Le seuil de 1,5 °C de réchauffement officiellement dépassé en 2024
Le 22 juillet 2024 a été la journée la plus chaude jamais enregistrée sur Terre, avec 17,16°C. - Pexels / CC0 / Anouk Augustin
Le 22 juillet 2024 a été la journée la plus chaude jamais enregistrée sur Terre, avec 17,16°C. - Pexels / CC0 / Anouk Augustin
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2024 est officiellement l’année la plus chaude jamais enregistrée, selon Copernicus. Les températures ont franchi le seuil symbolique de 1,5 °C, la limite la plus ambitieuse de l’Accord de Paris.
Les scientifiques l’avaient prédit dès l’automne. Désormais, les preuves sont là. Avec 15,10 °C, 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle planétaire depuis le début des relevés en 1850. Pour la première fois, le fameux seuil de + 1,5 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle est par ailleurs dépassé sur une année civile (avec + 1,6 °C). Autant de données alarmantes, dévoilées vendredi 10 janvier par l’observatoire européen du climat, Copernicus.
« Ces températures élevées, associées à des niveaux record de vapeur d’eau dans l’atmosphère, ont entraîné des vagues de chaleur et des précipitations abondantes sans précédent, causant la misère de millions de personnes », a déclaré Samantha Burgess, directrice adjointe du service.
Tous les voyants au rouge
À en croire le planisphère des anomalies de température, la France a cette fois-ci été globalement épargnée. Pour autant, le rouge pourpre — symbole d’anomalies allant jusqu’à +5 °C — couvre de grandes étendues au Canada, en Europe de l’Est, dans le Pacifique, ou encore en Antarctique. Et les chercheurs assurent que le changement climatique induit par les humains en est le principal moteur, bien que d’autres facteurs — tels que l’oscillation australe El Niño — aient aussi contribué.
Peut-on d’ores et déjà dire que les signataires de l’Accord de Paris ont échoué dans leur objectif de limitation du réchauffement à 1,5 °C ? Non, comme l’expliquait Reporterre en décembre. Pour être officiellement atteint, ce seuil devra être franchi sur plusieurs décennies. Ainsi, Copernicus mesure à +1,3 °C l’actuel réchauffement de la planète, en prenant en compte la moyenne des cinq dernières années.
« Chaque dixième de degré compte »
Si les climatologues ont coutume de rappeler que « chaque dixième de degré compte », le seuil de 1,5 °C demeure crucial car il a été pris comme référence dans de nombreux travaux scientifiques, qui montrent à quel point s’aventurer au-delà sera catastrophique, pour les humains comme le reste du vivant.
À titre d’exemple, un réchauffement limité à 1,5 °C, par rapport à un réchauffement de 2 °C, permettrait par exemple de réduire de 10 cm la montée du niveau des océans, exposant 10 millions de personnes en moins aux risques liés à la montée des eaux, d’après le rapport spécial du Giec de 2018.
Le seuil de 1,5 °C est particulièrement important pour les petits États insulaires en développement. « À titre d’exemple, le montant des préjudices annuels dus aux cyclones tropicaux à Antigua-et-Barbuda augmenterait de près de moitié si le réchauffement climatique atteignait 1,7 °C en 2050 au lieu de 1,5 °C, et de plus de trois quarts avec un réchauffement climatique de 1,8 °C en 2050 », détaille un rapport publié en avril par des chercheurs de l’institut allemand Climate Analytics.
La crainte des points de bascule
Lorsque les scientifiques martèlent que chaque dixième de degré compte, cela fait aussi écho à la menace de déstabilisation massive des systèmes terrestres, des transformations irréversibles déclenchées à un certain seuil de température, qu’on appelle des points de bascule. Ceux-ci pourraient entraîner la disparition des récifs coralliens ou la fonte de la calotte glaciaire au Groenland, entre autres.
Les études montrent que nous jouons avec le feu : plusieurs points de bascule pourraient être franchis, à un moment extrêmement difficile à anticiper, quelque part entre 1,5 °C et 2 °C de réchauffement. D’où l’importance, que l’on franchisse ou non définitivement les 1,5 °C de réchauffement global et de tout faire pour limiter le plus tôt possible la montée des températures, soulignent les climatologues.
Pour l’heure, tous les compteurs sonnent l’alerte : à l’exception de juillet 2024, tous les mois depuis juillet 2023 ont dépassé cette barre des +1,5 °C. Et chacune des dix années écoulées depuis 2015 figure dans le dramatique top 10 des plus chaudes enregistrées.