L’appel de Greta Thunberg

Durée de lecture : 4 minutes

18 décembre 2018 / Dorothée Moisan (Reporterre)

C’est lors de la COP24, en décembre 2018, en Pologne, que Greta Thunberg a gagné une célébrité internationale. Reporterre, sur place, a été frappée par sa sincérité. Et son appel vibrant à agir, enfin, contre le changement climatique.

Samedi 15 décembre, le dernier jour de la COP24, à Katowice, une voix déterminée a résonné sur YouTube : la jeune Suédoise Greta Thunberg donnait une formidable claque aux dirigeants de la planète :

« Notre biosphère est sacrifiée pour que des personnes riches vivant dans des pays comme le mien puissent vivre dans le luxe. […] En 2078, je fêterai mes 75 ans. Si j’ai des enfants, […] peut-être me demanderont-ils pourquoi vous n’avez rien fait alors qu’il était encore temps. Vous dites que vous aimez vos enfants plus que tout au monde, et pourtant vous leur volez leur futur. […] Vous nous avez ignorés dans le passé et vous continuerez à nous ignorer. […] Nous sommes venus ici pour vous faire savoir que le changement était en train d’arriver, que vous le vouliez ou non. »


L’envoyée spéciale de Reporterre, Dorothée Moisan, a rencontré Greta Thunger quelques jours auparavant. Elle a été frappée par son charisme :

Mercredi 5 décembre, une belle rencontre : celle de la jeune Suédoise Greta Thunberg, qui s’est fait connaître cet automne par ses « grèves du vendredi » (#FridayStrike) où, plutôt que d’aller en cours, elle a décidé de faire un sit-in devant le Parlement jusqu’à ce que le gouvernement prenne des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et se mette en conformité avec l’Accord de Paris. Alors que certains de mes confrères la boycottent, se disant blasés de la voir intervenir tous les jours dans différents événements de la COP, je me suis laissée tenter. Et j’ai bien fait : ce fut le moment le plus fort que j’ai vécu de ces quatre jours et, je dois bien vous l’avouer, de ces derniers mois.

Quand vous la voyez pour la première fois avec ses longues tresses châtain, vous ne lui donnez pas ses 15 ans, mais deux ou trois de moins peut-être. Elle paraît si jeune, si frêle aussi. Et puis elle commence à parler, avec son regard pénétrant, son visage sérieux et son front souvent plissé ; vous êtes alors bluffé par sa détermination et sa maturité.

C’est à l’âge de huit ans qu’elle a commencé à prendre conscience de la réalité du changement climatique, me raconte son père, Svante Thunberg, qui a fait le voyage avec elle de Suède jusqu’à Katowice en voiture électrique (quatre jours de trajet aller-retour…). Elle s’est mise à lire sur le sujet, à rencontrer des scientifiques, et « elle nous a forcé à changer », sa femme et lui. « En Suède, nous vivons dans un pays où nous avons une grosse empreinte carbone. Même si l’on devient végétarien et qu’on ne prend plus l’avion – comme on le fait désormais – on consomme encore trop de CO2. » Après l’été, leur fille leur a parlé de son projet de faire la grève de l’école tous les vendredis, et d’organiser un sit-in devant le Parlement. « On lui a dit non, bien sûr, car c’était risqué. Elle nous a répondu qu’elle le ferait quand même. Alors on a suivi. »

« Le premier jour, raconte Greta, il faisait très froid, il pleuvait, j’étais seule. Et puis le deuxième jour, des gens ont commencé à me rejoindre. » Au point que depuis, elle est devenue une icône pour des enfants ou des adolescents du monde entier, comme en Australie où le mouvement a fait tâche d’huile dans les établissements scolaires, au point d’agacer sérieusement le gouvernement. Il y a quelques jours, la Suédoise était même à Londres pour soutenir le mouvement citoyen Extinction Rebellion.

Le mieux est peut-être de l’écouter parler. Florilège :

La première chose que j’ai apprise avec tout ça, c’est qu’on n’est jamais trop petit pour faire la différence. J’ai rencontré des politiciens, des journalistes : cela m’a étonné, ils n’ont aucune idée de qu’est le changement climatique ou de ce qu’est par exemple l’effet d’albedo. »

« Le travail des hommes politiques n’est pas de sauver le monde, mais d’engranger des votes et on n’obtient pas des votes en disant la vérité sur le climat. »

« Nous les jeunes, nous devons nous mettre en colère. Nous devons réaliser que c’est notre avenir qui est en jeu. »

« Nous devrions nous éduquer nous-mêmes et engager des changements au niveau individuel : arrêter de prendre l’avion, devenir végétarien, en tant que journaliste, écrire à propos de cette crise climatique. Si seulement on pouvait couvrir la crise climatique comme un match de football… »


C’est Stuart Scott qui a pris l’heureuse initiative d’inviter à la COP Greta Thunberg, devenue depuis peu une icône de la jeunesse en colère. Quand Antonio Guterres a vu toutes les interviews d’elle à Katowice, il a demandé à la rencontrer.

« Et alors, face aux caméras du monde entier, se réjouit encore Stuart Scott, elle a gentiment donné une leçon aux États » sur leur intolérable défaillance face à l’urgence climatique.


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Lire aussi : La COP24, le journal jour après jour

Source : Dorothée Moisan pour Reporterre

Photo : © Sadak Souici/Reporterre

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