Face à l’échec, EELV et Parti de Gauche s’interrogent sur leurs alliances

15 décembre 2015 / Barnabé Binctin (Reporterre)



Les élections régionales se traduisent par un sévère recul du nombre des élus EELV et Front de gauche. Et les obligent à repenser leur stratégie. Leur faut-il se rapprocher du PS ? Ou suivre l’exemple du sud-ouest, où l’union des écologistes et de la gauche hors-PS permet de peser ?

Les chiffres sont implacables : le piètre résultat des écologistes et de la gauche non-PS a fait fondre le nombre de leurs élus dans les conseils régionaux.

Europe-Ecologie-Les Verts : - 75 % du nombre d’élus

Le parti revendique environ 65 élus dans sept régions différentes. Soit 3,4 % du nombre total d’élus - 1.910 - dans tous les conseils régionaux. Hormis l’Ile-de-France qui compte 14 élus (11 encartés EELV, 1 Cap 21 et deux candidats d’ouverture) malgré la défaite, les plus gros contingents se situent dans les régions où l’alliance s’est faite avec le PS au second tour et où la victoire a été emportée : 18 élus écologistes en Aquitaine, 11 de la grande liste de rassemblement en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon (voir ci-dessous) et 9 dans le Centre. Ailleurs, EELV compte également quelques élus dans l’opposition en Normandie, Pays-de-la-Loire et Rhône-Alpes.

EELV comptait 263 élus lors de la précédente mandature : le parti écologiste enregistre donc une baisse de plus de 75 % du nombre de ses élus au soir du second tour des régionales. En 2010, ce parti avait le plus progressé en nombre de sièges. En 2015, il est celui qui diminue le plus en proportion.

Le Front de Gauche : bérézina !

Le Parti Communiste ne se porte guère mieux. Avec 29 élus répartis sur l’ensemble du territoire, il est très loin de la centaine de conseillers régionaux qu’il comptait avant ces élections.

Dans ce contexte, son partenaire du Parti de Gauche sauverait presque les meubles avec 7 conseillers élus comparés à la quinzaine qu’il comptait jusqu’alors. Mais ils ne sont représentés que dans trois régions : en Ile-de-France par l’intermédiaire de son coordinateur, Eric Coquerel, en Rhône-Alpes-Auvergne avec trois élus parmi lesquels Corinne Morel-Darleux, et trois également en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon.

Dans cette région, Myriam Martin a également été élue et représentera Ensemble !, la dernière composante du Front de Gauche, qui totalise trois élus, parmi lesquels Clémentine Autain, sa porte-parole.

Au final, le Front de gauche compte une quarantaine d’élus sur les 1910 sièges pourvus ce dimanche, soit 2 %.

Les plus petits partis

Deux partis participaient à leurs premières élections régionales. Ils obtiennent chacun un élu. En Rhône-Alpes-Auvergne pour Nouvelle Donne, le parti de Pierre Larrouturou. Et en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon pour la Nouvelle Gauche socialiste, avec Liem Hoang Ngoc qui a lancé ce parti il y a quelques mois. A noter dans cette région, l’élection de Patric Roux pour le POC, parti régionaliste occitan.

La fin des essais d’alliance EELV-PG ?

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Un meeting de Normandie Ecologie durant les régionales

Les forces écologistes de la gauche non-PS ne représentent donc qu’à peine plus d’une centaine de conseillers régionaux quand le Front National en compte maintenant 358. Une claque que les appareils de parti vont devoir interpréter dans les prochaines semaines, après le temps de réactions à chaud. « Les gens n’ont pas voté en faveur de l’opposition de gauche, il faut comprendre pourquoi » , assure David Cormand, à EELV.

Du côté du Parti de Gauche, Mélenchon parle d’une « humiliation ». « Un constat d’échec » reconnaît Eric Coquerel, contacté par Reporterre. Ce responsable du PG mène l’auto-critique sur le Front de Gauche : « On s’était donné pour objectif de gagner en homogénéité et de travailler à des stratégies communes au fil du temps. C’est l’opposé qui s’est produit, et le Front de Gauche s’est transformé en un cartel de partis, sans aucune lisibilité à cause de stratégies différenciées liées au refus de nationaliser les élections ».

A dix-huit mois des élections présidentielles et législatives, ces résultats renforcent-ils le besoin d’alliances politiques entre tous ces partis, ou signent-ils au contraire leur échec ? A EELV, on se montre sceptique : « Les expérimentations aux départementales n’ont pas été concluantes, et nous avons été incapables de massifier ce mouvement pour les régionales », dit David Cormand. « Force est de constater que les alliances avec EELV n’ont pas amélioré la situation, dit Eric Coquerel, qui dit toutefois ne pas regretter cette stratégie. « Il fallait les faire, mais il aurait fallu pouvoir en faire plus sur l’ensemble du territoire. La situation révèle aussi la responsabilité d’EELV qui continue d’hésiter entre deux stratégies au niveau national ».

Au lendemain de l’échec, les deux principales forces d’opposition au PS, à gauche, se renvoient donc la balle. « Il n’y a pas qu’un problème d’offre politique, il y a aussi un problème de demande, insiste David Cormand. La réalité du scrutin est que le PS reste fort et que lorsque le Front de Gauche part sans nous, il finit derrière nous… Aujourd’hui, il faut s’interroger sur la pertinence d’un espace politique alternatif qui ne se construirait qu’en opposition au PS ».

Mais Eric Coquerel, au PG, ne voit pas les choses ainsi : « Un sondage donne aujourd’hui Mélenchon à 10 % au premier tour des présidentielles en 2017. Cela veut dire que l’électorat existe, qu’il faut le faire vivre. Mais pour cela, il faudra faire à peu près l’inverse de tout ce qui a été fait depuis 2012. Comment éviter les erreurs du passé ? Il n’y a pas d’autres solutions que le rassemblement. Et la région Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon nous montre qu’on peut y arriver, lorsqu’on est tous ensemble ».

Le sud-ouest, plus que jamais un laboratoire ?

Avec ses 27 élus au total – répartis comme suit : 11 EELV, 11 Front de Gauche (7 PC, 3 PG et 1 Ensemble !), 1 NGS, 1 régionaliste et 3 dits de la « société civile », parmi lesquels Judith Carmona, ancienne responsable de la Confédération Paysanne, ou Serge Regourd, ex-doyen de la Faculté de Droit et de sciences politiques de Toulouse, la liste menée par l’EELV Gérard Onesta ferait presque figure de village gaulois dans le paysage politique de second tour des régionales.

« Ce n’est pas le nombre d’élus qui est intéressant, c’est ce qu’il pèse dans l’hémicycle » dit Gérard Onesta à Reporterre. Car avec 158 sièges, la majorité est fixée à 80 élus. Or le PS n’en compte que 49 à l’issue du second tour. Et même avec les élus du PRG (Parti radical de gauche), au nombre de 17, le compte n’y est pas. « Sans nous, rien n’est possible » assure celui qui a su construire la plus grande liste de rassemblement politique pour ces élections. « C’est une situation unique en France ».

Ce rapport de force va-t-il peser au moment de désigner les vice-présidences au Conseil Régional ? Pour Gérard Onesta, il s’agit d’abord d’influencer le fonctionnement de l’institution : « Nous allons faire des propositions très précises pour changer la gouvernance de l’institution. Il faut fixer le cadre d’une nouvelle pratique politique ». Parmi ces propositions, l’idée d’un budget participatif sur le modèle grenoblois. « S’il n’y a pas d’accord sur cette base essentielle, alors cela ne veut rien dire de participer à l’exécutif et le PS doit en prendre la responsabilité ».

Une position confirmée par Myriam Martin, élue dans la région pour le Front de Gauche : « Nous tenons à garder notre autonomie et notre capacité d’agir, les discussions sur l’exécutif viendront dans un second temps ». La suite ? « Ce que nous avons construit ensemble fait plus que jamais sens, dit Gérard Onesta. C’est un signal politique envoyé à l’ensemble du pays : le laboratoire continue ».




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Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

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