Vie confinée : les lecteurs racontent

Durée de lecture : 15 minutes

20 avril 2020



Depuis mardi 17 mars et au moins jusqu’au mercredi 15 avril, notre vie quotidienne est chamboulée par la crise du Covid-19 et le confinement imposé par les autorités. Comment vivez-vous ces contraintes ? Quels sentiments vous animent-ils ? Quelles réflexions vous inspire cette période ? Reporterre donne la parole à ses lectrices et lecteurs.

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Les nuages gris noir

Les nuages gris noir
Bouffis de cauchemars
Pandémie Coronavirus Covid-19
Cadeaux de l’an neuf
Cette année deux-mille-vingt
Dont on n’attendait pas que du bien
Mais pas tant de souffrance
De combats de morts,

Si derrière ces nuages
Gris noirs
Aux joues étincelant de la moire
D’un soleil sans ambages
Se cachait la promesse d’une délivrance ?
Oublier la vitesse, la quête de l’abondance
Accueillir les bourgeons d’un remords sage
Le désir en fleur d’un autre âge.

  • Agnès M.

Pangolin !

Je suis le pangolin en fin d’expiration
J’abrite Corona en cohabitation
Mais avant de mourir, je fais mes donations
C’est ainsi que je laisse un tout petit micron
Un virus couronné, rempli de munitions
Qui s’attaque aux échanges et descend les avions
Qui sème la terreur, et les interdictions
Qui frappe droit au cœur, coupe la respiration

Et moi qui suis fils de la terre
De la Terre-Mère et de l’humus
Je m’interroge sur le père
Le Père du coronavirus
Je m’interroge sur le père
Le Père du coronavirus

Je suis le Pangolin et je manque de mots :
On détruit la planète à la vitesse turbo
On vide l’océan, on abat les troupeaux
Les talus, la forêt, il n’y a plus d’oiseaux
On sème l’OGM, la graine du labo
Emballée de plastique, la bouffe est au frigo
Et ça pue l’infection, et ça pue la chimio
Il est grand temps de mettre les compteurs à zéro

Et moi qui suis fils de la terre
De la Terre-Mère et de l’humus
Je m’interroge sur le père
Le Père du coronavirus
Je m’interroge sur le père
Le Père du coronavirus

Je suis le Pangolin, je vois que tu comprends
T’es prisonnier chez toi, tu vois tout autrement
La médecine vitale, celle de l’environnement
Enfin reprend sa place, le pur médicament
Bravo les éboueurs, et bravo les soignants
La solidarité, malgré le confinement
Et je vois le pouvoir, les élus, les puissants
Qui s’emmêlent les mots dans leur aveuglement

  • Dominique L.

Humeur mauvaise

« Il y a toujours eu des épidémies » Arrêtez avec ce leitmotiv ! Ne pas voir le caractère inédit de ce qui arrive est navrant ! En 1968 il y a eu une épidémie en France. En 1918 aussi. En 1968, je ne m’en suis tout simplement pas rendu compte. Cela tient à toutes sortes de raisons (pas d’internet, pas de suivi statistique)…

Mais il y a quelque chose d’ évident, d’indiscutable : Il n’y avait pas les Ehpad. Les anciens vivaient, tombaient malades et mouraient auprès des leurs. On les enterrait dignement, humainement. Notre merveilleuse civilisation a fait le choix d’éloigner les vieux et de les isoler. Tous ensemble dans des lieux clos. Formidable bénéfice et délivrance pour les familles.

Résultat aujourd’hui : depuis un mois, nos parents ne voient plus que des aides-soignants habillés comme des cosmonautes. Quand ils tentent de sortir de leur chambre, un zombie les repousse à l’intérieur. Plus personne ne les touche, ne leur prend la main.

Vu le déficit de personnel, a-t-on encore le temps de leur parler ? Ceux qui ne mourront pas seront devenus fous. Ils tombent malades et meurent sans avoir revu leurs proches. Ceux-ci recevront un cadavre nu livré dans un sac en plastique. Funérailles réduites au strict minimum.

On touche là à quelque chose qui relève de l’inhumain et qui est à l’image de nos sociétés de progrès. Certes avantageuse pour les survivants, qui peuvent partir tranquilles en vacances l’été. Un dernier baiser par Skype, n’est-ce pas merveilleux ? Comment faisait-on sans internet en 1918 ? Et que dire des malheureux soignants prisonniers de cet enfer ?

Et je ne vous parle pas des images de New York, où l’on creuse maintenant des fosses communes. Ou de l’Inde, où des millions de gens marchent vers nulle part.

Merci la Providence, bravo le progrès. Et surtout, ne changeons rien. Continuons comme cela.

  • Laurence H-L.

Il faudra se battre

(…) Aujourd’hui, nous sommes détenus provisoirement dans nos cellules « familiales ». Quelque part, la peine est justifiée. On se comporte comme des colonialistes, alors qu’il est urgent de décoloniser la Terre et laisser de la place aux non-humains, pour qui nous sommes tous des délinquants, à des degrés divers. Demain, quand on sera libérés, j’ai l’intime conviction que si on récidive nos bêtises, on est bon pour la perpétuité. Donc, il faudra bien se comporter, ce sera comme une liberté conditionnelle. Devant la tragédie en cours et à venir, les plus coupables d’entre nous auront-ils encore le courage de regarder leurs petits-enfants dans le blanc des yeux ? Alors que faire ? Et ne surtout plus faire ?

(…) L’humilité doit commander nos actions. Mais cela ne suffira pas pour retrouver sa dignité : il faudra aussi se battre. Pour défendre un minimum de liberté, qui sera à coup sûr mise à rude épreuve dans les prochains mois. Il faudra résister, ne plus tolérer l’intolérable, chasser les parasites, devenir des « coccinelles ». Lutter contre ces compagnies aériennes réclamant déjà des milliards d’aides publiques, alors qu’elles ont contribué, en toute connaissance de cause, à la propagation du virus partout dans le monde. Combattre le gigantisme, la démesure qui fait des ravages.

(…) Une chose est certaine : il était grand temps que la machine infernale s’arrête. À tout le moins, puisse le temps qui nous est accordé être profitable, pour imaginer comment, comme l’exprime si bien l’auteur italien Paolo Giordano « ne pas permettre que toute cette souffrance passe en vain ». Et peut-être qu’un jour viendra où l’on remerciera ce virus « venu mettre à l’arrêt la machine dont vous ne trouviez pas le frein d’urgence ».

  • Laurent M.

Ne pas oublier

À nous jeunes, moins jeunes, membres de notre société du rapide.

À nous à qui on disait que la vie, c’est comme le vélo, qu’il ne faut jamais s’arrêter de pédaler. Nous en sommes pourtant à devoir poser les pieds au sol. Nous avons une chance de ne plus nous concentrer sur les pédales, mais sur ce qui nous entoure.

(…) Aujourd’hui sans doute plus qu’hier nous faisons l’expérience de la fragilité, la nôtre mais aussi celle de la société, de la civilisation, de l’humanité et de la nature. Il n’y a jamais eu et il n’y aura sans doute plus jamais de moment comme celui-là, un moment pour remettre les compteurs à zéro. (…) Il est grand temps de rallumer nos flammes d’espérance : un autre monde est possible. Il ne tient qu’à nous de le penser et le configurer. Considérons ce que nous vivons comme LA chance de l’humanité, celle qui n’arrive qu’une seule fois. Prenons le temps de penser, de vivre tous les instants de notre journée, et de fleurir.

Nous aurons le temps demain de tout gâcher, de détruire tout ce que cet obstacle nous a appris. Nous aurons le temps demain de mettre à terre la solidarité, de nous centrer sur nous-mêmes et de reprendre notre vie vide. Nous aurons le temps demain de nous détruire, de détruire les autres et le reste de la planète. Mais aujourd’hui, vivons intensément ces instants de fragilités. Capturons-les et faisons d’eux des réservoirs d’énergie. Il va nous en falloir pour « l’après »…

  • Clara M.

Je ne prends plus de cachets

Depuis que je confine, je ne me lève plus à 6 h 30 tous les matins comme un automate sous amphétamines. Je ne prépare plus le café en me brossant les dents et en essayant d’enfiler une chaussette en même temps. Je ne saute plus dans ma bagnole pour participer en maugréant à l’énorme et écœurant ballet des travailleurs sur l’autoroute. Aller aux toilettes n’est plus le seul moment tranquille de la journée. Je ne rentre plus le soir dans un tel état de fatigue que je mange n’importe quoi en regardant n’importe quoi. Je ne prends plus du tout de cachets pour dormir parce que je n’angoisse plus de ne pas dormir et d’arriver au boulot en pièces détachées. Non, depuis que je confine, je vais bien ! Je mange bien, je dors bien (même pendant la pleine lune ! ) et je travaille bien aussi (si si !).

J’ai enfin le temps de prendre le temps : m’étirer avant de me lever, écouter les oiseaux en buvant le café, observer mon voisin du haut prendre un coup de soleil dans le jardin en bas, filmer un joli papillon qui s’est posé sur mon balcon, me faire belle pour aller aux poubelles, lire, apprendre qu’on surveille la pêche illégale avec des albatros équipés de balises, écrire des bêtises…

Non, depuis que je confine, ma seule angoisse finalement, c’est la fin du confinement et le retour du grand n’importe quoi !

  • Figaro

Un ciel moins rayé

Voici deux photos prises, l’une en janvier, l’autre en avril, toutes deux saisies à peu près à la même heure, du trottoir d’en face de chez moi.

Un jour peut-être notre ciel sera moins rayé ?

Janvier 2020 :

Avril 2020 :

  • Alain C.

- Avant le 31 mars 2020 :

L’humain s’est retiré du monde, et à notre grand étonnement, le monde parle, frémit, s’émeut

Mon frère me dit qu’à Marseille, il aperçoit la Voie lactée. Un ami me raconte qu’à Montpellier, il n’a jamais entendu autant d’oiseaux. Depuis la garrigue où je vis, je sens l’air de la mer pour la première fois. Ces impressions, plus ou moins subjectives, parlent de ce qui a lieu. L’humain s’est retiré du monde, et à notre grand étonnement, le monde parle, frémit, s’émeut. Le printemps n’est pas silencieux .

Le territoire de l’humain se réduit comme une peau de chagrin. Combien d’infrastructures sont hors d’usage ? Combien de centres commerciaux ? Combien de routes ? Combien d’aéroports ? (…) Malgré tous les efforts que nous déployons depuis des décennies, à coups de pesticides et d’extractivisme, nous ne sommes pas arrivés à faire taire le printemps. La Terre s’émeut encore.

(…) Un monde disparaît sous nos yeux, laissant le champ à une expérience du Terrestre, à quelque chose qui ne se dérobe pas. C’est là, sous nos pieds. Assis dans la garrigue, en pleine pandémie de coronavirus, j’éprouve que la Terre me retient, qu’elle ne me lâche pas. Cette expérience singulière de la gravitation universelle est rassurante, presque réconfortante. Mon corps est intrinsèquement lié au corps de la Terre, qui me retient, qui m’attire. Qui sait, la gravitation terrestre est peut-être une preuve d’amour ?

  • Mathieu Y.

Atterré, j’ai le sentiment d’être devant un film de science-fiction

Atterré, j’ai le sentiment d’être devant un film de science-fiction, genre que je n’apprécie guère au demeurant…

À l’issue de cette crise, reprenons nos vies en main, reprenons le contrôle de nos existences. Rions, chantons, dansons, pleurons, débattons, faisons l’amour, échangeons… Reprenons les libertés qui nous ont été subtilisées depuis trop longtemps. Exprimons et réalisons nos désirs de VIVRE et d’ ÊTRE.

Des comptes devront être rendus… et nous serons là, déterminé.e.s. Soyons vigilants. Ne nous faisons pas subtiliser la possibilité de créer une société plus juste, plus solidaire, construite sur nos besoins fondamentaux, une société articulée autour de l’exigence démocratique et écologique. Une société éclairée… refusant « l’empire du moindre mal » de l’idéologie néolibérale.

  • Vincenzo V.

J’enrage de voir passer ce printemps avec l’interdiction d’écouter les oiseaux

Mon état d’esprit pendant ce confinement ? C’est la rage. La rage de voir nos dirigeants improviser, courir après les bonnes décisions, découvrir tous les jours ce qui était prévisible et pérorer au lieu de s’excuser.

(…) Le gouvernement veut montrer qu’il agit. J’habite à Fontainebleau, en bordure de la forêt. Merveilleux pour aller se promener à moins d’un kilomètre de chez soi. Eh bien non, le préfet de Seine-et-Marne en a interdit l’accès. Des policiers la parcourent à la recherche des promeneurs isolés. Donc, on va se promener en ville. Cela fait plus de monde sur les trottoirs. Y aurait-il moins de virus qu’en forêt ? J’enrage de voir passer ce printemps avec l’interdiction d’écouter les oiseaux.

  • Anonyme

Cette pandémie nous a tous et toutes pris de court, mais elle n’est guère surprenante

La pandémie du SARS-CoV-2 ne fait qu’amplifier et souligner cruellement les déficiences déjà patentes de notre système de soins. Déficit de lits d’hospitalisation, pénurie de matériel de première nécessité, de médicaments — anesthésiques actuellement, autrefois antibiotiques ou vaccins —, épuisement des équipes de soins, manque de professionnels de santé au premier rang desquels aides-soignants.tes, auxiliaires de puériculture et infirmiers.ères, brancadiers.ères et manipulateurs.trices radiologiques.

Je suis interne en pédiatrie. Lorsqu’il nous a été demandé de venir en renfort des équipes en réanimation, nous y sommes allés. Mais nous n’oublierons pas que nous venons là pallier les graves manquements des politiques de santé publique de ces dernières décennies.

Cette pandémie nous a tous et toutes pris de court, mais elle n’est guère surprenante, tant dans son ampleur que dans l’impréparation de nos sociétés et les mesures qu’elles mettent en œuvre pour faire face.

J’en veux au gouvernement de n’avoir pas su écouter les voix qui réclamaient des alternatives. La voix des professionnels de santé, hospitaliers et urgentistes en tête qui manifestaient leur souffrance, la difficulté de travailler à flux tendu, et qui proposaient une réorientation des politiques de santé publique loin du lean-management et autres bed-managers. Bernard Friot et ses propositions pour une sécurité sociale alimentaire. Notre-Dame-des-Landes et ses explorations de différentes modalités d’autogestion, de production d’aliments, d’énergie. Et tous les autres projets visant sinon à une véritable autonomie au moins au développement d’une certaine résilience locale. De ne pas avoir su écouter celles et ceux se faisaient l’écho de la fragilité de nos sociétés thermo-industrielles.

  • Léna M. 

Me reconnaitre dans ce que je suis de plus grand

Merveilleux confinement
Je te remercie pour ce présent
Cette présence offerte à temps
Pour me reconnaitre dans ce que je suis de plus grand
Merci confinement de me permettre ce temps de me découvrir hors du temps des hommes
Comme une chenille qui s’apprête à devenir papillon , je me désintègre pour mieux être
Divine humanité plus besoin de me cacher
Je suis de toute éternité l’étincelle de vie divine manifestée.

  • Lætitia

Tout ça nous laisse du temps, beaucoup de temps

On n’a pas trop à se plaindre. Déjà, on vit à la campagne, avec la forêt pas loin ; on essaye de respecter les limites — 1 heure, 1 km, 1 fois par jour, toussa —, mais sans trop se prendre la tête avec ça. Et puis, leur formulaire à usage unique, ça va bien cinq minutes : un exemplaire par jour et par sortie, pas de recto verso… Toujours plus de matières et d’énergie en vain.

(…) Heureusement, tout ça nous laisse du temps, beaucoup de temps ; et ça tombe bien, on a tellement de choses à faire, bien plus intéressantes que ces emplois ennuyeux à mourir. On cuisine, on s’occupe de nos chiens, on s’occupe l’un de l’autre, on se promène, on lit, on jardine, on observe faune et flore, on contribue à des projets collaboratifs, on s’occupe de nos ruches — si cette bise en pleine floraison voulait bien se calmer !

(…) On voit toujours les voisins, et on continue le troc avec eux : tu me donnes des œufs, je te donne des pâtisseries que j’ai fait avec. Et c’est d’un calme, d’un reposant… La belle vie, en somme. Et c’est bien là ce que nous voulons tous, au fond ; c’est bien là ce que nous souhaitons tous deux faire, ce vers quoi nous tendons, ce pour quoi nous essayons de nous réformer, mentalement d’abord. Mais on fait tout pour nous en empêcher. On nous assène qu’il faut travailler, gagner de l’argent, pour avoir plus de choses, et surtout ne jamais se demander : pourquoi, au bout du compte ? Pourquoi courir ? Pourquoi fuir, puisqu’on court pour ça ? Ceux qui courent fuient : ils fuient le vide de leurs vies. Notre société, notre mode de vie dit « civilisé », a vidé nos vies de leur sens.

  • Serpyllum

En cette période de pandémie, nous sommes nombreux et nombreuses à prendre des nouvelles de nos proches et de notre entourage. Nous aussi, à Reporterre, nous nous sommes organisés pour maintenir un lien entre les membres de l’équipe malgré la distance, pour continuer à partager avec le monde extérieur et briser la solitude qui peut s’installer avec le confinement.

Nous souhaitons avec cet article vous donner un espace d’expression : nous y publierons vos témoignages sur la crise sanitaire et ses conséquences (ressentis, organisation de la vie quotidienne, difficultés, trucs et astuces…), ainsi que les idées et les réflexions que cet événement hors de l’ordinaire vous inspire.

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Dans l’attente de vous lire,

Portez-vous bien,

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Photo : © Émile Loreaux/Reporterre

Première publication le 31 mars 2020. Enrichi le 20 avril 2020.

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