La crainte d’un nouveau fiasco à 48 h du clap de fin de la COP30
André Corrêa do Lago, le président de la COP30 à Belèm, Brésil, le 15 novembre 2025. - Rafa Neddermeyer/COP30 Brasil Amazônia/PR
André Corrêa do Lago, le président de la COP30 à Belèm, Brésil, le 15 novembre 2025. - Rafa Neddermeyer/COP30 Brasil Amazônia/PR
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Qu’il s’agisse de l’abandon des énergies fossiles ou du montant de l’aide aux pays pauvres, les pays participant à la COP30 sont incapables de trouver un accord. Les militants présents ne relâchent pas la pression.
Belém (Brésil), correspondance
Les négociateurs de la COP30 ont tenté un sacré coup de poker, mais celui-ci a clairement échoué. Le 17 novembre, face à l’escalade des critiques quant à la stagnation des débats, le président du grand raout climatique, André Corrêa do Lago, a choisi de convoquer un mutirão. Issu du dialecte indigène tupi, ce mot appelle à la mobilisation collective pour accomplir ensemble une tâche. Et celle-ci était de taille : sauver le multilatéralisme climatique, plus fragilisé que jamais auparavant.
Sur le papier, l’objectif était simple : parvenir à un accord anticipé, dès le 19 novembre au soir, pour s’assurer une fin de COP plus tranquille. Parmi les principaux points de crispation exclus de l’ordre du jour officiel de la conférence, et ainsi débattus de manière informelle, figurent notamment le financement de la transition écologique des pays en développement par les pays occidentaux, et la sortie des énergies fossiles. Pourtant, après 72 heures d’âpres négociations, aucun consensus n’a émergé et la COP30 semble filer droit vers d’interminables prolongations.
Incapables de trouver un accord
Rembobinons. Le 17 novembre, à la suite de l’appel de la présidence, la COP a vu un regain de dynamisme. Les réunions se sont multipliées et les allées et venues des délégations se sont intensifiées dans les couloirs du vaste hangar où se tient la conférence. Le secrétariat de l’ONU a même prolongé les horaires de travail pour permettre aux négociateurs de poursuivre leurs discussions tard dans la nuit. Les petits kiosques vendant des sandwichs, des unhas de carangueijo (pattes de crabe), du pão de queijo (pains au fromage), des glaces et des jus de cupuaçu ou d’açaí sont restés ouverts jusqu’à minuit pour ravitailler les équipes.
Las, l’enthousiasme est vite retombé. Les pays sont restés sur leurs positions, incapables de trouver un accord avant la date butoir. Lors des sessions plénières tenues le 17 et le 18 novembre dans une grande salle baptisée Amazonas, pendant lesquelles une forte pluie tropicale s’est abattue sur la toiture fragile du hangar, les fractures entre pays riches et pays pauvres restaient fortes.
« L’Afrique a besoin de plus de pays qui contribuent au financement de l’adaptation », a fustigé Peter Msoffe, représentant de la coalition du Groupe africain des négociateurs, depuis le pupitre, appelant à tripler le financement consacré à l’adaptation des pays vulnérables pour atteindre 120 milliards de dollars annuels (104 milliards d’euros) d’ici 2030.
Paralysie sur l’aide aux pays pauvres
Pour de nombreux pays riches, il est hors de question de mettre davantage d’argent public sur la table que les 300 milliards de dollars annuels (260 milliards d’euros) à destination des pays en développement d’ici 2035, déjà actés lors de la COP29 à Bakou.
D’autant plus que certains pays émergents disposant de ressources, comme la Chine, ne participent pas encore à la cagnotte. « L’objectif, c’est donc maintenant de s’entendre sur la mise en œuvre [de cet accord] », a froidement indiqué lors de son intervention dans la plénière Monique Barbut, ministre de la Transition énergétique. Elle refuse également de négocier la taxe carbone aux frontières, laquelle fait grincer la Chine et l’Inde.
La représentante française a plutôt plaidé, à l’image d’autres pays riches et des États insulaires d’Amérique latine, pour « accentuer nos efforts sur l’atténuation » du changement climatique. Certains pays très pollueurs, comme l’Inde, n’ont même pas publié leurs nouveaux objectifs de réduction des émissions censés être renouvelés tous les cinq ans suivant l’Accord de Paris. Dans sa prise de parole, le ministre de l’Environnement indien, M. Bhupender Yadav, a ignoré la question.
Abandon des fossiles
Le 18 matin, la présidence de la COP a regroupé toutes ces positions dans un premier brouillon de texte nommé « mutirão decision ». Long de neuf pages, le document liste 58 points en cours de négociation. Différentes options sont sur la table, parfois opposées : l’option 2 pour le point 35, qui aborde l’élaboration d’une feuille de route sur l’abandon des énergies fossiles, conformément à l’appel de Lula au début de la COP30, a particulièrement fait parler.
Dans l’après-midi, un groupe d’environ vingt pays riches et pauvres — parmi lesquels les Îles Marshall, la Colombie, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Kenya et la Sierra Leone — a pris la parole devant les journalistes pour exprimer sa frustration. « La référence actuelle dans le texte est faible et présentée comme une option. Il faut qu’elle soit renforcée et adoptée », a estimé Tina Stege, l’émissaire pour le climat des Îles Marshall. Environ 80 pays soutiendraient cette demande.
« Nous devons avoir une feuille de route claire ! »
Dans la zone bleue, où se trouvent les négociateurs, la société civile a également redoublé la pression pour inciter les pays à être plus ambitieux sur ce point. Le 19, vers 11 heures, une vingtaine de militants climat se sont installés à proximité des bureaux des délégations, brandissant des affiches appelant à abandonner les fossiles.
« Nous devons avoir une feuille de route claire, concrète et rapide pour voir comment nous éliminons progressivement nos combustibles fossiles, a dit au micro l’activiste française Camille Étienne, venue en voilier jusqu’à Belém. Il est temps ! » a-t-elle insisté, pressant aussi la France de signer la déclaration sur la sortie des fossiles préparée par la Colombie et soutenue par une soixantaine de pays.
Des revendications entendues ? Le soir, vers 20 heures, le commissaire européen au climat, Wopke Hoekstra, a convoqué quelques journalistes dans les bureaux des délégations pour annoncer que les Vingt-Sept avaient déposé auprès de la présidence une proposition de texte pour la feuille de route. « Nous pensons qu’il est extrêmement important que cette feuille de route soit aussi ambitieuse que possible et aussi large que possible », a-t-il déclaré.
Appelé « feuille de route mutirão », le document consulté par Reporterre semble toutefois vague. Composé de cinq paragraphes, il propose aux pays « de décider » d’élaborer cette feuille de route sous « l’orientation de la présidence actuelle et entrante de la COP » pour opérer une « transition hors des combustibles fossiles de manière juste, organisée et équitable ». Il suggère aussi de créer un rapport annuel sur les progrès apportés par la feuille de route pour « prendre les mesures appropriées ».
Le président brésilien fort optimiste
« Il sera difficile que nous repartions de cette COP avec la feuille de route détaillée, explique Marcio Astrini, secrétaire exécutif de l’Observatório do Clima. Ce que nous pouvons obtenir en sortant de cette réunion, ce sont des points généraux sur ce que ce plan devrait contenir, et la désignation, avec un mandat, d’un groupe de pays, ou de scientifiques, pour élaborer cette feuille de route pour ensuite la proposer comme résolution lors de la prochaine COP », précise le chercheur.
Reste à savoir si la proposition européenne parviendra à être intégrée dans le document final d’ici la fin des négociations le 21 novembre. D’après la présidence de la COP, un nouveau brouillon du « mutirão decision » devrait être diffusé le 20 matin. Mais la réticence des pays pétroliers comme l’Arabie Saoudite et l’Iran à abandonner les fossiles reste forte.
Lors d’une conférence de presse le 19 au soir, Lula, revenu tôt le matin à Belém pour tenter de débloquer les négociations, s’est montré confiant. « C’est possible, essayons », a-t-il dit, rempli d’optimisme. Serein et léger, le chef d’État a répété qu’il était « heureux » que la COP se tienne à Belém malgré les doutes sur la capacité de la ville à accueillir un évènement de cette envergure.
Plutôt que de répondre aux questions des journalistes, qui attendaient son intervention depuis deux heures et s’inquiétaient de l’avenir des négociations, le chef d’État les a invités à profiter de l’Amazonie. « Si vous, membres de la presse, n’avez pas encore dansé le “carimbó” [danse traditionnelle afro-indigène], faites-le, s’il vous plaît, a-t-il suggéré. Allez goûter la meilleure cuisine que nous avons dans le pays, allez vous amuser parce qu’ici la population est extrêmement généreuse et sympathique. »