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L’enfouissement des déchets nucléaires suscite des problèmes nouveaux

Durée de lecture : 3 minutes

31 août 2012 / Hervé Kempf (Le Monde)


Le 10 septembre prochain, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) entrera dans le vif d’une problématique nouvelle concernant l’’enfouissement des déchets nucléaires à « vie longue », c’est-à-dire dont la radioactivité perdure pendant des milliers d’années. Ce jour-là se réunira pour la première fois le comité de pilotage d’un nouveau programme, dit GEOSAF2, visant à étudier les méthodes d’exploitation des stockages de ces déchets.

« Jusquà récemment, on analysait la faisabilité du concept, maintenant on prend le virage de l’analyse de la surête de l’exploitation nucléaire », dit Michael Tichauer, président de ce comité et chercheur à l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire). « Il s’agit de faire le lien entre la sûreté à long terme et la sûreté en phase d’exploitation ».

Pendant une centaine d’années après la décision de créer ces stockages en profondeur, en effet, il faudra à la fois creuser les galeries et y installer les équipements nécessaires, tout en commençant à l’exploiter, c’est-à-dire à y entreposer les conteneurs de déchets. « La sûreté pendant l’exploitation est un des sujets qui nous mobilise le plus, dit Marie-Claude Dupuis, directrice de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). En insistant sur la sûreté à long terme, on a pu donner l’impression que le confinement était sans problème. » Ce qui n’est pas vraiment le cas.

« Il y aura des dizaines de kilomètres de galeries, ce sera une installation immense, bien plus grande que celle de La Hague », dit M. Tichauer, à propos du projet français dit Cigeo (Centre industriel de stockage géologique), situé près de Bure, dans la Meuse. « Il y aura d’un côté des mineurs, de l’autre des travailleurs du nucléaire plaçant les colis dans les alvéoles : ce sont deux cultures qui n’ont rien à voir ». La cohabitation entre ces deux cultures – l’une poussiéreuse et bruyante, l’autre obsédée de propreté et silencieuse – crée des problèmes de sûreté nouveaux. « L’exploitant nucléaire vise à confiner au maximum, mais dans le monde du souterrain, la priorité absolue est l’évacuation du personnel », dit Mme Dupuis.

Or, une préoccupation importante est celle de la possibilité d’incendie, révélée par un ingénieur indépendant, Bertrand Thuillier, qui a analysé en détail les dossiers publics, mais peu digestes, publiés par l’Andra. « Il pose de bonnes questions », reconnaît Marie-Claude Dupuis. La possibilité de l’incendie découle de la présence de bitume dans un certain nombre de colis de déchets anciens, ainsi que de l’éventuelle formation d’hydrogène sur certains colis. « L’incendie est la question principale : elle peut remettre en cause la faisabilité d’un stockage », estime M. Thuilllier. Le risque semble gérable à l’IRSN et à l’Andra. Qui évoquent cependant la nécessité de reconditionner les colis contenant du bitume et le doublement de galeries, pour pouvoir évacuer les mineurs en cas de nécessité. Ces précautions entraîneraient des surcoûts importants.

D’autres problèmes apparaissent, comme le rejet par l’installation de gaz faiblement radioactifs par une ventilation d’un flux de 500 000 m3 par seconde, sa consommation d’eau comparable à celle d’une ville de 50 000 habitants, ou sa consommation électrique requérant une puissance de 72 mégawatts. Des questions nouvelles, aussi : « L’exploitation se déroulera sur cent ans ; comment maintenir les compétences sur une telle durée ? », observe M. Tichauer.

Toutes ces réponses devront trouver des réponses d’ici le débat public qui se déroulera en 2013 à propos du projet de création du stockage.



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Source : Cet article est paru dans Le Monde daté du 28 août 2012 dans une forme légèrement racourcie.

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DOSSIER    Déchets nucléaires

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