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Climat

L’hiver disparaît, l’angoisse pour nos vergers

Avec le réchauffement climatique, les températures sont plus élevées en automne et en hiver. Ici à Pau, dans les Pyrénées, le 28 novembre 2024.

La France a perdu 10 jours de gel en une décennie. De quoi fortement affecter les végétaux, le cycle de l’eau et augmenter le nombre de nuisibles, alerte une étude.

L’hiver recule. C’est le constat irréfutable que dresse le groupe de scientifiques Climate Central dans une étude parue le 17 décembre. Depuis une décennie, le nombre de jours avec des températures négatives en hiver a diminué d’une semaine dans plus d’un tiers des 123 pays de l’hémisphère nord analysés, par rapport à un monde sans changement climatique. La France a perdu dix jours de gel, en moyenne annuelle. Et ce sont trois semaines de grand froid qui manquent en moyenne au Danemark, en Estonie, Lettonie et Lituanie, les pays les plus touchés.

Ces chiffres, qui viennent corroborer un constat déjà largement documenté, ont des conséquences déjà tangibles et potentiellement catastrophiques sur les espèces végétales. « Des hivers plus chauds et plus courts peuvent perturber le refroidissement dont dépendent les cultures de fruits et de noix », écrit le Climate Central. Les arbres ont en effet besoin des périodes de froid pour fleurir au printemps. C’est le phénomène de « vernalisation », dont la mise à mal est déjà constatée dans les vergers français.

Des migrations en pagaille

L’abricot rouge dit Bergeron, une des variétés les plus anciennes, implanté notamment en Drôme provençale, a été lourdement affecté cette année par un hiver trop doux. La perte est ainsi estimée à 80 % par la préfecture de l’Ardèche. « Un problème similaire se pose pour la pomme Golden, note l’agroclimatologue Serge Zaka, une variété qui a besoin de 1 000 heures de froid pour fleurir. »

Une transformation radicale de l’agriculture est en jeu, insiste le chercheur : « La pomme Golden va devoir se décaler vers le nord-est de la France, 45 % de sa surface ne sera plus cultivable en 2050 à cause du manque de froid. La noix Franquette, la plus cultivée en France, va aussi devoir migrer, comme certaines variétés de cerises ou de pêches. D’autres, comme les agrumes ou les amandes, gagneront du terrain vers le Nord. »

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Sans compter que ces printemps précoces surexposent les végétaux aux gelées « tardives ». Les floraisons se déroulent 2 ou 3 semaines plus tôt qu’autrefois, selon l’analyse de sources historiques remontant sur plusieurs siècles. Conséquence, notamment pour les vignes, les gels d’avril peuvent faire d’énormes dégâts.

Les hivers doux font aussi apparaître les pollens plus tôt au printemps, à une période où la pluviométrie importante est encore constatée. En cas de forte pluie, le pollen ruisselle au sol au lieu de fertiliser les arbres. « C’est ce phénomène dit de la “coulure” [l’eau va lessiver le pollen de la fleur au lieu d’aller reproduire une autre fleur], qui a empêché la floraison des Bergeron cette année », précise Serge Zaka. Pour l’humain, l’exposition au pollen augmente le risque d’allergies.

Parasites et dérèglement du cycle de l’eau

« Les hivers froids permettent de contenir les populations de parasites porteurs de maladies, tels que les moustiques et les tiques », rappelle également Climate Central. Idem pour les pucerons, mouches ou les champignons qui transportent des maladies touchant les végétaux et sont moins bien régulés lorsque le froid diminue en intensité. « Le froid est le plus puissant des insecticides », insiste Serge Zaka.

Exemple en 2024 avec la fièvre catarrhale ovine, transmise par un moucheron et potentiellement mortelle chez les ruminants. 20 000 élevages ont été infectés, entraînant localement la mort de 15 % des moutons et 4 % des bovins, selon un récent bilan de la Confédération paysanne, syndicat agricole.

La neige, enfin, tombe en quantité moins abondante avec la réduction du nombre de jours à température négative. Or en tombant sous forme de pluie plutôt que sous forme de neige, l’eau ruisselle immédiatement en hiver. Au printemps, la ressource en eau tend donc à diminuer en raison d’une plus faible fonte de neige, aggravant les sécheresses. La quarantaine de scientifiques du projet Explore 2 estime que la pluviométrie devrait augmenter en hiver de 24 % dans le Nord et 13 % dans le Sud, mais baisser fortement en été : -23 % en moyenne sur le pays et jusqu’à -30 % sur le Sud-Ouest.

Ces tendances de fond se confirment dans les dernières prévisions de Météo-France pour l’hiver 2024-2025 : pas de grands froids, des températures supérieures aux moyennes de saison et un faible enneigement. L’hiver 2023-2024 était déjà au troisième rang des hivers les plus doux jamais mesurés en France.

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