies plus graves qu’à l’accoutumée. « Même si l’Australie connaît naturellement des conditions météorologiques extrêmes, celles-ci sont aggravées par le réchauffement climatique et les années de sécheresse que nous avons eues, commente-t-il. Ces nouvelles conditions deviendront typiques à l’avenir. »

Il appelle le gouvernement à repenser sa gestion du paysage pour limiter le combustible forestier, en s’inspirant des techniques ancestrales des Aborigènes, qui brûlent certaines zones du bush pour diminuer les risques d’incendie. Une technique parfois critiquée par certains écologistes qui craignent de voir la biodiversité affectée. « Certains endroits comme les forêts denses et humides doivent rester intacts, car ils ne sont pas adaptés à cette technique, dit le chercheur, mais nous devons redoubler d’efforts pour aider les communautés autochtones et nous-mêmes à réduire les combustibles, sans avoir un effet négatif sur la nature. »

Peter Kanowski souhaite également débattre de la méthode californienne, qui préfère couper des arbres. « Il y en encore beaucoup de choses à explorer pour réduire les combustibles et nous manquons de temps à cause de l’urgence climatique », dit le professeur.

En attendant, les habitants redoutent la période de canicule, qui frappe généralement le pays en février, et qui pourrait aggraver la situation des incendies. L’Australie a connu son année la plus chaude et sèche en 2019, avec des températures record mi-décembre. Luke Heagerty espère que les pluies de la saison des moussons du nord du pays vont humidifier l’air du sud, mais redoute surtout les orages de feux, sans pluie et presque imprévisibles. « Ils ont provoqué deux feux dans l’État ces derniers jours », note-t-il. Un phénomène qui pourrait augmenter ces prochaines années selon les scientifiques à cause du réchauffement climatique.


LES NOUVELLES EN BREF

Avions au sol — Un incendie dans la banlieue de Beard, près de Canberra, a forcé l’aéroport de la capitale de l’Australie à fermer ses portes et à annuler ses vols. - Source : ABC

Pluie brune — Une pluie brune est tombée sur Melbourne ce jeudi 23 janvier. La couleur étonnante provient de la poussière du nord de l’État. - Source : The Guardian





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Source : Lilas-Apollonia Fournier pour Reporterre

Photos :
. chapô : après le passage de la tempête sur Canberra, la capitale australienne, le 19 janvier 2020. @CampbellRhodes sur Twitter
. voiture : @ChrisPage90 sur Twitter

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