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Politique

Chute d’Orbán : ce que seize ans de pouvoir ont coûté à l’écologie

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán salue ses partisans à Budapest après avoir perdu les élections législatives le 12 avril 2026.

Après seize ans au pouvoir, le Premier ministre d’extrême droite Viktor Orbán a été battu aux législatives hongroises, le 12 avril, par le conservateur Peter Magyar. Le régime Orbán s’est distingué par des mesures antisociales et contre l’écologie.

Une page se tourne en Hongrie. Dimanche 12 avril, le conservateur libéral Peter Magyar, 45 ans, a été élu Premier ministre. Il succède ainsi à Viktor Orbán, le parrain de l’extrême droite européenne populiste, raciste et climatosceptique.

Pendant près de seize ans, le régime semi-autoritaire de Viktor Orbán a soufflé le froid sur les questions écologiques, sabotant l’une après l’autre des initiatives ambitieuses, et laissant le pays sans cap clair face au réchauffement climatique. Ce, alors que les sécheresses touchent chaque année plus durement ce pays d’Europe centrale. Le régime Orbán s’est aussi distingué par ses attaques contre les droits des personnes LGBTQI+, par sa politique hostile aux personnes migrantes et réfugiées, ou encore par son démantèlement des protections sociales.

Sur sa politique climatosceptique, un fait en dit long : le pays n’a plus de ministère de l’Environnement depuis 2010. Depuis seize ans, les questions environnementales sont rattachées au ministère de l’Agriculture : « L’absence d’un ministère de l’Environnement en Hongrie est bien sûr très problématique, cela donne moins de poids aux questions environnementales, témoignait Robert Fidrich, militant écologiste hongrois, auprès des Amis de la Terre. Inversement, les grandes entreprises agroalimentaires ont beaucoup d’influence sur le ministère de l’Agriculture. »

Hold-up sur les terres hongroises

Lors de son élection en 2010, Viktor Orbán avait pourtant soutenu une stratégie de développement rural reposant sur l’agriculture biologique et familiale, avec une revitalisation des campagnes autour de l’artisanat. « Au lieu de devenir le laboratoire de l’illibéralisme, la Hongrie aurait pu devenir le laboratoire d’une transition écologique agroécologique réussie, qui aurait pu influencer les politiques européennes au niveau agricole », regrette Vincent Liegey, spécialiste de la décroissance et fin analyste de la Hongrie, pays dans lequel il vit depuis dix ans.

Las, cette initiative prétendument écologique a vite été détournée par Orbán pour favoriser ses intérêts et ceux de ses proches, au lieu des exploitants locaux. C’est ainsi que ce plan de « développement rural » s’est transformé en gigantesque opération d’accaparement des terres inondée par l’argent de la politique agricole commune (PAC), comme l’avait révélé Reporterre.

Dépendant des fossiles et allié de la France sur le nucléaire

Outre ce hold-up agricole, Orbán n’a pas non plus brillé pour son exemplarité sur les questions énergétiques. L’ex-dirigeant hongrois a tout misé sur le nucléaire et les énergies fossiles. La France a d’ailleurs accepté de faire alliance avec lui sur la défense du nucléaire à l’échelle européenne.

Orbán s’est positionné contre les énergies renouvelables, en particulier les parcs éoliens, dont la construction a été restreinte entre 2016 et 2023 en Hongrie, d’après le site hongrois Greenfo. Le solaire a en revanche explosé en Hongrie depuis quelques années, et représente aujourd’hui 20 à 25 % de la production d’électricité. Une avancée qui s’inscrit « largement dans un discours axé sur la croissance économique et la sécurité énergétique, plutôt que dans le cadre d’une stratégie environnementale », dénonce Ákos Éger, directeur des Amis de la Terre Hongrie. Le pays reste ainsi dépendant des fossiles, en particulier du gaz russe.

Au-delà de ses frontières, Orbán a également joué un rôle de sape systématique contre l’ambition écologique de l’Union européenne. Avec l’Italie de Giorgia Meloni, la Hongrie a été l’un des seuls pays à réclamer ouvertement la suppression du pacte vert européen — cet arsenal de près de 80 textes législatifs censés mener l’Europe vers la neutralité carbone en 2050.

Lors de la présidence hongroise du Conseil de l’Union européenne, en 2024, Orbán a reproché au Green Deal de ne pas prendre en compte la « politique industrielle » dans sa conception, un argument qui, depuis, a largement essaimé bien au-delà des rangs de l’extrême droite. Car c’est là le legs le plus durable du dirigeant hongrois sur la scène européenne : avoir contribué à normaliser le climatoscepticisme institutionnel, au point que Paris, Berlin, Athènes ou Varsovie reprennent aujourd’hui à leur compte des critiques qui étaient, il y a encore quelques années, l’apanage des seuls nationalistes.

Le scandale de trop

À force de « magouilles », Orbán a fini par éroder la confiance des électeurs et des électrices. Et c’est justement un scandale écologique qui a entaché durement la campagne de l’ex-dirigeant hongrois. Soupçonnée de polluer l’environnement et la santé des habitants par ses rejets toxiques, une usine de batteries électriques, au nord de Budapest, aurait bénéficié d’un passe-droit de la part des autorités hongroises, a révélé Telex, un média d’investigation hongrois, dont les révélations ont été reprises par Le Monde.

Il ne s’agit pas d’un cas isolé : voilà plusieurs années que le leader de l’extrême droite hongroise entend développer cette industrie polluante, quitte à sacrifier l’environnement et les travailleurs étrangers, comme le révélait Reporterre en 2024 dans une enquête.

Cette industrialisation à marche forcée au profit d’entreprises asiatiques a nourri la contestation, et fait ressurgir les revendications écologistes, enfouies par le régime. « Le mouvement écologiste a été très affaibli avec l’échec du LMP [le parti vert hongrois] en 2010 et les seize ans de régime semi-autoritaire, où les associations ne pouvaient plus compter sur les subventions », explique Vincent Liegey.

Mais avec la chute d’Orbán, il y a fort à parier, selon l’analyste, que de nombreux intellectuels de gauche, universitaires scientifiques et militants du mouvement climat qui avaient fui la Hongrie décident de revenir : « Je pense notamment à Virág Kaufer, qui a été députée écologiste en 2010 et qui est aujourd’hui directrice de la stratégie chez Greenpeace International. »

Magyar, un conservateur passé par le parti d’extrême droite d’Orbán

Les choses vont-elles changer sous Peter Magyar ? Ancien du Fidesz, le parti d’extrême droite d’Orbán, Magyar est aujourd’hui chef de file du Tisza, un parti de centre-droit, et est avant tout un conservateur. Il partage notamment la vision restrictive d’Orbán sur l’immigration.

Côté écologie, durant sa campagne, il a promis d’en finir avec les marchandages politiques sur l’environnement, en rétablissant des mécanismes indépendants de protection de la nature et en imposant une réglementation plus stricte aux industries polluantes, décrypte le média européen Euronews. Il a aussi prévu d’investir massivement dans les énergies renouvelables, pour sortir de la dépendance aux fossiles.

« Les investissements ne peuvent pas mettre en danger la santé des gens et la compétitivité du pays ne peut pas se construire au détriment de l’environnement », déclarait en février le parti Tisza sur sa page Instagram officielle, en réponse au scandale sanitaire et environnemental des usines de batteries.

Vincent Liegey appelle toutefois à la prudence : « On a fait tomber le régime autoritaire en place mais, maintenant, il va falloir recréer des structures militantes et politiques pour couvrir et créer du rapport de force. Sinon, on va simplement remettre en place un projet ultralibéral classique, comme en France [dont le projet macroniste libéral ne permet pas un changement vers un monde plus écologique]. »

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