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L’écologie, grande oubliée des élections polonaises

23 octobre 2015 / Vladimir Slonska-Malvaud et Henri Le Roux (Reporterre)

La Pologne, qui vote ce dimanche 25 octobre pour élire son Parlement, ne s’ouvre pas aux idées environnementales. La campagne pour les législatives a enterré la question avant même de l’avoir posée.

- Pologne, reportage

À quelques mètres du panneau explicatif de la zone Natura 2000 de Żurawce, près du village de Lubycza Królewska, dans le sud-est de la Pologne, une bannière en plastique fait la promotion de Stanisław Misztal, candidat dans la circonscription aux élections législatives du 25 octobre 2015. Sur le premier, la bannière étoilée du programme «  Life  » de l’Union européenne (UE). Sur l’autre, le logo du Parti paysan (PSL), vieille institution surtout connue pour être un indéfectible défenseur de l’agro-industrie.

Dans la banlieue de Cracovie, une affiche d’une candidate du Parti paysan. Du fait de leurs moyens limités, les Verts et les candidats du Razem, dans l’ensemble plus favorables à la protection de l’environnement, sont presque absents des panneaux d’affichage.

La Plate-forme civique (PO), son actuel partenaire de la coalition victorieuse aux élections législatives de 2007, s’est impliqué dans une succession de mesures dommageables pour l’environnement : développement à marche forcée du gaz de schiste, projet d’ouverture d’une centrale nucléaire, et retentissant sabordage de la COP 17, qui se tenait à Varsovie en novembre 2013. Marquée par le limogeage du ministre de l’Environnement en pleine conférence et l’organisation en parallèle d’un Forum mondial sur le charbon, la réunion internationale avait viré à la pantalonnade.

Une idée exotique

Principal concurrent du PO, et favori des élections (voir ici les derniers sondages), le parti de droite conservatrice Droit et Justice (PiS), du très réactionnaire Jarosław Kaczyński, ignore simplement le sujet de l’écologie sur son site de campagne. Et, tout comme le PO, le PiS n’a pas répondu à nos sollicitations malgré de nombreuses relances.

Qui veut en savoir plus devra se contenter d’errer sur les pages web des candidats régionaux. Avec leurs détails folkloriques, comme sur le site de Barbara Dziuk : cette candidate PiS en Silésie, région du sud de la Pologne particulièrement dévastée par l’industrie du charbon, intitule son programme « l’écologie pour la survie des sociétés et des nations »… tout en s’affichant un faucon de chasse sur le bras. Les déclarations fracassantes contre les énergies renouvelables ou la protection des forêts sont légion.

Pour beaucoup ici, l’écologie est une idée exotique. Le réchauffement climatique est encore souvent présenté en Pologne comme une controverse. Magdalena Błeńska, tête de liste à Gdansk du parti du musicien Paweł Kukiz, nous explique qu’il n’existe « pas de preuve de l’impact humain sur le réchauffement climatique ». Nouveau venu sur la scène politique polonaise, Paweł Kukiz s’était illustré par son score de près de 20 % aux élections présidentielles de mai 2015, et sa rhétorique démagogique, nationaliste et conservatrice. Il est crédité de 5 % à 8 % des intentions de vote.

Grèves des mineurs de charbon

Un parti écologiste existe bien, le Partia Zieloni (littéralement « Parti vert »), depuis 2004. Mais, désespérant d’atteindre un jour la barre des 5 %, seuil nécessaire à atteindre pour envoyer des députés au Parlement, il a finalement rejoint la coalition de la Gauche unie (ZL), formée, à l’initiative de la confédération syndicale OPZZ, par l’Alliance de la gauche démocratique (SLD), le Mouvement Palikot (TR), l’Union du travail (UP) et le Parti socialiste polonais (PPS).

À la clef, quelques sièges potentiels, notamment dans les villes de Wroclaw (Silésie), de Szczecin (Poméranie occidentale, au nord-ouest) et de Varsovie. Et trois points du programme commun de la coalition apportés par les écologistes : « Priorité aux énergies renouvelables, interdiction de la fracturation hydraulique, et, sur les OGM, maintenir au moins le statu quo », énumère Ewa Sufin-Jacquemart, bouillonnante candidate franco-polonaise sur la liste ZL à Varsovie. Le reste du programme est apporté par les autres composantes de la coalition : infrastructures ferroviaires, développement du vélo et protection de l’environnement, notamment.

« Le principal thème (lié à l’environnement) de ces élections est celui des mineurs », dit dans un café de Varsovie, Katarzyna Guzek, porte-parole de Greenpeace en Pologne. L’exploitation du charbon en Silésie a été marquée par des grèves dures au début de l’année 2015. Seul le parti Nowoczesna s’est prononcé pour leur arrêt, mais sa position a davantage à voir avec l’application rigide d’un vieux principe libéral : laisser mourir les activités non-rentables.

Les Verts, le nouveau parti Razem et une partie des sociaux-démocrates affichent leur soutien aux mineurs, tout en critiquant l’industrie du charbon et en pointant la nécessité d’une transition énergétique. Dans un pays où le taux de chômage reste élevé (10 % en août 2015), les classes populaires craignent de perdre leur travail.

L’encyclique du pape sur l’environnement serait... anti-polonaise

La crispation est si forte que même la voix du pape, dans un pays pourtant très à cheval sur la religion, n’est pas écoutée. Consacrée à l’environnement, l’encyclique «  Laudato si  » a essuyé un vigoureux tir de barrage en juin 2015 : le quotidien de droite Rzeczpospolita l’avait alors présentée comme «  anti polonaise  ». Le pape y déclarait que «  la technologie reposant sur les combustibles fossiles très polluants – surtout le charbon (…) – a besoin d’être remplacée, progressivement et sans retard ». Un casus belli pour Varsovie.

En plein centre de Rzeszów, ville déshéritée du sud-est du pays, Jolanta Kaźmierczak, candidate PO dans la ville, nous répète qu’il lui faudra le « soutien de l’Union européenne pour investir dans l’écologie ». Pas question, donc, de le faire sur des fonds polonais.

Jolanta Kaźmierczak, candidate Plate-forme civique à Rzeszów, promet des mesures pour l’environnement. À condition que l’Union européenne les finance.

Quelques rues plus loin, un bus flambant neuf est stationné. Affrété par l’un des principaux portails Internet polonais, il fait le tour du pays pour recueillir les impressions des citoyens avant les élections. Norbert Litwiński, éditeur vidéo, nous confie sa perplexité sur la place de l’environnement dans la campagne.

L’absence de considération des problèmes environnementaux au niveau politique recouvre peut-être une réalité plus complexe. Le pays n’est pas imperméable à la prise de conscience. Le dernier sondage TNS mené pour Greenpeace tend à montrer que les Polonais sont de plus en plus sensibles à la question des énergies renouvelables (92 % seraient favorables à une augmentation des investissements dans ce domaine).

Mais une semaine et demie plus tard et les trois quarts du pays traversés, le verdict de Norbert Litwiński n’a pas changé : «  Malheureusement, je n’ai entendu personne parler de l’environnement. »

Le bus #Wyboryikropka fait le tour de la Pologne pour recueillir les avis des citoyens sur la politique. Ici, à Rzeszów, dans le sud-est du pays.


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Lire aussi : Face au climat, la Pologne engluée dans le charbon

Source : Vladimir Slonska-Malvaud et Henri Le Roux pour Reporterre

Photos : ©Vladimir Slonska-Malvaud/Reporterre
. Chapô : Affiche du candidat Stanisław Misztal, du Parti paysan, Lubycza Królewska, dans le sud-est de la Pologne.

DOSSIER    Europe

THEMATIQUE    International
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