En appartement, comment trier ses biodéchets sans se décourager
La distance entre le domicile et le lieu de dépôt des biodéchets est crucial. - Bernard Dejean / CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons
La distance entre le domicile et le lieu de dépôt des biodéchets est crucial. - Bernard Dejean / CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons
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Le geste paraît simple mais, quand on habite en appartement, mettre ses épluchures et restes de repas de côté peut vite tourner à l’invasion d’odeurs et de moucherons. À moins d’acquérir les bons réflexes.
« On a un petit bac à la maison où on stocke les biodéchets pendant 2 ou 3 jours, puis mon mari les apporte à vélo là où il travaille, et les jette dans un point d’apport volontaire », raconte Stéphanie, qui a répondu à l’appel à témoins que Reporterre a lancé sur le tri des biodéchets.
Cette Parisienne trie ses épluchures de légumes, restes de repas, fruits abîmés… depuis six mois environ. Comme elle, de nombreuses citadines et citadins sont en train de franchir le cap.
Une obligation dès le 1ᵉʳ janvier
Dans les témoignages reçus, beaucoup expliquent avoir adopté le lombricompostage, une solution sur laquelle Reporterre reviendra prochainement. Distribution de lombricomposteurs, mise en place de bacs d’apport volontaire, collecte en porte-à-porte… Au 1ᵉʳ janvier, les collectivités sont censées mettre à disposition un système de tri quel qu’il soit. Objectif : que tous les déchets qui se dégradent puissent être valorisés, soit par compostage soit par méthanisation.
De nombreuses villes ont opté pour la généralisation de « points d’apport volontaire », ou s’apprêtent à le faire. Répartis dans l’espace public, ils sont vidés régulièrement et leur contenu transporté par camions jusqu’à une plateforme de compostage ou une unité de méthanisation.
Éliminer ses biodéchets avec ce système paraît simple. Il suffit de remplir un contenant et de le vider régulièrement dans la borne proche de chez soi, sur le modèle de ce qui se pratique pour le tri du verre ou des emballages. C’est aussi la solution la moins onéreuse pour l’utilisateur. Généralement les collectivités fournissent des seaux pour le stockage (les bio-seaux). Sinon, une simple boîte fait l’affaire.
« Tout ce qui est organique peut retourner à la terre »
L’avantage du point d’apport, comme du compost, c’est qu’on peut y mettre tous ses biodéchets : « Il n’y a aucune contre-indication : tout ce qui est organique peut retourner à la terre. Il n’y a pas de raison de ne pas mettre certaines choses, comme la viande ou le poisson, dès lors qu’il s’agit de restes de repas », dit Cécile Bussière, chargée de plaidoyer et de partenariats du Réseau compost citoyen (RCC).
Toutefois, de multiples freins ou tracas peuvent décourager le néophyte. « Si je suis honnête, les inconvénients sont nombreux, reconnaît Lou, qui apporte ses déchets dans des bornes depuis plus d’un an. Par exemple, le point d’apport n’est pas sur notre chemin du travail, nous devons faire un détour pour déposer le compost. »
C’est l’un des principaux facteurs de renoncement. « Les collectivités doivent avoir une réflexion sur l’endroit le plus approprié, il faut que ce soit un lieu de passage, sur le chemin pour le travail ou pour les courses par exemple », estime Cécile Bussière. La question du maillage du territoire se pose aussi. « Il faut que les bacs soient à une distance la plus réduite possible des habitations, soit moins de 300 m », ajoute la chargée de plaidoyer. Un avis officiel publié début décembre fixe une distance maximale de 150 m en milieu urbain, et préconise même 100 m en milieu très dense.
Des bio-seaux pas toujours bien adaptés
Parmi les principales doléances qui remontent, les odeurs et les moucherons arrivent en tête. Entre deux passages au point de collecte, les biodéchets sont stockés dans le bio-seau. Au bout de trois jours, « on a des moucherons en coloc à la maison et une odeur pas terrible quand on ouvre la boîte », déplore Stéphanie.
« Parfois la taille de ces bio-seaux n’est pas adaptée au volume de déchets, notamment pour les personnes seules, a constaté Cécile Bussière. On aura tendance à attendre que le seau soit plein. Or cela peut prendre du temps. » C’est là que moucherons et odeurs peuvent faire leur apparition, en particulier dès qu’il fait chaud.
Si on est seul, une simple boîte bien fermée peut suffire, suggère-t-elle. Avec un autre inconvénient : plus la boîte est petite, plus il faut se déplacer souvent au point d’apport.
Bocal hermétique et matière carbonée
Lou a lâché le seau à compost pour « une grosse boîte en plastique épaisse et hermétique » qu’elle stocke au frigo. « Nous n’avons pas de congélateur, mais si nous le pouvions, nous le stockerions là ! » Attention cependant, les déchets fermentent plus vite dans une boîte hermétique et l’odeur peut devenir insupportable au bout de quelques jours, comme l’a expérimenté Adrien, qui habite un appartement à Lyon et utilisait au début « un bocal en verre hermétique ».
Depuis, il a trouvé une astuce : ajouter ponctuellement de la matière carbonée dans son bio-seau, par exemple du marc de café ou du thé, un rouleau de papier toilette vide déchiré en morceaux… Et quand il va vider son seau dans le composteur associatif, il revient toujours avec au fond un lit de matière sèche (broyat, feuilles mortes). « C’est ça qui me permet d’éviter toute mauvaise odeur, vu que le processus de compostage commence dès l’ajout des épluchures, de manière équilibrée », explique-t-il.
Face aux mauvaises odeurs, Cécile Bussière dit comprendre les réticences. « Mais il ne faut pas se décourager. Dans une poubelle classique, quand on mélange tout, il peut aussi y avoir des odeurs désagréables, pour les mêmes raisons : les biodéchets fermentent aussi. »
Le délicat moment du nettoyage
Autre moment délicat : le nettoyage du bio-seau ou de la boîte au point de collecte. « Parfois la boîte est vraiment sale, voire des trucs restent collés dedans », dit Stéphanie. Elle met désormais un petit sac en papier au fond, ce qui améliore nettement les choses.
Certaines collectivités distribuent des sacs en papier kraft à ajouter dans le seau pour ne pas le salir. « Le sac va absorber la partie humide. Mais c’est un élément en plus, et un coût supplémentaire pour les collectivités », explique Cécile Bussière.
Lou a choisi de transvaser le contenu de sa boîte dans un sachet kraft, avant de partir au point d’apport. « Mais nous devons vider la boîte à la dernière minute au risque que le sachet ne prenne l’humidité des biodéchets et qu’il ne craque avant d’arriver ! »
L’entretien de la boîte hermétique ne doit pas être négligé. Mathilde la lave avec du produit vaisselle et un peu de vinaigre après chaque vidange. « Sinon, de petits vers finiraient inévitablement par se développer au bout d’un certain temps », estime-t-elle.
Gérer ses biodéchets demande assurément d’acquérir de nouveaux réflexes. Ce qui nous paraît contraignant deviendra peut-être évident dans quelques années, à l’instar du tri des emballages, désormais largement adopté. S’agit-il juste d’une question de temps ? Lou espère toutefois qu’un bac à compost sera un jour installé dans son immeuble. « Ça nous simplifierait infiniment la logistique et démultiplierait l’impact, car je n’ai jamais vu quelqu’un déposer ses biodéchets dans le point d’apport volontaire en bas de chez nous… »