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Guerre en Iran : la crainte d’une pénurie alimentaire

Des habitants constatent les dégâts causés aux commerces et aux habitations après un raid aérien à Téhéran, en Iran, le 2 mars 2026.

Priorité à la population. Le gouvernement iranien a annoncé le 3 mars l’interdiction d’exporter des produits alimentaires et agricoles, rapporte l’Agence France-Presse, en raison du conflit en cours avec Israël et les États-Unis. Ces derniers ont lancé le 28 février des bombardements sur l’Iran, dans l’objectif de renverser le régime.

Interdiction, donc, de faire sortir du pays de la nourriture. À Téhéran, un journaliste de la BBC constate que les habitants font désormais des provisions de produits de première nécessité, ne sachant pas combien de temps la guerre durera. Les personnes rencontrées par le reporter s’inquiètent de la disponibilité des aliments et de la hausse des prix.

Avant même les bombardements du 28 février, les prix en Iran étaient déjà élevés. L’inflation oscillait autour de 50 % en décembre. C’est d’ailleurs une colère contre la vie chère qui avait poussé les Iraniennes et Iraniens à sortir dans la rue. La protestation, partie d’un rassemblement de commerçants le 28 décembre, avait gagné tout le pays, réclamant la chute du régime des mollahs lors de grandes manifestations réprimées par le pouvoir. [1]

Les bombardements israéliens et étasuniens de ces derniers jours ont aggravé la situation inflationniste, relate la BBC — rappelant que les médias internationaux se voient refuser des visas pour l’Iran, compliquant leur capacité à couvrir ce qui se passe à l’intérieur du pays. Un habitant de Téhéran, que le média a réussi à joindre malgré des coupures internet, affirme que les prix ont encore augmenté depuis le 28 février, comme celui du riz.

Les produits alimentaires les plus touchés par cette hausse sont, selon lui, les pommes de terre. Par ailleurs, plusieurs magasins ont fermé, par crainte des bombardements, rapporte un autre habitant de Téhéran.

Des pénuries alimentaires à cause du trafic maritime bloqué ?

Selon l’analyste Ishan Bhanu, cité par le quotidien britannique The Telegraph, l’Iran pourrait être confronté à des pénuries alimentaires si les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz persistaient. De nombreux navires sont en effet à l’arrêt dans ce point de passage stratégique, l’Iran bloquant la zone depuis le lancement des attaques israélo-étasuniennes.

Or cette voie maritime est vitale pour l’approvisionnement alimentaire de l’Iran. The Telegraph rapporte que l’année dernière, sur les quelque 30 millions de tonnes de céréales importées dans le Golfe, principalement par le détroit d’Ormuz, environ 14 millions étaient destinées à l’Iran. Des navires transportant du maïs, du blé et du soja importés, à destination de Téhéran, font partie de ceux bloqués par les combats.

D’après Ishan Bhanu, la plus grande vulnérabilité de l’Iran réside dans les céréales fourragères importées utilisées pour nourrir les animaux d’élevage. « [Si le blocage du trafic maritime persistait], la production animale serait affectée, ce qui pourrait déclencher une crise à moyen terme [...] avec des répercussions sur l’approvisionnement en viande », estime-t-il. De quoi aggraver encore l’inflation.

Alex de Waal, professeur britannique expert en crises humanitaires et en famine, cité encore par The Telegraph, tempère toutefois le risque de famine, qu’il juge « peu probable ».

Le Programme alimentaire mondial de l’Organisation des Nations unies a déclaré le 3 mars que « les voies d’approvisionnement humanitaire [étaient] soumises à une pression croissante » dans toute la région du Moyen-Orient. « Les risques sécuritaires grandissants dans la région entravent les voies maritimes et perturbent l’acheminement de l’aide », a-t-il aussi indiqué.

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