La démission de Nicolas Hulot commentée par les lecteurs de Reporterre

1er septembre 2018 / Les lectrices et lecteurs de Reporterre

Vous avez été nombreux à commenter le départ de Nicolas Hulot sur le courriel et la page Facebook de Reporterre. Réactions émues ou énervées, analyses ou questionnements, voici une sélection des courriers reçus.

Si vous souhaitez participer au courrier des lecteurs, n’hésitez pas à nous envoyer un courriel à planete (arobase) reporterre.net, en spécifiant [courrier des lecteurs] dans l’objet. À bientôt !


Je crois que son bilan traduit quelque part notre bilan à tous et à toutes en matière d’écologie. Un triste constat.
Chen

Lettre à Monsieur Hulot

Bonjour Monsieur Hulot,

Entre essayer de faire bouger les choses de l’intérieur, laisser les décisions se prendre sans personne présentant une conscience écologique, servir de caution « verte » à ce gouvernement, je pense que votre décision a été dure à prendre. Pour l’avenir de mes jeunes enfants comme pour celui de notre planète, je regrette votre démission.

Pour autant, cette démission démontre votre honnêteté vis-à-vis des convictions écologiques qui devraient s’imposer à tous. Le gouvernement dit que son bilan vous fera regretter votre démission… Je le souhaite, je pense tout autant que vous, mais j’en doute. En 38 ans de vie, c’est la première fois qu’une démission d’un ministre me touche. Merci d’avoir essayé.

Florian

Bien sûr que Nicolas Hulot a sa part de responsabilités en ayant notamment « avalé couleuvres et boas » ! Mais cet échec montre surtout l’inconséquence grave du gouvernement sur les questions climatiques et son refus d’engager « le moteur », pourtant tellement vertueux, de la transition écologique, climatique et sociale.
David

Ce qui est clair, c’est l’ultralibéralisme de Macron. Finalement, Hulot a bien fait de retarder son départ et de bien nous démontrer les objectifs de ce gouvernement.
Madeleine

Ce qui est décevant ce n’est pas Nicolas Hulot, qui a fait le maximum (c’est mon avis), mais les autres membres du gouvernement, qui ne l’ont pas suivi. On a eu des effets d’annonce concernant l’environnement et le climat, mais ensuite, ça a traîné des pattes.
Françoise

Nicolas Hulot mardi 28 août sur France Inter, quand il a annoncé sa démission.

« The show must go on ! »

Le bilan écologique d’Hulot est égal à zéro. À l’instar hélas de toutes celles et ceux qui prennent le maroquin de l’Écologie au sein des gouvernements qui se sont succédé depuis des décennies. L’écologie est à mon sens ce qu’il y a de plus visible, à moyen et long terme, dans les réalisations à mettre en œuvre pour le bien-être des humains. C’est le ministère qui pourrait donner une image de réussite à n’importe quel gouvernement, quand bien même y aurait-il des ratés sur le plan économique, mais il n’en est rien.

Nous assistons à chaque fois à des démissions successives, à quelques atermoiements, à quelques ruades sans conséquence, puis « the show must go on ! » Ces échecs permanents des différents ministres de l’Écologie au gouvernement français reflètent parfaitement l’absence de réussite globale de ces mêmes gouvernements dans leurs différentes actions depuis 40 ans. Un gros bide orchestré au plus haut niveau afin que rien ne change. Jusqu’à quand aura lieu cette pantomime ?
Jean-Luc

Nicolas Hulot : premier cas de ministre biodégradable. Il a disparu de lui-même sans avoir eu aucun impact sur l’environnement.
Aurélie

Pas la niaque, pas le charisme, il était muselé et il était surtout seul, comme il l’était dans ses reportages. Je crois qu’il n’a pas su ou pas pu évoluer et se sortir de ce panier de crabes, non pas par manque de convictions, mais par manque de décisions fortes et assumées.
Roselyne

L’issue aurait pu être différente si Hulot avait reçu le soutien massif des écologistes (citoyens, média, associations, politiques, etc.). À Reporterre, par exemple, vous avez préféré faire le Hulotscope…
Anne-Claire

  • Reporterre — Lors de sa nomination au ministère de l’Écologie, nous souhaitions bonne chance à M. Hulot, estimant ses motivations sincères et sa volonté d’agir tenace. Nous lui avons par la suite consacré plusieurs articles et interviews. La création du Hulotscope, un an plus tard, visait à objectiver le poids et la place de Nicolas Hulot — et donc des politiques environnementales sous la présidence d’Emmanuel Macron. Que révélait ce thermomètre ? Malgré quelques succès, l’écologie ne se portait pas bien. Le Hulotscope, qui changera certainement de nom dans les jours prochains, continuera, car il nous semble être un outil utile au débat et à l’analyse de l’action macroniste en matière d’écologie.

« En même temps »… ça ne marche plus !

Nicolas Hulot peut maintenant se placer en opposition par rapport à la politique néolibérale, bien droitière et anti-écologiste de Macron. On ne peut pas caresser dans le sens du poil les lobbys et les chasseurs et « en même temps » faire une vraie politique écologique. C’est pour moi antinomique. Nicolas Hulot a essayé de « sauver les meubles ». Ce n’est pas lui, mais bien la politique macronienne qui est en cause, il ne faudrait pas se tromper de cible !

La notion du « en même temps » s’est heurtée aujourd’hui à la réalité. On ne peut pas proclamer « Make Our Planet Great Again » et, « en même temps » ne pas donner les moyens aux offices HLM de construire des bâtiments à haute qualité énergétique. On ne peut pas se féliciter des décisions de justice prises aux États-Unis contre Monsanto et repousser la date de l’interdiction du glyphosate en France. On ne peut pas se dire pour une agriculture respectueuse de l’environnement et supprimer les aides au maintien des agriculteurs bio.

Anne

Un homme qui a défendu une idée universelle, celle de protéger la nature, dans un monde de requins, contre des lobbyistes puissants, et surtout contre la vision d’un monde de production, de rentabilité, de concurrence. Peu auraient fait mieux que lui, c’est facile de lui jeter la pierre, mais chacun d’entre nous, que faisons-nous pour la planète ?
Baptiste

S’il est une morale à retirer de ce que l’on peut appeler « l’expérience Hulot », c’est que seule l’action collective citoyenne permettra d’influer sur le politique pour faire progresser la question environnementale.
Anne

Nicolas Hulot et Emmanuel Macron lors de la COP23 à Bonn, en Allemagne, en novembre 2017.

Les ruraux ne sont pas tous chasseurs !

À la suite à la démission de Nicolas Hulot, on voit apparaître en arrière-plan le lobbyiste des chasseurs Thierry Coste, et ce mot « ruralité ». Avec toujours les mêmes éléments de langage de la part des journalistes et des politiques sur les « ruraux », qui font qu’on se demande s’ils ont un jour de leur vie posé les pieds en province.

Mais c’est quoi, la ruralité, en France ? Vous, les ruraux, vous vous reconnaissez, dans les définitions données par les hommes politiques ? Parce que nous sommes ruraux, nous serions forcément chasseurs ou nous aurions forcément des proches chasseurs ?

Quel rapport en fait ?

Nous sommes des dizaines de millions de ruraux et il y a seulement 1 million de chasseurs. Pour rappel, il y a aussi 2,2 millions de cavaliers selon la Fédération française d’équitation (soit davantage que de chasseurs). Ces cavaliers sont forcément ruraux, à quelques exceptions (comme les chasseurs), parce qu’un cheval en appartement, c’est un peu compliqué. Donc, si on va par là, tous les ruraux sont cavaliers, n’est-ce pas ? Ben oui ! C’est logique, il y a en 2,2 millions quand même ! Ah bon, les ruraux ne montent pas tous à cheval ? Ben non. De même que la grande majorité des ruraux ne chasse pas et n’a même aucun rapport ni de près ni de loin avec les chasseurs.

Cette comparaison juste pour montrer que ce raisonnement chasse / ruralité est bancal et absurde. Et si les hommes politiques et certains journalistes ont ce raisonnement si profondément ancré dans leur tête, c’est du fait d’un lobbying très bien mené depuis des années. C’est tout. Alors il faut faire quoi pour leur expliquer ce que c’est, en vrai, la ruralité ? Payer des lobbyistes ?

Adeline, « une rurale lassée »

Après Hulot, les ONG espèrent un « électrochoc ». Elles feraient mieux de se demander comment se fédérer, s’unir pour enfin créer un mouvement de si grande ampleur qu’il obligerait les gouvernements à agir dans le bon sens commun ! L’exemple des mouvements sociaux en ordre dispersé (depuis de nombreuses années) donc inefficaces devrait les faire réfléchir !
Marco

« Le départ de M. Hulot n’est ni surprenant, ni courageux »

Je souhaite réagir à l’article d’Isabelle Attard sur le départ de Nicolas Hulot  Le départ de M. Hulot n’est ni surprenant, ni courageux »]. Mardi matin, je n’ai vu qu’un homme ému, au bord des larmes. À moins qu’il puisse recevoir la Palme d’or au Festival de Cannes pour son interprétation, je crois en sa réelle sincérité. Personnellement, je salue le courage de Nicolas Hulot d’avoir tenté l’impossible, d’y avoir cru, d’avoir mis toute son énergie dans la bataille et de s’être retiré avant de se trahir.

Cette sincérité et cette honnêteté sont extrêmement rares en politique et je pense qu’on devrait plutôt la souligner que trouver des arguments pour la démolir. Seul point sur lequel je suis d’accord avec Mme Attard : « Sale temps pour l’écologie »… Mais le plus exact serait de dire : sale temps pour la planète et l’ensemble des êtres vivants qui la composent : animaux,végétaux, milieux naturels et humains !

Isabelle




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Lire aussi : Bilan de Nicolas Hulot : décevant, trop décevant

Source : Courriels à Reporterre

- Dans le courrier des lecteurs, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

Dessin : © Étienne Gendrin/Reporterre

Photos :
. Hulot seul : capture d’une vidéo de France Inter.
. Hulot et Macron : capture d’une vidéo de l’Élysée

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