« Je fais le tour du monde à vélo depuis deux ans et c’est tout simplement fantastique »

Durée de lecture : 8 minutes

13 mai 2015 / Alain Sousa

Alain est parti faire le tour du monde à vélo il y a plus de deux ans et demi. Plus de trente pays plus tard et 50 000 kilomètres au compteur, il nous raconte quelques anecdotes et leçons apprises sur deux roues...


- Quelque part en Amérique centrale, reportage

« Je ne m’enfuis pas je pars... » Désolé de cet emprunt à un film récent... Mais il est vrai qu’il est difficile de quitter sa famille, ses amis et son travail pour prendre la route. Sortir de sa « comfort zone », comme disent les Anglais, pour un quotidien sur les routes, sans savoir où vous allez dormir chaque soir. Et pourtant, c’est uniquement ce premier pas qui compte, cette décision qui est la plus dure. Une fois parti, impossible de s’arrêter, et la récompense est à la hauteur du sacrifice... Car découvrir le monde à vélo est tout simplement fantastique.

Les fous du vélo

Bien sûr, lorsque vous partez, de nombreuses personnes vous regardent comme un extraterrestre. Mais tout au long du voyage, vous rencontrez de plus en plus d’autres extraterrestres, à vélo, à moto, en sac à dos... et vous vous rendez compte qu’il y a finalement beaucoup plus de personnes que vous le pensiez qui sont prêtes à tout pour réaliser leurs rêves. Finalement la folie est toute relative.

Ainsi lors de mes pérégrinations en Turquie, j’ai rencontré Gurkan Genk, un Turc parti à vélo pour sept ans de voyage autour du monde, sur sept continents, à l’assaut des plus hauts cols de montagnes et des plus grands déserts. Lorsque j’ai raconté par mail cette rencontre à ma famille et mes amis, ils ont finalement déclaré que je n’étais pas si fou que ça, ou du moins qu’il y avait plus fou que moi. J’ai aussitôt été voir Gurkan pour le remercier et lui raconter l’anecdote. Sa réponse était sans appel : « Les fous, ce sont ceux qui restent chez eux... »

Donner et recevoir

Bien sûr le voyage n’est jamais comme vous pouvez l’avoir imaginé. Mais une seule chose est sûre, le vélo est le meilleur moyen de rencontrer les gens, de découvrir la véritable vie dans les pays que vous traversez. Il faut savoir prendre le temps, le temps de s’arrêter, de discuter, de partager. Avant de partir, ou durant tout votre voyage, vous rencontrez une foule de personnes qui vont vous mettre en garde, vous dire que le monde n’est pas sûr, que dehors c’est plein d’assassins, de voleurs... Bref il vaut mieux rester chez soi et voir ce monde si dangereux à travers la « petite lucarne ».

Mais justement le voyage à vélo vous permet de voir que le monde est plein de personnes prêtes à vous aider et vous accueillir, même s’ils ne parlent pas la même langue que vous. J’ai passé des soirées au coin du feu en Inde, au Cambodge, en Chine, en parlant uniquement par gestes, en montrant des photos ou même en sortant un échiquier ! Ces échanges, même rudimentaires, sont la richesse du voyage, pour moi les moments les plus importants.

Au début, je me sentais gêné, je ne savais pas comment remercier ces gens qui bien souvent n’ont rien, mais m’offraient un lit, un repas... Puis j’ai compris que sans m’en rendre compte, je leur donnais quelque chose en échange : mon sourire, mes histoires... J’essaie dès que je peux de jouer de la flûte, gratter la guitare, faire des tours de magie, bref faire le clown pour offrir en échange un bien intangible et inestimable : des souvenirs. En bon Français, j’ai trouvé un autre moyen toujours apprécié de partager : faire la cuisine et préparer les recettes de famille. Message personnel : Maman, ta tarte à l’oignon a fait le tour du monde...

Volontaire à terre

Cet échange et cet investissement passent également par d’autres formes plus organisées. Je me suis arrêté dans plusieurs pays pour faire du volontariat. Avec l’aide du réseau Woofing, qui permet d’aider dans des fermes bio, ou en utilisant les sites HelpX ou Workaway. Je vous conseille aussi d’utiliser le réseau du mouvement Slow Food, rempli de gens prêts à vous aider. Et les rencontres au hasard vous permettent de découvrir des lieux et des endroits où vous pouvez donner de votre temps et de votre énergie, et partager.

Durant mon voyage j’ai ainsi aidé à replanter des arbres en Inde, ramassé des oeufs et planté des fraises en Corée, aidé dans un restaurant Vegan, récolté des graines ou construit des maisons en terre au Mexique, etc. Pour moi ce volontariat est une sorte de corollaire du voyage à vélo, c’est le même esprit d’aller à la rencontre des gens, de prendre le temps de découvrir et d’échanger.

Trouver le gîte

Évidemment, en voyage à vélo, vous ne vous faites pas héberger tous les soirs. Dans certaines régions ou pays les gens sont plus timides que d’autres. Ce qui rend le voyage d’autant plus intéressant. A chaque fois il vous faut trouver selon les pays les solutions les plus simples et plus faciles pour vous faire héberger.

En Europe, il est très facile de faire du camping ou de bivouaquer dans la nature. En Inde, vous pouvez dormir gratuitement dans les Dhaba, sorte de restaurants ouverts, et vous aurez le plaisir de vous laver en plein air avec le seau, à l’indienne, ce qui est le meilleur moyen de se faire aussitôt accepter. En Asie du Sud-Est, tous les temples bouddhistes vous ouvriront leur portes. Ce qui vous permettra de partager au matin le repas avec les moines et les gens du village. En Chine, cherchez le club cycliste de la ville : les visiteurs à vélo sont traités comme des rois ! En Amérique latine, les Pompiers et la Croix rouge sont la référence pour tous les cyclistes. Mais ils en reçoivent tellement dans certaines villes qu’ils sont même un peu blasés. Et bien sûr je vous conseille d’utiliser les réseaux sociaux pour voyageurs, l’incontournable Warmshowers mais aussi Couchsurfing.

Rouler autour du monde

Si rouler à velo est un plaisir sans pareil, ce n’est bien sûr pas toujours une sinécure en fonction des pays que vous traversez. En Suisse ou en Allemagne, j’ai grandement apprécié le réseau de pistes cyclables... Même si parfois le trop est l’ennemi du bien : est-ce que je dois continuer sur cette « Mozart Radweg », suivre la « Benedictus Radweg » qui mène à la maison natale du Pape Benoit 16 ou prendre l’une des six autres directions indiquées ? En Corée, j’ai eu la surprise de découvrir la piste cyclable la plus chère du monde je pense : 600 km le long des rivière du pays, avec toilettes en forme de vélos et musique classique, campings gratuits avec Wifi... Le contraste est saisissant : dès que vous quittez cette voie verte, il n’existe quasiment aucun aménagement urbain pour les cyclistes !

Au Mexique et au Guatemala, j’ai apprécié les associations de cyclistes qui se battent pour des aménagements urbains dans des pays où les voitures et les camions sont rois. En Inde, j’ai apprécié l’usage toujours omniprésent du vélo, avec même le ramassage scolaire à bicyclette... Bien sûr, pédaler dans les grandes villes relève de l’exploit... surtout quand parfois vous vous retrouvez face à des éléphants au milieu de la voie...

En Californie j’ai découvert une idée simple pour développer l’usage du velo : un rack pliable pour trois bicyclettes fixé sur le pare-choc avant de tous les bus de Los Angeles ou de San Francisco, pour rallier un point éloigné ou simplement souffler un peu. C’est tellement simple, je me demande pourquoi ce n’est pas déjà en France...

Vélosophie

Le voyage à velo, c’est aussi une lecon de philosophie permanente. Les difficultés de la route, les galères, le temps pour penser... tout cela transforme votre parcours en un voyage initiatique, qui va vous permettre de faire le point, de mieux vous connaître, et peut-être d’acquérir un peu plus de sagesse. Car tout voyage a une dimension spirituelle. Toute personne qui fait ses valises part à la recherche de quelque chose, une quête spirituelle, des réponses à ses questions. Curieux qu’il faille partir autou du monde pour trouver des réponses qui sont finalement en soi...

Je ne sais pas si je suis devenu plus sage, mais j’ai certainement appris en pédalant ainsi. La première lecon c’est tout simplement de profiter de l’instant présent, sans penser aux problèmes futurs ou passés. Inutile de trop s’inquiéter des difficultés à venir. Il sera toujours temps de les affronter quand elles surviendront. D’ailleurs comme le disait un autre voyageur rencontré sur le chemin : « Il n’y a pas de difficultés sur le chemin, il n’y a que des aventures, qu’il faut surmonter avec ingéniosité et que l’on pourra ensuite raconter ».

Le voyage vous apprend justement à être optimiste, à voir que la plupart du temps, vous trouvez toujours une solution, même dans les situations les plus noires. Et vous apprenez aussi que les échecs, les accidents, les déceptions, vont vous amener à emprunter d’autres routes que vous n’auriez pas explorées et qui vont vous apporter beaucoup plus que vous ne l’attendiez. Et si le voyage à vélo se passait sans encombre, ce serait d’un ennui mortel...

Un dernier avertissement à tous les cyclistes : mon aventure a commencé lorsque j’ai décidé de vendre ma voiture pour rouler en ville à vélo. Après les trajets quotidiens, les week-ends à vélo sont apparus, puis les semaines de vacances... et finalement le tour du monde. Pensez-y lorsque vous prendrez votre vélo demain. Vous ne savez pas dans quel(s) voyage(s) il va vous embarquer...


Plus d’infos

Facebook : Alain à Velo

Mail : alainavelo (arobase) gmail.com

Internet : www.revv-valence.org/tour-du-monde

Article paru dans la revue Vélocité n°130 de la FUBFédération française des Usagers de la Bicyclette


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Source et photos : Courriel à Reporterre d’Alain Sousa

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