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Reportage — Monde

En Inde, douze jours de pluie sèment le chaos

Une route inondée dans l'Assam, le 24 juin 2022.

Des inondations meurtrières ont jeté des centaines de milliers d’habitants sur les routes dans l’Assam, État du nord-est de l’Inde. La vallée du Brahmapoutre semble de plus en plus inhabitable.

Barpeta (Assam, Inde), reportage

Sur les routes qui n’ont pas été inondées, c’est partout le même décor. Des véhicules klaxonnent pour se frayer un chemin au milieu des tentes de fortune des réfugiés. Les vaches et des chèvres qui ont pu être emportées par les fermiers sont attachées au bord de l’eau.

Certains ont jeté des bâches par terre pour faire sécher des céréales. « Je n’ai pu sauver que quelques sacs de riz, les autres ont été emportés par les flots, explique Kamal Uddin, 60 ans. Avec ça, on n’a pas de quoi tenir jusqu’à la prochaine récolte. Je ne sais même pas quand nous pourrons regagner notre maison. »

Les quelques refuges disponibles pour les déplacés climatiques dans l’Assam, dans le nord-est de l’Inde, sont pris d’assaut. « Pendant douze jours, le déluge s’est abattu sur notre village sans discontinuer », raconte Abu Bakar, 65 ans. Comme tous les anciens, il n’a jamais vu une pluie si intense. « Avec ma famille, on a laissé nos affaires précieuses sur le toit de la maison et nous avons fui jusqu’ici. »

Ici, c’est une école transformée en abri temporaire. Un toit, des toilettes, mais pas d’électricité dans ce hangar dont les fenêtres donnent sur l’eau qui s’étend à perte de vue. « Malheureusement, on nous a demandé de partir car les cours reprennent », se désole une mère qui s’apprête à rejoindre la cohorte d’habitants sur les routes.

Un homme déplore la perte de ses réserves de riz, emportées par les flots.

En plus des centaines de milliers de réfugiés, les inondations qui frappent l’Assam ont déjà fait au moins 135 morts. Gautam Gayan a perdu son frère. « Il a voulu couper le disjoncteur alors que l’eau montait mais s’est électrocuté. J’ai réussi à le dégager du courant, j’ai fait du bouche-à-bouche. Mais, faute de médecin, il est mort. »

« Il y a les noyés mais aussi les gens qui meurent faute de pouvoir accéder à leur traitement, comme les diabétiques », raconte Nilkamal, un étudiant en médecine de 25 ans qui vient en aide bénévolement aux populations. « Des ponts sont effondrés et des routes inondées, donc il est très dur d’acheminer les vivres et les médicaments. »

Le Premier ministre indien, Narendra Modi, a promis toute l’aide possible. « Nous travaillons en coordination avec le gouvernement central pour prévoir des refuges et acheminer les vivres nécessaires », assure Gyanendra Dev Tripathi, directeur du département de réponse aux catastrophes naturelles de l’Assam.

Sur place, les sinistrés semblent livrés à eux-mêmes. « À cause du manque d’hygiène, ils attrapent la diarrhée, la fièvre, des maladies de peau », poursuit Nilkamal, qui redoute « une explosion du paludisme dans ces eaux stagnantes ». Plus au sud, la ville de Silchar et ses 150 000 habitants est totalement submergée et les secours sont désemparés.

« Par endroits, les précipitations atteignent 600 % de plus que la normale »

Cette catastrophe d’une ampleur inégalée devrait durer alors que la pluie continue à tomber sur le bassin du fleuve Brahmapoutre. « Cette année, la mousson a commencé précocement, dès le mois d’avril, dit Gyanendra Dev Tripathi. Par endroits, les précipitations atteignent 600 % de plus que la normale saisonnière. »

Au changement climatique s’ajoutent le bétonnage des sols et l’urbanisation massive. « Nos cours d’eau naturels ont perdu leur capacité à évacuer les eaux pluviales à mesure qu’elles se remplissent de déchets solides tels que les plastiques », observe Partha Jyoti Das, chercheur en environnement et membre de l’ONG locale Aaranyak.

Des enfants s’entassent dans un camp de réfugiés cerné par les eaux dans l’Assam, le 24 juin.

Gyanendra Dev Tripathi, directeur du département de réponse aux catastrophes naturelles de l’Assam, se veut rassurant : « Avec la Banque mondiale, nous avons lancé des villages pilotes avec des refuges surélevés et de nouvelles variétés de riz plus résistantes aux inondations ». Des expériences microscopiques au potentiel contesté. Beaucoup d’experts jugent, eux, que la vallée du Brahmapoutre pourrait devenir invivable.

« Les inondations deviennent si fréquentes et si longues que ce n’est plus rentable pour les fermiers de replanter et reconstruire », juge Mirza Zulfiqur Rahman, chercheur spécialisé en rivières transfrontalières. « En Assam, la migration climatique vers d’autres États indiens, notamment le Kerala, a déjà commencé et va s’accélérer rapidement. »

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