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Guide pratique

En ville, ils ont réussi leur lombricompost

Avec le lombricompostage (aussi appelé vermicompostage), faire son compost en appartement est possible.

Des citadins racontent comment ils valorisent leurs biodéchets grâce au lombricompostage. Avantages, inconvénients, astuces... On fait le point sur ce minicompost d’appartement.

« J’ai un lombricomposteur depuis fin 2019. J’en suis fan ! témoigne Séverine, habitante du 9e arrondissement de Paris. J’ai réduit mes poubelles de manière considérable. Je descends la poubelle une fois par semaine contre au moins une fois tous les deux jours avant. » Épluchures de patates, fruits pourris, marc de café, restes de pain dur... Depuis le 1er janvier, les collectivités doivent mettre à disposition un système de tri des biodéchets. Certains s’en préoccupent déjà en compostant eux-mêmes leurs déchets — même les urbains.

Nous avons lancé un appel à témoins pour savoir comment faisaient celles et ceux qui avaient déjà franchi le cap. La mise en place d’un lombricomposteur est souvent revenue parmi la cinquantaine de réponses reçues. Les adeptes nous ont raconté leurs petites astuces, leurs réussites, ainsi que les difficultés rencontrées.

« Un vieux t-shirt en coton » pour garder l’humidité

Avec le lombricompostage (aussi appelé vermicompostage), faire son compost en appartement est possible. Précision : le procédé diffère du compostage « classique », qui est moins exigeant. Les vers ne sont pas les mêmes, les bactéries non plus. Le premier ne monte pas en température, tandis que le second, oui.

Certaines villes ou associations fournissent des lombricomposteurs gratuitement, à petit prix ou contre une adhésion. Sinon, il faut compter une centaine d’euros. Les bricoleurs peuvent aussi le fabriquer, à l’image d’Eve qui a construit le sien « avec des caissons en plastique empilables Ikea ». De nombreux tutos sont disponibles sur le web.

La plupart des possesseurs de lombricomposteur qui nous ont écrit ont installé le leur sur un balcon, une terrasse ou encore dans une cave. Séverine reconnaît avoir la chance de disposer d’un escalier de service, « qui donne sur une cour intérieure ». « Très honnêtement, je ne conseillerais pas de le stocker en intérieur, même sous un évier… »

Dans ce «  patiocomposteur  », les déchets se mettent dans les «  casiers  » visibles sur le dessus. © E.B / Reporterre

Ce n’est pas l’avis d’Elsa, adepte depuis dix ans, et qui a déjà eu un lombricomposteur « fabriqué en bois par mon beau-frère » dans sa cuisine. Elle en était très satisfaite. Peut-être parce qu’elle avait trouvé une parade face au principal problème, les moucherons : « Enterrer un peu les déchets et recouvrir l’entièreté de la “terre” avec un vieux t-shirt en coton ou une serpillère pour limiter la ponte et maintenir l’humidité. » En résumé, le lombricompostage n’est pas sans contraintes et, avant de se lancer, mieux vaut les connaître.

Des « animaux domestiques »

Première chose à avoir en tête : investir dans un lombricomposteur, c’est se lancer dans l’élevage de vers. À Paris, les mairies distribuent régulièrement des lombricomposteurs à leurs administrés. Ces derniers s’engagent, en signant une charte d’engagement, à « maintenir le lombricomposteur en bon état et les vers en vie ». « Les lombrics doivent être traités comme un animal domestique », prévient Léo Massé, cofondateur de l’association Havre de vers, une association qui fait de la sensibilisation à la gestion des biodéchets. Il faut ainsi alimenter ses vers régulièrement. Il est toutefois possible de les laisser deux mois tous seuls, affirme Léo Massé, « si on les a bien nourris avant de partir ».

Autre aspect important : « Les lombrics sont sensibles à la température, note Quentin, dont le lombricomposteur est installé sur la terrasse de son appartement dans le Calvados. Ce qui complique son utilisation en été avec les fortes chaleurs et l’hiver avec les gelées. » Évitez donc de les mettre en plein soleil, et envisagez de le rentrer une fois l’hiver venu — les vers meurent en dessous de 0 °C et au-delà de 35 °C. Patrice Poignard, chargé d’études à la Direction de la propreté et de l’eau (DPE) de Paris, liste les conditions idéales de vie pour les lombrics : des températures stables, un endroit calme, sans vibration, et dans le noir. La cave est souvent le lieu idéal, d’après plusieurs témoignages reçus. « On stocke les biodéchets dans le frigo en attendant de les descendre », précise Léa, qui a démarré le lombricompostage depuis 2010.

Après un déménagement, Elsa s’est séparée du lombricomposteur en bois de son beau-frère. Elle possède désormais un "patiocomposteur" sur sa terrasse. Il est lui aussi en bois, un avantage selon elle : « Cela permet une aération optimale, et pas de macération. » Et comme il est très grand, les vers peuvent se cacher profondément dans la matière, été comme hiver, « ce qui les protège des écarts de température », assure-t-elle.

Tous les vers ne sont pas adaptés

La mise en route d’un lombricompostage peut s’avérer délicate. « Nous avons eu quelques désagréments au tout début car nous avons démarré le compost en plein été. Chaleur + fruits et légumes pleins d’eau + deux débutants du compost = des centaines de moucherons », se remémore Mathilde.

Première étape : trouver les vers. « Il existe une centaine d’espèces en France, mais tous ne sont pas adaptés au lombricompostage, dit Léo Massé, de Havre de vers. On utilise deux espèces de vers épigés, les plus rares : eisenia foetida (le "ver du fumier") et eisenia andreï (le ver de Californie). » Les collectivités qui distribuent des équipements fournissent généralement les vers avec. Il est aussi possible d’adopter des vers chez celles et ceux qui “lombricompostent” déjà. Des forums, comme celui de verslaterre.org ou plus2vers.com, permettent de se mettre en relation.

À la différence du point d’apport ou du composteur classique, on ne peut pas tout mettre dans un lombricompost. Aussi la viande et le poisson sont-ils proscrits. « L’ail et l’oignon sont également déconseillés en raison de leurs qualités vermifuges », explique Patrice Poignard, de la DPE de Paris. Il est aussi conseillé de découper les déchets en petits morceaux afin qu’ils soient plus facilement et rapidement assimilés par les lombrics.

Stock de petits bouts de carton

« L’important est d’équilibrer les matières. S’il est bien géré, le lombricompost ne dégage aucune odeur, assure Léo Massé. Les lombrics sont comme nous : ils ont besoin de choses riches et variées pour être en bonne forme. Il est par exemple possible de mettre des agrumes, mais pas en grande quantité. »

Aux déchets verts de cuisine (matière azotée), il faut ajouter de la matière sèche carbonée, dit Patrice Poignard. Il conseille ainsi de conserver près du lombricomposteur un stock de petits morceaux de carton qu’on va ajouter ponctuellement pour absorber le surplus d’humidité, source des mauvaises odeurs et d’apparition des moucherons. « Le carton des boîtes d’œufs est idéal ! » Peut-on mettre de l’essuie-tout ? Le Havrais Léo Masset conseille à chacun de faire sa propre expérience en testant en petites quantités.

Selon lui, un lombricompost bien géré ne devrait pas rejeter de lombrithé, le jus de compost recueilli en bas du bac grâce à un robinet. Ce jus est généralement utilisé comme engrais pour les plantes. « La présence de lombrithé signifie que le lombricompost a été lessivé, qu’il n’y a pas eu assez de matière sèche. L’eau devrait s’évaporer naturellement. »

« Il y a une vie incroyable dans un lombricomposteur »

Que faire du compost une fois maturé ? « À Paris, il est interdit de le mettre dans les espaces verts, avertit Emmanuelle Le Clair, cheffe du service réduction des déchets à la Ville de Paris. Son ajout dans les espaces publics est réglementé et il doit répondre à certaines normes. »

Dans sa charte d’engagement, Paris impose aux personnes à qui elle donne un lombricomposteur d’ « utiliser le compost obtenu pour son usage personnel et ne pas le vendre ou le donner à une tierce personne ». Selon Emmanuelle Le Clair, on arrive vite aux limites de l’exercice quand on n’a pas suffisamment de plantes vertes ou d’espace dans son immeuble pour utiliser ce compost. Pour Léo Massé, « le lombricompostage n’est pas la solution qui va réduire tous les déchets : il ne faut pas avoir une trop grande consommation. En réalité, il a plus une fonction pédagogique, d’initiation et d’apprentissage ».

Elsa, qui vit à trois dans son appartement, assure éliminer quasiment tous ses biodéchets grâce à ses lombrics. « L’essentiel pour réussir, surtout en intérieur, c’est d’être intéressé ! considère la trentenaire. J’étais ravie de voir qu’ils adorent les peaux de bananes, d’apercevoir les bébés... Et puis, il y a une vie incroyable dans un lombricomposteur. Malgré son nom, il y a une quantité d’espèces différentes : j’ai une tonne de cloportes, on trouve aussi des collemboles, nématodes, diploures... » Une bonne entrée en matière pour découvrir que nos déchets de cuisine peuvent être source de vie.

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