Incendies au Canada : « C’était l’apocalypse : un ciel noir, un soleil orange »
Les fumées des incendies remplissent le ciel dans la province du Manitoba. - © Thomas Mérand
Les fumées des incendies remplissent le ciel dans la province du Manitoba. - © Thomas Mérand
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Des dizaines de feux de forêt sont hors de contrôle au Canada. Alors que deux provinces sont en état d’urgence, les communautés isolées, dont celles des Premières Nations, sont une nouvelle fois particulièrement en danger.
Canada (correspondance)
Thomas Mérand, 39 ans, aime tout à Flin Flon, la petite ville canadienne qu’il a adoptée il y a dix ans, en arrivant au Manitoba. Originaire de France, tout l’a charmé : les forêts denses, dans lesquelles il adore se promener, les petits lacs où il va pêcher, la quiétude, l’isolement — la première grande ville, Winnipeg, est à neuf heures de route. « C’est magnifique, dit-il, et les gens se soutiennent. » Il aime aussi sa maison, mais il n’est pas certain qu’il la retrouvera.
Mardi 26 mai, un voile de fumée s’est levé à midi, au loin. Quatre heures plus tard, le feu occupait tout l’horizon. « La mairie nous a demandé d’évacuer les lieux. Le brasier était à moins de 1 km de la maison. C’était l’apocalypse. Un ciel noir, un soleil orange », raconte cet analyste financier. Un feu, puis deux, ont encerclé sa petite commune. À seulement 20 km de là, Denare Beach, 700 habitants, a été à moitié détruite.
Plus de 30 000 évacués
Thomas Mérand fait désormais partie des plus de 17 000 personnes évacuées du Manitoba, tandis qu’en Saskatchewan, la province voisine, plus de 15 000 personnes ont dû fuir. Trois shorts, trois t-shirts, sa conjointe et sa petite fille de 2 ans sous le bras, il a quitté sa ville sans savoir quand il pourra y revenir. « Il faut de la pluie, et pour l’instant, elle n’est pas au rendez-vous », se désole-t-il. Après avoir trouvé refuge chez un ami, il a loué un logement en bord de lac, en attendant que le feu s’apaise.
Déjà 2,6 millions d’hectares sont partis en fumée au Canada ce printemps, alors que la saison des feux ne fait que commencer. Mais ce sont les villages éloignés, dépourvus d’infrastructures pour lutter contre les flammes, souvent reliés au reste du monde par une seule route, qui sont les plus vulnérables.
Les communautés des Premières Nations, pour la plupart situées en zones à haut risque, cumulent toutes ces fragilités : 80 % d’entre elles vivent dans des lieux très exposés aux incendies, et disposent de moyens limités pour prévenir ou affronter ces catastrophes. La Croix-Rouge estime que plus de 2 400 familles autochtones du Manitoba ont déjà dû quitter leurs terres ce printemps en raison des feux.
« Nos Nations ont besoin de secouristes formés, de coordonnateurs d’urgence »
Face à ce drame qui se répète désormais presque chaque été, l’Assemblée des Premières Nations et les chefs autochtones de l’Ontario et du Manitoba dénoncent le manque d’écoute et de réactivité du gouvernement fédéral, qui tarde à investir dans la prévention, préférant l’urgence à la stratégie de long terme, selon eux.
« Nos Nations ont besoin de secouristes formés, de coordonnateurs d’urgence, d’équipements adéquats et d’un financement à long terme pour réduire les risques et protéger nos communautés », clame la cheffe nationale de l’Assemblée des Premières Nations, Cindy Woodhouse Nepinak, dans une déclaration du 30 mai.
Le 3 juin, la grande cheffe de l’Assemblée des chefs du Manitoba, Kyra Wilson, soutenait que l’équipement qu’elle réclame d’Ottawa n’est jamais arrivé, et assurait que des communautés autochtones, faute d’équipement, doivent éteindre les feux « avec des tuyaux d’arrosage » de jardin.
La pluie comme espoir
La suite de la saison des feux de forêt se joue grandement ce mois-ci, période durant laquelle l’ouest canadien reçoit ses plus importantes précipitations. Si l’eau tombe en quantité, elle pourrait freiner la sécheresse, catalyseur de ces longs étés de feu.
En attendant de savoir quand il pourra retourner chez lui, Thomas Mérand joue avec sa fille, pour qu’elle ne s’inquiète pas. « Quand je suis passé la prendre à la garderie pour fuir l’incendie, je lui ai dit que l’on allait en vacances. Je pense qu’elle ne me croit pas vraiment, et je ne sais pas quand et comment ces vacances vont finir… »