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Monde

L’est de l’Australie se relève avec peine après des inondations massives

Des pluies diluviennes ont provoqué d’énormes inondations sur la côte Est de l’Australie. Le sinistre a débordé les dispositifs censés le contrer et forcé l’évacuation de milliers de personnes. Le réchauffement climatique va favoriser la reproduction de telles catastrophes.

Le nouveau pont de Windsor devait être la pièce maîtresse du système anti-inondations de la commune du même nom, qui compte 1.900 habitants dans la grande banlieue de Sydney. Mais il n’a fallu que quelques heures pour que les eaux déchaînées du fleuve Hawkesbury n’engloutissent l’ouvrage inauguré l’an passé, trois mètres au-dessus du pont historique. L’image du New Windsor Bridge (illustrant la tête de cet article) a fait le tour de l’Australie, symbole des inondations monstres qui viennent de dévaster l’État de Nouvelle-Galles-du-Sud. Symbole, aussi, de l’incapacité des autorités à protéger la population.

Depuis mercredi 24 mars, le ciel s’est éclairci sur la région de Sydney. Mais après quatre jours de pluies torrentielles, les rivières continuent de déverser leur trop-plein le long de la côte Est australienne. À l’intérieur des terres, l’alerte aux crues a été levée. Quelques milliers d’habitants ont été autorisés à rentrer chez eux.

Chacun nettoie sa maison, tente de sauver ce qui peut l’être… et se rue sur les insecticides : associées au redoux, les eaux stagnantes font le bonheur des moustiques, moucherons, tiques et puces. Dans le quotidien local Sydney Morning Herald, le parasitologue David Emery alerte désormais sur un « risque accru de fièvre de la Ross River », une infection virale transmise à l’homme par les moustiques.

La Nouvelle-Galles-du-Sud a reçu jusqu’à un mètre de précipitations, transformant les villages en îles que l’on ne quitte qu’en hélicoptère ou en kayak. Si la ville de Sydney a été largement épargnée, les services de secours ont dû évacuer seize zones urbaines plus au nord, déplaçant plus de quarante mille habitants. Deux personnes au moins ont perdu la vie, selon les autorités locales. Le barrage Warragamba, qui fournit l’essentiel de l’eau potable de Sydney, a débordé.

« Ici, le climat est plus extrême qu’en Europe »

La population semble accueillir avec fatalisme la nouvelle catastrophe, moins d’un an après les immenses feux de brousse qui avaient déjà ravagé dix-sept millions d’hectares de terres, tuant ou déplaçant trois milliards d’animaux — un triste record historique. « Ici, le climat est plus extrême qu’en Europe et en France », dit à Reporterre Héloïse Navecth, gérante française d’un café en proche banlieue de Sydney. « Avec mes clients, on parle de ce qu’il se passe, mais les gens ont l’habitude des inondations. »

Pourtant, ces deux catastrophes ont deux points communs, soulignent les chercheurs : une durée et une superficie exceptionnelles, même dans une région du globe régulièrement soumise aux aléas climatiques. Le gouvernement conservateur ne fait pour l’instant pas le lien entre l’intensification des phénomènes extrêmes en Australie et le réchauffement climatique. La Première ministre de la Nouvelle-Galles-du-Sud, Gladys Berejiklian, a qualifié l’épisode actuel de « crues du siècle ».

Mais pour les scientifiques, une telle catastrophe pourrait très bien se reproduire prochainement. « La capacité de rétention d’eau de la basse atmosphère augmente d’environ 7 % pour chaque degré supplémentaire de réchauffement, écrit la climatologue australienne Joelle Gergis. Cela peut entraîner des pluies plus abondantes, ce qui augmente les risques d’inondation. » Le climat australien s’est déjà réchauffé de 1,4 °C par rapport au niveau de 1910 ; passer le cap des 2 °C pourrait ajouter 11 à 30 % de précipitations supplémentaires en cas de forte pluie, selon une étude publiée dans Nature en 2017.

Il faudra des jours, voire des semaines, pour calculer l’ampleur des dégâts. La Nouvelle-Galles-du-Sud est à la fois le centre économique de l’Australie et sa région la plus peuplée. Les demandes d’indemnisation au titre de l’assurance habitation pourraient atteindre 2 milliards de dollars australiens, soit 1,3 milliard d’euros. Outre l’industrie du charbon, dont les mines ont été noyées, l’agriculture et l’élevage sont les secteurs les plus touchés. Pour faire face à la crise, la fédération agricole NSW Farmers a déjà annoncé une hausse des prix qui devrait se répercuter dans les rayons des supermarchés.

Les inondations ont noyé des terres agricoles dans la vallée d’Hawkesbury.

Sur place, de nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui contre l’urbanisation galopante dans une région certes riche en ressources, mais inondable et soumise à l’influence de l’océan Pacifique. « Cette crise pourrait ébranler le gouvernement. Nous pourrions être à un point de basculement », a expliqué Jamie Pittock, professeur à l’Université nationale australienne et spécialiste de l’environnement, au magazine économique Nikkei Asia.

Face aux critiques, le ministre de la Planification de la Nouvelle-Galles-du-Sud, Rob Stokes, a ordonné la suspension des projets de construction de logements dans la vallée la plus touchée, celle de Hawkesbury-Nepean, au nord de Sydney. Le gouvernement prévoit de doubler la population sur place d’ici 2050.

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