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ReportageNumérique

Fuite de PFAS, terres englouties : un énorme data center inquiète

Le panneau indiquant l’enquête publique, à proximité du futur emplacement du Campus IA, à Fouju (77).

Près de Paris, un projet de data center consommerait presqu’autant d’énergie que la production d’une centrale nucléaire et rejetterait moult polluants éternels. Des citoyens et des élus se mobilisent. Le maire, lui, est ravi.

Fouju (Seine-et-Marne), reportage

Difficile d’imaginer, en contemplant le champ de blé coincé entre l’autoroute A5 et une départementale, que ces terres vont bientôt voir atterrir le plus gros projet de data center de France. C’est au bord du petit village de Fouju (655 habitants), en Seine-et-Marne (77), que doit prochainement être construit le Campus IA. Le projet pourrait mobiliser 50 milliards d’euros d’investissement et devrait consommer, à lui seul, autant d’électricité que celle produite par un réacteur nucléaire (1,4 gigawatt pour 1,6 pour l’EPR de Flamanville).

Mercredi 13 mai, un collectif de citoyens et d’associations, opposés au projet, organisait une conférence de presse pour lister les points noirs de cet énorme data center.

Jean-François Dupont, coprésident de France Nature Environnement 77, et Pauline Isambert, paysanne en Seine et Marne et membre de la Confédération paysanne 77. © Nicolas Celnik / Reporterre

« L’autorité environnementale souligne qu’il s’agit d’un projet "hors norme", et pointe des zones d’ombre qui n’ont pas été éclaircies par le porteur de projet », énumère Jean-François Dupont, coprésident de FNE 77. Dans son avis délibéré, l’institution, chargée de rendre une expertise indépendante, observe d’abord que le projet va à rebours des objectifs de sobriété énergétique et foncière, artificialisant près de 90 hectares de terres agricoles. Le raccordement au réseau électrique est promis par le Réseau de transport d’électricité (RTE), notamment via la mise en place d’une procédure « Fast Track » pour accélérer la réalisation. Le Campus IA pourrait représenter à lui seul près d’un cinquième de la consommation d’électricité de toute l’Île-de-France [1], entraînant des inquiétudes quant au partage de l’électricité disponible.

15 tonnes de PFAS par an

Cette forte consommation s’explique aussi par le choix de refroidir les serveurs par système réfrigérant plutôt qu’en puisant l’eau de la nappe. L’Autorité environnementale alerte : le complexe annonce utiliser 514,3 tonnes de fluides réfrigérants, mais anticipe 3 % de fuites annuelles en fonctionnement normal (hors accidents). Déjà, ces fluides, les hydrofluorocarbures (HFC), ont un énorme pouvoir réchauffant lorsqu’ils fuitent dans l’atmosphère. Et en plus, ils contiennent des PFAS, dont du TFA, l’un de ces polluants éternels les plus difficiles à traiter. Autrement dit, le Campus IA prévoit d’émettre dans l’atmosphère, chaque année, jusqu’à 15 tonnes de PFAS aux effets mal connus — des « rejets [...] loin d’être négligeables » d’après l’AE.

« Ces éléments doivent être éclaircis dans l’enquête publique, mais le seront-ils dans les temps, sachant que la procédure est accélérée ? », s’interroge Jean-François Dupont. Le projet s’inscrit en effet dans le cadre des « cathédrales industrielles » voulues par Emmanuel Macron, qui a notamment adopté le décret de simplification de la vie économique, qui vise spécifiquement à faciliter la construction des data centers.

Lire aussi : Nouveau « choc de simplification » d’Emmanuel Macron : « L’environnement est sacrifié pour aller plus vite »

Sauf que le décret devant consacrer Fouju comme un « projet national d’intérêt majeur », lui permettant de déroger aux réglementations environnementales, « n’a toujours pas été pris, et on en subit déjà les conséquences », déplore encore Jean-François Dupont. L’argument de gouvernement ? La « souveraineté industrielle ». Dans les faits : Campus IA est porté majoritairement par MGX, un fonds d’investissement des Émirats arabes unis, Nvidia, le leader étasunien des puces électroniques, MistralAI, soutenue à près de 30 % par des fonds étrangers, et la Banque publique d’investissement.

Arnaud Saint-Martin, député (LFI) de Seine-et-Marne, lors de la conférence de presse à Fouju (77), le 13 mai. © Nicolas Celnik / Reporterre

Le maire parle d’un « très beau projet »

« Le Campus IA, c’est le vaisseau amiral de la politique d’accueil de data centers en France », résume à Reporterre Arnaud Saint-Martin, député La France insoumise de Seine-et-Marne. Il alerte depuis ses débuts sur les dimensions hors normes du projet, et tient à « faire de Fouju un enjeu national ».

La Seine-et-Marne, département agricole, accueille depuis des années des entrepôts logistiques et voit fleurir des projets de data centers. Le Campus IA, lui, sera à terme voisin d’une mégaprison — qui n’a pas encore vu le jour. Difficile toutefois de mobiliser localement : le maire de Fouju, Jonathan Wochenmayer (sans étiquette), s’enthousiasme sur Ici-Paris-IDF d’un « très beau projet » et assure qu’« on ne peut pas encore parler de chiffres aujourd’hui [mais] ce qui est sûr c’est qu’on dépassera forcément le million d’euros » de retombées économiques pour sa commune.

Les opposants espèrent que les contributions à l’enquête publique, ouverte jusqu’au 30 mai, permettront à tous et toutes de souligner les inquiétudes causées par le projet.

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