L’effacement de tout dans le silence radieux

Durée de lecture : 2 minutes

6 janvier 2015 / Hervé Kempf (Reporterre)

Le livre d’Antoine Volodine, Terminus radieux, est écologique, ou ne l’est pas, peu importe. Mais c’est une œuvre puissante et passionnante.

Si l’on disait à Antoine Volodine, l’auteur de Terminus radieux, que son livre relève de la littérature écologique, il serait sans doute fort étonné et récuserait ce qualificatif. Et il aurait raison. Vouloir catégoriser une oeuvre aussi forte serait lui faire une sorte d’injure. Quant à parler de littérature écologique, c’est une forme d’excès de langage puisqu’un tel genre n’existe pas, la préoccupation écologique inspirant assez peu les écrivains, en dehors de la science fiction. C’est étrange, mais c’est ainsi. Au demeurant, l’inappétence des écrivains pour la question reflète sans doute le désintérêt profond de la société pour cette si empoisonnante crise écologique.

Soit donc, une Sibérie mythique : Volodine nous y entraîne dans une époque de post-soviétisme où, après la chute de la civilisation capitaliste, le retour de l’URSS, et le deuxième effondrement de celle-ci suite à une série de catastrophes nucléaires, des communautés survivent dans les décombres de koklhozes radioactifs. C’est la fin du monde, imprégné de radioactivité, où des personnages solidement campés oscillent entre rêve et réalité. L’univers est devenu comme halluciné, et la station du Terminus radieux vit sous l’emprise d’un ancien prisonnier du goulag devenu un chamane explorant les consciences et les univers parallèles. Dans ces vies incertaines une flore infinie semble seule vraiment vivante, dans une taxonomie poétique qui contredit subtilement un livre qui décrit la fin de tout.

Les six cent pages se lisent d’une traite, à la suite de personnages dont le destin improbable suscite la curiosité, qui explore dans l’humour noir la métaphysique d’une chute qui n’est pas désespérée mais conduit à l’effacement sous la neige silencieuse.

Pas un livre écologique, et peu importe. Un fort, très fort livre, en tout cas.


- Terminus radieux, Antoine Volodine, Seuil, 624 p., 22 €.



Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photo : A Pripiat, ville abandonnée près de Tchernobyl, 2006 (photo Hervé Kempf).

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