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Luttes

Expulsion d’un haut lieu de la lutte contre Cigéo : « On appelle à venir le défendre ! »

L’une des entrées de la gare de Luméville-en-Ornois (Meuse), en septembre 2025.

Les habitants de l’ex-gare de Luméville doivent quitter ce haut lieu de résistance contre les déchets nucléaires et Cigéo pour le 9 avril. Un ordre « cynique », jugent les militants, qui appellent « à venir défendre la gare ».

Nancy (Meurthe-et-Moselle), correspondance

La gare de Luméville-en-Ornois (Meuse), lieu emblématique de la lutte contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo, était déjà expulsable depuis le 11 octobre ; elle l’est désormais par la force, par décision de la juge le 23 mars. Un huissier a signifié un commandement de quitter les lieux pour le 9 avril, sans quoi l’expulsion se ferait manu militari.

Situé à 6 km de Bure, cet îlot de résistance de 8 hectares boisés et champêtres est un endroit stratégique : il se situe sur le tracé de la future installation terminale embranchée (ITE), la voie ferrée censée acheminer les convois de déchets radioactifs jusqu’au stockage à Cigéo. Conscients de cet emplacement stratégique, des opposantes et opposants au projet avaient acheté l’ancienne gare en 2007.

Depuis quelques années déjà, des cabanes de vigie sont dressées à l’ancienne gare. Ici en septembre 2024. © Amanda Jacquel / Reporterre

Cette décision d’expulsion est l’aboutissement d’une longue bataille judiciaire, pour la repousser au maximum : en juillet 2022, le projet Cigéo a été décrété d’utilité publique, ce qui permet notamment à l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) d’engager des procédures d’expropriation, dont celle de la gare. Au total, 300 propriétaires, habitants et agriculteurs, ont été concernés. Pourtant, la demande d’autorisation de création de Cigéo est toujours en cours d’instruction.

« C’est vraiment cynique, alors même que le projet n’est toujours pas autorisé, qu’on puisse déjà virer les gens de chez eux, souligne Stan [*], opposant au projet et habitant sur le territoire depuis deux ans. C’est assez révélateur du fonctionnement de l’État, qui continue de feindre la démocratie avec des concertations, des enquêtes publiques, etc. On a l’impression que ce projet est autorisé depuis que l’idée est née dans les années 1980… »

« On appelle à venir défendre la gare »

Autrefois désaffectée, démantelée dans les années 1970-1980, la gare a repris vie depuis son acquisition. La maison du gardien de barrière et l’ancien hall ont été rénovés, des cabanes érigées et des caravanes montées sur pilotis. « C’est un lieu d’expérimentation, de rencontres, de combat, très beau, hors du temps », témoigne Stan.

Pour lui, la gare symbolise tout ce que la lutte contre Cigéo exprime : l’anti-autoritarisme, le soin apporté aux uns et aux autres, la lutte contre toute forme d’oppression et l’expérience d’un nouveau modèle d’organisation de vie collective. « Ce n’est pas seulement une lutte contre un mode de gestion des déchets, mais pour un modèle de société. Le nucléaire implique la destruction de l’environnement, la colonisation, l’autoritarisme, la hiérarchisation, la technocratie, les secrets d’État, la répression policière… Personne n’est capable de gérer une centrale nucléaire de façon démocratique », analyse Stan.

« Il faut garder de la combativité »

La gare a aussi accueilli de nombreux événements culturels, festifs, politiques : le camp VMC en 2015, anti-autoritaire et anticapitaliste ; le Printemps des luttes paysannes ; une semaine anticarcérale en 2020, Les Rayonnantes (camp festif et féministe) ; des rencontres antispécistes, parmi d’autres temps de formations ou de chantiers collectifs.

« C’est un lieu d’expression libre, qui prenait la texture des gens qui y passaient. Selon le jour ou la période, il n’y avait pas les mêmes envies projetées ou les mêmes échanges, se souvient Juliette Geoffroy, animatrice du Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs (Cedra) et originaire de la région. J’ai connu les manifs depuis toute petite avec ma mère, mais mon premier vrai souvenir de lutte est à la gare avec le camp VMC. C’est pour moi un tournant, car il a remobilisé la lutte sur le territoire. »

Pour ces opposantes et opposants, la confirmation de l’expulsabilité de la gare n’est pas un choc : « [Ils] s’y attendaient. » Dès la fin de l’été dernier, la gare accueillait d’ailleurs Septembre infini, un mois d’occupation et de résistance à cette expulsion prévisible. « Il faut garder de la combativité. On appelle à venir défendre la gare, à vivre ce moment et s’y créer encore des souvenirs pour la suite. La lutte n’est qu’à ses débuts », détaille Stan en citant l’existence d’autres lieux collectifs comme l’Augustine ou la Maison de la résistance.

Les opposantes et opposants entendent donc rebondir de façon flamboyante en organisant une semaine d’ateliers, qui se terminera sur une manifestation le 19 avril. Juliette Geoffroy alerte : « Tout ça s’inscrit dans une accélération globale de Cigéo, notamment avec l’avancée de l’enquête publique au 18 mai. » Elle qualifie d’aberration cette poussée du calendrier par le gouvernement. Raison d’autant plus forte de redoubler la mobilisation.

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