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Hulot : avec Macron, « on n’avait pas le même diagnostic sur le climat »

23 novembre 2018 / Alexandre-Reza Kokabi (Reporterre)

L’ancien ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a effectué son retour médiatique sur le plateau de l’Emission politique, sur France 2. Une prestation intéressante, animée, souvent grave, mais sans surprise.

« D’abord et avant tout, comment allez-vous ? », lui lance la journaliste Léa Salamé. Nicolas Hulot fronce le menton, inspire, et ouvre la soirée d’un air grave : « Ayant passé beaucoup de temps avec ma famille... très bien. Mais pour aller bien, il faut ne pas regarder la réalité en face. Parfois elle est gênante. D’ailleurs je pense que c’est un peu symptomatique de notre société : quand on regarde la réalité, dans sa complexité, dans son urgence, je peux comprendre qu’on ait une forme de déni. »

Il ne s’était plus exprimé depuis sa démission fracassante, en direct de la matinale de France Inter, fin août. Ce jeudi 22 novembre, Nicolas Hulot était l’invité de l’Emission politique, sur France 2. Pendant plus d’une heure et demie, il a conté les coulisses de son départ du gouvernement, sa vision des démocraties, de l’actualité et le constat d’une urgence climatique et environnementale.

Le 28 août, sur France Inter, « honnêtement en rentrant dans le studio je ne savais pas, s’est-il remémoré à propos de sa démission. C’est sorti tout seul. A partir du moment où je restais, je cautionnais une forme de mystification, c’est-à-dire donner le sentiment qu’on était à la hauteur des enjeux. » S’il assure avoir tout fait pour l’éviter, Nicolas Hulot ne regrette pas cette décision : « Ce n’est pas un caprice d’un instant », a-t-il, rattrapé par une « conscience » des enjeux écologiques qu’il ne partage pas avec le Président Emmanuel Macron. « On n’avait pas le même diagnostic à propos du réchauffement climatique ». L’ancien animateur télé file la métaphore : « Ce n’est pas la même chose de dire que l’on a une bronchite ou un cancer généralisé. Il ne faut pas les mêmes traitements ».

La taxe carbone, en manque d’« un accompagnement social digne de ce nom »

Trois mois après la rupture, l’expérience gouvernementale lui laisse la mémoire des « sommeils perturbés » et un sentiment amer, « de ne pas avoir réussi cette greffe que j’aurais voulu faire prendre » : « J’étais en permanence sous des injonctions contradictoires, a-t-il soufflé, notamment en référence au projet de Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. C’est une bêtise écologique mais sur un plan juridique, j’étais coincé. »

La taxe carbone, l’ancien ministre a confirmé l’avoir « défendue » et « l’assume », mais déploré l’absence de mise en œuvre d’« un accompagnement social digne de ce nom ». « Il y a les contraintes budgétaires qui n’ont pas convaincu le gouvernement d’augmenter cet accompagnement social... », a-t-il ajouté. Il reproche à l’exécutif d’avoir refusé d’octroyer 10 % des crédits engendrés par l’augmentation de la taxe carbone à cet accompagnement. « Je me suis battu, s’est défendu Nicolas Hulot, pour qu’on change complètement d’échelle dans l’accompagnement social de la transition énergétique et écologique, avec des propositions concrètes. On ne m’a pas entendu, on m’a opposé des raisons budgétaires, j’en ai tiré des leçons. » Tancé par un citoyen en gilet jaune, Nicolas Hulot l’a prié de ne pas mettre ses problèmes de fin de mois « sur le dos de l’écologie » : « Mettez ça sur le matraquage fiscal, sur l’inégalité fiscale, lui a-t-il proposé. C’est là-dessus qu’il faut qu’on se batte ensemble. L’écologie c’est une partie infime de la fiscalité. »

Sur le plan international, l’ancien ministre se demande bien « où sont les bonnes nouvelles ». « Si je devais faire des enfants aujourd’hui, a-t-il confié, je me poserais dix fois plus de questions. » L’élection de Jaïr Bolsonaro, au Brésil, entretien son inquiétude face à la montée des populismes à un moment où l’humanité « aurait plutôt besoin d’avoir des Mandela partout » : « on a des Trump, on a Bolsonaro, ce président qui n’en a cure des enjeux écologiques. »

Dans ce contexte global morose, il a appelé l’Europe à « un effort de guerre », à « un plan Marshall » pour une transition sociale et écologique : « l’Europe peut le faire, pour l’exemple et pour montrer que c’est avantageux économiquement, pense Nicolas Hulot. Sinon, nous allons le payer plein pot. Et à un moment donné, nos démocraties vont s’effondrer. » Ces démocraties, pour l’ancien ministre, doivent être repensées par et pour les citoyens car elles s’essoufflent et « ne sont pas adaptées à la précipitation du temps, aux enjeux universels et aux enjeux du long terme. »

A quelques jours de la Cop 24 en Pologne, il a regretté que « les plus faibles, les plus vulnérables, paient les conséquences du réchauffement climatique », un « sujet qui s’appelle, ni plus ni moins, la fin du monde ». A ce propos, Juliette Binoche a effectué une apparition remarquée en fin d’émission. « Moi, je ne suis pas bobo », a déclaré l’actrice césarisée avant d’appeler à manifester « pour la climatisation ». « Juliette, le climat, pas la climatisation », l’a reprise, en courant d’air, Léa Salamé.

Finalement peu encouragé, au fil des questions, à se pencher sur les contours d’une société alternative qui se dessinerait éventuellement à ses yeux, il a conclu ainsi : « Il y a une énergie folle dans la société civile. Or, au moment où il faudrait y aller, on est plus conservateur que jamais. Le temps de l’utopie est décrété. »



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Lire aussi : La démission de Nicolas Hulot commentée par les lecteurs de Reporterre

Source : Alexandre-Reza Kokabi pour Reporterre

Photos : Captures d’écran de l’émission de France 2

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