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Violences sexistes

L’avocate de Greenpeace mise en examen, l’ONG suspend la collaboration

L'avocate Marie Dosé lors du procès en appel de militants de Greenpeace France pour une action menée à la centrale nucléaire de Cattenom, en 2017. Ici avec Yannick Rousselet (à g.), responsable de la campagne antinucléaire de Greenpeace ; Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France et des activistes, le 30 novembre 2019.

Greenpeace a décidé de suspendre sa collaboration avec son avocate Marie Dosé, suite à sa mise en examen pour « soustraction ou altération » de preuve. Elle est soupçonnée d’avoir fait disparaître des éléments compromettants sur l’un de ses clients, le comédien Philippe Caubère, accusé de viols.

Greenpeace a décidé de suspendre sa collaboration avec son avocate Marie Dosé, suite à sa mise en examen, le 8 octobre, pour « soustraction ou altération de document ou objet concernant un crime ou un délit pour faire obstacle à la manifestation de la vérité », comme l’a révélé Le Monde.

L’avocate est soupçonnée d’avoir fait disparaître en 2018 l’ordinateur personnel de son client, le comédien Philippe Caubère, dans lequel se retrouveraient des preuves dans une affaire de viols, agressions sexuelles et corruption de mineures, pour laquelle Philippe Caubère est mis en examen depuis 2024.

« Compte tenu de la gravité des faits visés et de la nature de l’affaire, nous avons décidé de suspendre notre collaboration avec son cabinet le temps que la procédure judiciaire suive son cours, a déclaré Greenpeace France à Reporterre. Nous respectons la présomption d’innocence dont Marie Dosé, qui conteste fermement les accusations dont elle fait l’objet, bénéficie. Mais le maintien de la cohérence entre nos valeurs et nos choix de partenaires nous impose aujourd’hui cette suspension. »

L’ONG travaillait avec l’avocate depuis au moins 2016. Elle avait défendu les militantes et militants de Greenpeace dans plusieurs affaires, notamment des condamnations pour intrusion dans des centrales nucléaires. « Nous n’avions jamais eu une avocate qui défendait nos activistes avec une telle force », explique Laura Monnier, responsable juridique de Greenpeace France entre 2015 et 2024.

Contactée par Reporterre, Marie Dosé n’a pas répondu à nos questions. Sur la plateforme X, elle a publié un communiqué de presse dans lequel elle assure n’avoir jamais commis les faits qui lui sont reprochés. « J’ai su dès le début de ma garde à vue que je serai mise en examen. Car en justice comme en société, l’avocat n’a jamais été autant considéré comme le complice de ses clients et c’est encore pire quand le justiciable est accusé de violences sexuelles et que l’affaire attire les médias. Je savais donc que cela m’arriverait un jour. » Elle indique également « réserver [ses] déclarations à l’institution judiciaire ».

Greenpeace France précise à Reporterre « identifier les meilleures solutions pour les procédures en cours, notamment en mettant en place des solutions de continuité avec d’autres avocates qui accompagnent Greenpeace », afin de « préserver la défense de [ses] activistes ».

L’avocate de Julien Bayou

L’avocate Marie Dosé compte parmi ses clients plusieurs personnalités accusées de violences sexistes et sexuelles, comme les cinéastes Jacques Doillon et Samuel Theis, ainsi que l’écrivain Frédéric Beigbeder. Elle a également été l’avocate de l’ancien député écologiste Julien Bayou, accusé de violences psychologiques par plusieurs de ses anciennes compagnes, dont les plaintes ont été classées sans suite.

Elle est également connue pour être une « l’une des porte-voix les plus bruyantes de la critique du mouvement #MeToo », comme le rappelle Mediapart. En 2020, elle a été à l’origine d’une tribune dans Le Monde, dans laquelle les signataires parlaient d’une « inquiétante présomption de culpabilité [...] en matière d’infractions sexuelles ». Un texte publié à la suite du départ d’Adèle Haenel de la cérémonie des César, en 2020, pour protester contre les trois trophées remis à Roman Polanski, accusé de violences sexuelles par six adolescentes.

Du côté de Greenpeace France, s’il y avait eu des débats sur la pertinence de la collaboration avec Marie Dosé, notamment après ses prises de position sur le mouvement #MeToo, ils avaient été rapidement balayés face à ses « qualités professionnelles », explique l’ex-responsable juridique de l’ONG.

L’avocate a également écrit l’ouvrage Éloge de la présomption d’innocence (Éditions de l’Observatoire, février 2025) avec sa consœur Julia Minkowski. Elles estiment que le mouvement #MeToo a provoqué un « renversement des valeurs » ayant « conduit à un risque de confiscation, par les journalistes, intellectuels ou polémistes les plus conservateurs, des valeurs qui nous sont chères », comme le rapporte Mediapart.

La direction de Greenpeace France, qui défend la justice sociale et climatique, assure quant à elle à Reporterre que « le maintien de la cohérence entre [ses] valeurs et [ses] choix de partenaires [lui] impose aujourd’hui cette suspension » de collaboration avec l’avocate.

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