« L’éducation à l’environnement passe par les gestes du quotidien » - Paroles d’habitants sur le climat

Durée de lecture : 6 minutes

12 octobre 2015 / Des jeunes de l’Association d’éducation populaire Charonne-Réunion

Comment sensibiliser les enfants au changement climatique ? Dans le XXe arrondissement de Paris, une équipe d’animateurs est partie à la rencontre de parents et d’une association écolo pour échanger sur cette question. Ces jeunes ont écrit l’article, dans le cadre du projet « Climat et quartiers populaires ».

Cet article a été réalisé par les animateurs de l’Association d’éducation populaire Charonne-Réunion (AEPCR), Abdoul, Ameni, Amine, Anna, Clément, Couraïcha, David, Dhekra, Élise, Halima, Kimberley, Mamadou, Mariamou, Marie, Mohamed, Nathan et Sandrine, dans le cadre d’un atelier média animé par Reporterre. Ce travail s’inscrit dans notre projet « Climat et quartiers populaires ».


À l’approche de la COP 21, dans un contexte de changement climatique et de crise écologique sans précédent, la sensibilisation des enfants est d’une importance cruciale. Les animateurs ont un rôle à jouer dans l’éducation des plus jeunes. Tout comme les parents, les enseignants et les autres acteurs qui interviennent auprès d’eux.

Dans le petit square à côté de la place de la Réunion, dans le XXe arrondissement de Paris, Alix, 35 ans, chef d’entreprise, surveille son fils Eugène, un an et demi, s’amuser sur les jeux publics. « Mon fils est encore un peu jeune mais, plus tard, je pense lui montrer quels sont les gestes responsables : faire attention aux déchets qu’on produit, au tri, utiliser les transports en commun, prévoit la jeune femme. Plutôt que sensibiliser, il faut être un exemple. »

« Une petite action s’inscrit au niveau global »

Même préoccupation chez Vincent, 37 ans, responsable des relations internationales dans une école d’ingénieur. « Il nous arrive de parler de changement climatique et de pollution en famille, parce que ça a des conséquences directes sur la santé, en particulier sur celle des enfants, souligne ce papa d’un petit Macéo, 3 ans. L’éducation à l’environnement passe d’abord par l’éducation aux gestes du quotidien. Puis, quand les enfants sont plus grands, on peut leur expliquer en quoi leur petite action s’inscrit dans une société toute entière, à un niveau global. »

Les jeux du jardin du Casque-d’or.

Alain, 64 ans, retraité de France Télécoms et grand-père d’Alice, 1 an, Lucie, 4 ans, Paul, 7 ans, et Amile, 9 ans, se sent « concerné, parce que (sa) génération a pas mal abusé. On essaie de faire attention. Je vais chercher le pain en vélo, j’ai un poêle et je fais mon bois, même si je roule quand même en voiture pour aller voir les enfants. » Naturellement, il raconte évoquer le sujet en famille. Les petits-enfants ne sont pas en reste, grâce au travail de sensibilisation mené dans les écoles primaires : « Ils disent qu’il faut faire attention à la Planète. Ils ont appris à trier les emballages en classe, et affirment qu’il ne faut pas manger trop de viande. »

« Je ne lance jamais une discussion là-dessus, j’attends que mes filles m’en parlent »

Blandine, elle aussi, souligne le rôle mené par l’école dans la prise de conscience de ses filles Suzanne, 8 ans, et Lison, 11 ans. « Je ne lance jamais une discussion là-dessus, j’attends que mes filles me parlent de ce qu’elles ont fait en classe ou lu dans Le Petit Quotidien pour rebondir dessus, explique la documentaliste, âgée de 44 ans. Suzanne travaille beaucoup sur le tri des déchets et elle est très sensible à tout ça. Quand on est à l’école élémentaire, ce que dit la maîtresse, on a envie de le faire. »

« Attention tout de même à ne pas faire reposer tout le travail de sensibilisation sur les enfants », alertent Marie-Noëlle Botte et Sophie Accaoui, respectivement coordinatrice et animatrice à l’association les Fourmis vertes, créée en 2010 et basée dans le XXe arrondissement de Paris. Sur invitation des mairies et des bailleurs sociaux, les deux femmes parcourent les quartiers populaires d’Île-de-France au volant de leur camionnette verte et organisent des ateliers pour les habitants, petits et grands, sur l’écologie dans la maison, le tri des déchets ou encore le changement climatique. « Nous nous adressons à tout le monde et en particulier aux adultes, parce que c’est à eux, ensuite, d’éduquer leurs petits », insistent-elles. En trois ans, elles ont touché 7.500 personnes.

Les Fourmis vertes et leur camion.

Au cours de leurs animations, elles encouragent le public à changer certaines mauvaises habitudes qui, à la longue, pèsent sur l’environnement, la santé et le porte-monnaie. « Par exemple, dans les cités, on a rencontré des dames qui faisaient des ménages et qui avaient les mains et les bronches brûlées par l’eau de javel, déplore Marie-Noëlle. Ce produit, extrêmement toxique, est déjà interdit en Suisse et en Allemagne. On leur explique qu’il peut être remplacé par du vinaigre blanc, sans danger pour la santé et l’environnement, efficace et bien plus économique - quelques dizaines de centimes le litre ! » 
Pour que leurs messages soient accessibles y compris aux primo-arrivants, qui ne maîtrisent pas bien le français, elles utilisent beaucoup d’images. Lors d’interventions récurrentes auprès d’un groupe, des productions collectives permettent de rappeler les bons gestes à effectuer, pense-bêtes pour les habitants (calendrier, affiches, reportages photos, etc.).

Cette mission de sensibilisation n’est pas toujours simple. Les ateliers en pied d’immeuble comptent une vingtaine de participants en moyenne, mais parfois, « il n’y a que trois ou quatre personnes et là, on déprime », sourient les deux passionnées. Le décalage avec les bailleurs peut donner lieu à des scènes cocasses. « Un jour, nous avions été invitées dans un HLM pour organiser une animation sur le tri des déchets, se souvient Marie-Noëlle. À la fin de l’atelier, le bailleur a distribué un goûter et à mis tous les déchets dans le même sac ! » Mais le plus souvent, les habitants sont très réceptifs. « Ils comprennent vite qu’on parle le même langage qu’eux et que ce que nous proposons est dans leur intérêt. Nous parlons beaucoup de factures, explique Sophie. « Un jour, un jeune était tellement intéressé qu’il a appelé sa femme pour qu’elle descende participer à l’animation, renchérit Marie-Noëlle. On a même cru qu’il nous taquinait ! Une autre habitante a promis que, désormais, elle demandera à son mari de débrancher le chargeur de son téléphone et la TV quand il ne l’utilise pas…

« Dans les cités, on a rencontré des dames aux mains et aux bronches brûlées par l’eau de javel »

Les Fourmis vertes insistent sur le fait qu’il est important d’éduquer les parents à l’environnement pour qu’ils puissent à leur tour éduquer leurs enfants. Les parents interrogés ont également souligné ce point. Il ressort de toutes ces rencontres une idée forte : tout le monde est responsable et doit montrer l’exemple. Sachant que, dans les quartiers populaires, certains habitants ont déjà des comportements écologiques, comme cette dame d’une cité rencontrée par les Fourmis vertes qui fait depuis longtemps sa propre lessive parce qu’elle trouve celle du commerce toxique et trop chère. Comme quoi, on peut être écolo et économe !


Vous voulez savoir comment s’est passée la réalisation de cette enquête ? Rendez-vous sur la boite noire de l’article


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Lire aussi : DOSSIER : Climat et quartiers populaires

Source : L’Association d’éducation populaire Charonne-Réunion, avec l’aide d’Emilie Massemin (Reporterre).

Photo : © Lucas Mascarello/Reporterre sauf : Les Fourmis vertes (© Les Fourmis vertes.
. Chapô : le square de la Réunion (Paris XXe).


Reporterre donne la parole sur le climat à ceux qui n’ont jamais la parole. Le projet « Climat et quartiers populaires » est soutenu par la Fondation de France, par la Fondation La Luciole et par le Conseil régional d’Ile-de-France.

DOSSIER    Climat et quartiers populaires

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