L’absence sidérale de l’écologie, la voie du rebond

Durée de lecture : 3 minutes

23 mars 2015 / Hervé Kempf

Le plus marquant, en fait, dans le résultat électoral de dimanche, est la faible place de l’alternative écologiste.

UMP-UDI en tête, forte progression et enracinement du Front national, large recul du PS : telle est la photographie des résultats du premier tour des élections départementales de dimanche 22 mars. Dans cette photo de famille de la France politique d’aujourd’hui, ce qui devrait nous surprendre plus que tout, c’est l’absence sidérale de l’écologie, de l’alternative, des idées qui proposent une autre voie que l’enfermement dans l’enchaînement néo-libéralisme-sécurité-terrorisme.

Alors que la crise écologique est plus criante que jamais, que l’inégalité est au plus haut, que le chômage ronge les sociétés, que les banques dominent avec une morgue placide, que la guerre fait entendre ici et là ses sinistres séductions, celles et ceux qui portent les paroles du renouveau sont inaudibles.

C’est là le plus grave, que ne disent pas les commentaires des médias dominants : l’alternative semble muette, incapable de transformer son travail de terrain en représentation sur la scène politique.

La raison de cette situation, il y a en plusieurs, dont, entre autres, l’absence de la voix écologique dans les médias. Mais d’abord, bien sûr, la stratégie politique : coller au PS sans vraie condition conduit l’alternative écologiste à la débâcle.

Incapables de contrer une Commision européenne dirigée par l’ex dirigeant d’un paradis fiscal, multipliant les cadeaux aux banques et aux grandes entreprises, promouvant avec la loi Macron et autres le démantèlement du Code du travail et de la protection de l’environnement, laissant sa police réprimer violemment - jusqu’à la mort - les opposants aux grands projets inutiles, le gouvernement de MM. Hollande et Valls est d’autant plus désastreux qu’il est encore présenté comme « de gauche » et prétend représenter la large partie de la population qui se reconnait dans l’idéal de justice sociale et d’une évolution vers une société respectant l’environnement.

D’une défaite faire une chance

L’échec des départementales est finalement une chance pour l’écologie politique. Ce n’est pas une élection capitale, elle ouvre la porte à une réflexion stratégique renouvelée.

Les voies du rebond ? Voici :

- ne plus rien céder au PS, en affirmant haut et fort que l’alliance n’a rien d’automatique. Cela signifie dans la situation présente, vue la politique menée, que l’alliance n’a pas lieu d’être ;
- faire converger l’écologie politique au sens large, c’est-à-dire les forces qui intègrent réellement l’écologie dans leur logiciel politique : EELV, le Parti de Gauche, Nouvelle Donne, et sans doute une part du PS dont certains « frondeurs » pourraient être les poissons-pilotes ;
- s’appuyer plus nettement sur le mouvement social, dont les nouvelles formes apparues depuis deux ans, Alternatiba et les Zad, montrent l’espoir que représente un engagement politique vivant concrètement, et l’alternative, et la lutte obstinée contre la destruction du monde.

Car une stratégie politique ne vaut que si elle est inspirée par une pensée forte et une vraie sincérité. L’enjeu véritable est de convaincre nos concitoyens que, face aux immenses défis de l’époque, il y a une voie positive. Et notamment créatrice d’emplois, non par la recherche désespérée de la croissance en se soumettant au joug de Bruxelles et des banques, mais par un renouveau de la politique agricole, des économies d’énergie, des énergies nouvelles et une réorganisation du transport.

Il faut, en fait, reprendre l’initiative sur le terrain du débat public, aujourd’hui monopolisée par les thématiques croissancistes et d’extrême-droite. Et, puisque 2015 sera l’année du climat, dire, comme le promeut la campagne One million climate jobs : Face au changement climatique, on peut créer un million d’emplois !


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photo : Lucas Mascarello

THEMATIQUE    Politique
19 septembre 2019
Climat : la France ne tient pas ses objectifs
Info
19 septembre 2019
En France, une sécheresse qui n’en finit pas
Info
18 septembre 2019
Climat : de la prise de conscience à la conscience politique
Édito


Sur les mêmes thèmes       Politique





Du même auteur       Hervé Kempf