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Climat

Infographies : l’Europe, le continent qui se réchauffe le plus vite sur Terre

Des voitures bloquent un tunnel après les inondations à Valence, en Espagne, le 1er novembre 2024.

Records de chaleur, désastres climatiques : en 2024, l’Europe a été particulièrement touchée par le dérèglement climatique, révèle un épais rapport de Copernicus. Le point en infographies.

Où en est le changement climatique en Europe ? Le 15 avril, en collaboration avec l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’observatoire européen Copernicus a dévoilé un vaste inventaire de l’état du climat sur le Vieux continent, en 2024. Une centaine de scientifiques a contribué à ce nouvel éclairage. Objectif : balayer un large éventail de variables climatiques — du stress thermique à la couverture nuageuse, en passant par les feux de forêt ou la fonte des glaciers.

Sans grande surprise, les signaux sont au rouge. Parmi les principaux éléments à retenir figure la question du réchauffement. L’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée sur le territoire. Que ce soit sur terre ou à la surface des océans — avec un record à +1,2 °C en mer Méditerranée comparé à la normale. Le continent ne déroge pas aux tendances observées depuis les années 1980, et se réchauffe le plus rapidement sur Terre.

Le quart sud-est de l’Europe a été le plus violemment frappé par ces températures. Il décroche au passage la triste médaille d’or de la vague de chaleur la plus longue… avec une durée de treize jours consécutifs. Et ce n’est pas tout : le nombre de jours de stress thermique « fort » à « extrême » — où la température ressentie par le corps humain est comprise entre 32 °C et plus de 46 °C — a été le deuxième plus élevé de l’histoire. Même chose pour celui de nuits tropicales, où le mercure ne descend pas sous la barre des 20 °C. À l’inverse, l’année a atteint le plus faible nombre de journées fortement froides.

Ceci n’est qu’un avant-goût du désastre climatique approchant à grands pas, préviennent les auteurs. Un monde à +1,5 °C de réchauffement pourrait notamment entraîner 30 000 décès annuels en Europe. « Chaque fraction de degré supplémentaire compte », insiste Celeste Saulo, secrétaire générale de l’OMM.

2024, l’année la plus chaude jamais enregistrée en Europe. © Antoine Levesque / Reporterre

Au-delà de battre des records sur le thermomètre, ces extrêmes ont fabriqué les conditions propices à d’autres désastres climatiques. En première ligne, les glaciers de tout le continent ont subi de grandes pertes de masse. Notamment en Scandinavie, où les grands amas blancs ont diminué en moyenne de 1,8 m d’épaisseur en douze mois.

À l’autre bout du continent, au Portugal, les feux de forêt ont eux aussi fait rage. En septembre, sept jours ont suffi à réduire en cendres 110 000 hectares de végétation. Soit l’équivalent d’un quart de la surface totale habituellement brûlée en un an en Europe. Plus de 40 000 Européens auraient d’ailleurs été touchés par les feux l’an passé.

En 2024, l’Europe aux avant-postes du désastre climatique. © Antoine Levesque / Reporterre

Autre grand fléau à inscrire aux archives de l’année 2024 : les précipitations meurtrières. Voilà plus de dix ans que l’Europe n’avait pas connu de si grandes inondations. Des crues dépassant a minima le seuil « élevé » ont frappé près d’un tiers du réseau fluvial. Au total, plus de 400 000 personnes ont été touchées par ces débordements, et au moins 335 ont perdu la vie.

L’intensification des tempêtes peut être directement liée au réchauffement de la Terre, précise Samantha Burgess, directrice adjointe de service à Copernicus : « Plus l’atmosphère est chaude, plus les nuages retiennent l’humidité. Alors quand la pluie tombe, les précipitations sont plus violentes. »

Parmi les principaux épisodes à garder en mémoire figure la tempête Boris. À l’aube de l’automne, celle-ci avait traversé l’Allemagne, la Pologne, l’Autriche, la Hongrie, la Tchéquie, la Slovaquie, la Roumanie et l’Italie, balayant tout sur son passage. Alimentée par une masse d’air froid en altitude, cette dépression avait stationné de nombreux jours sur l’Europe centrale, en raison d’un double anticyclone au-dessus de la France et de la Russie. D’après le réseau World Weather Attribution, le changement climatique a doublé la probabilité de ces pluies.

Un mois plus tard, les 29 et 30 octobre, ce fut au tour de l’Espagne d’affronter les éléments. Plus de 400 mm d’eau étaient tombés en quelques heures sur la région de Valence, un record depuis 1996. « J’ai cru que mon heure était arrivée, je priais pour que mes enfants s’en sortent », avait alors témoigné à Reporterre une riveraine en sanglots. Face aux 232 décès, selon le bilan de Copernicus, les habitants avaient accusé les autoritiés d’inaction avant, pendant et après le drame.

« Un contraste saisissant »

Dans ce grand rapport, Copernicus et l’OMM évoquent en outre « un contraste saisissant » entre l’est et l’ouest de l’Europe. Une même frontière imaginaire apparaît sur les graphiques : des conditions sèches, ensoleillées et extrêmement chaudes du côté oriental ; et des conditions nuageuses, humides et plus fraîches de l’autre côté.

« L’Europe occidentale — à l’exception de l’Islande — a d’ailleurs connu l’une des dix années les plus humides depuis 1950 », notent les auteurs. Quatre mois durant, la Loire et la Tamise ont aussi atteint un record de débit d’eau vieux de trente-trois ans. À l’inverse, une partie de l’Ukraine et de la Russie ont connu leur année la plus sèche depuis au moins 1979.

Interrogée en conférence de presse sur cette fissuration du continent, Samantha Burgess rejette tout lien de causalité avec le changement climatique : « Nos projections, et celles du Giec, tendent bel et bien vers une division de l’Europe dans les années à venir. Mais il s’agira d’une division Nord-Sud, et non Est-Ouest. » Sur le pourtour méditerranéen, le mercure devrait grimper, et les terres devenir plus arides. L’Europe du Nord s’orientera, elle, vers un climat plus humide.

En d’autres termes, cet étonnant contraste n’est autre que le fruit de la variabilité climatique, et plus précisément d’un schéma de circulation atmosphérique inhabituel ayant dominé quelques mois durant.

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De la même façon, d’impressionnantes anomalies d’ensoleillement ont été observées en Europe occidentale en 2024. Avec notamment, en France, 350 heures d’ensoleillement de moins que la moyenne des années 1980. « Pourtant, un an plus tôt, nous enregistrions un ensoleillement record, précise la scientifique. Voilà un exemple parfait de la variabilité climatique. » Ces récentes observations ne signifient donc pas que le territoire devient de plus en plus nuageux.

À ces dizaines de pages désolantes, Copernicus et l’OMM apportent toutefois une note d’espoir : 51 % des villes européennes ont adopté des plans d’adaptation dédiés au climat. Autrement dit, presque deux fois plus qu’en 2018, où elles n’étaient que 26 % à en posséder un.

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