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COP30

Sauver la forêt... en puisant du pétrole : le double jeu du président Lula

Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva avec Emmanuel Macron, lors de la COP30 à Belém, le 6 novembre 2025.

Lula, président du pays hôte de la COP30, présente un bilan flatteur sur la déforestation. Mais son soutien à de nouveaux projets pétroliers brouille le message.

Belém (Brésil), correspondance

C’était le 16 novembre 2022 : une joyeuse petite cohue venait perturber l’ambiance calfeutrée des négociations de la COP27 en Égypte. Diplomates, représentants d’ONG et journalistes se pressaient pour venir entendre Lula da Silva, élu quelques jours plus tôt à la présidence du Brésil. Bien conscient qu’il devrait se démarquer de la gestion environnementale calamiteuse de son prédécesseur d’extrême droite, Jair Bolsonaro, il annonçait son intention d’éradiquer la déforestation d’ici 2030, et proposait que la COP30 se tienne en Amazonie. Le tout, scellé par une phrase-slogan : « Le Brésil est de retour. »

Trois ans plus tard, nous y sommes. Le monde entier, ou presque, est réuni à Belém pour tenter de trouver une issue à l’enfer climatique qui sévit déjà dans cette ville située aux portes de l’Amazonie. Le Brésil, lui, arrive avec un bilan convaincant : la déforestation en Amazonie a chuté à son taux le plus faible en onze ans. Une réussite qui permet, par extension, au géant sud-américain de se targuer d’une impressionnante baisse des émissions de gaz à effet de serre de 16,7 % en un an, la déforestation représentant la première cause d’émissions de CO2 du pays.

Fort de cette réussite, le Brésilien a décidé de marquer le coup en ouverture du sommet des chefs d’État préalable à la COP, le 6 novembre, en annonçant le lancement du mécanisme pour la préservation des forêts tropicales éternelles (Tropical Forest Forever Facility, dit TFFF). Un dispositif dont l’ambition est de lever 125 milliards de dollars pour la préservation des forêts tropicales. « Les forêts valent plus sur pied qu’abattues », a martelé Lula, sous les applaudissements de la quarantaine de dirigeants présents.

Passion pétrole

Une phrase bien tournée, qui ne permet pas pour autant d’effacer une autre affaire récente. Le 20 octobre, la Petrobras, compagnie pétrolière détenue par l’État, obtenait auprès de l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables (Ibama) l’autorisation de rechercher des réserves d’hydrocarbures sur le site de Foz do Amazonas, pourtant situé à moins de 200 km de la plus grande forêt vierge du monde. Un projet soutenu avec enthousiasme par ce même Lula, qui critiquait en février le « baratin » de l’Ibama, trop lente à délivrer la licence à son goût.

Car l’ancien métallurgiste a beau pouvoir se targuer d’un bilan jusqu’ici inégalé en termes de déforestation, notamment en Amazonie, ses trois mandats sont marqués par un fort engagement en faveur des énergies fossiles et de l’industrie. « Les gouvernements Lula ont toujours donné une importance croissante aux thèmes environnementaux, observe Rogerio Rocco, directeur de l’Ibama de Rio de Janeiro. Mais il est aussi évident que Lula est un ex-syndicaliste, de l’époque des grandes lignes de production automobiles. Il a une logique plus ancienne, qui adhère à la croissance économique et à la création d’emplois à travers la croissance industrielle. »

Lire aussi : Le Brésil s’affiche en champion du climat... Mais promeut la déforestation

En témoignent ses deux premiers mandats (2003-2011), où l’exploitation des gigantesques gisements de pétrole sur le site dit du « pré-sel » aura joué un rôle décisif dans la spectaculaire baisse de la pauvreté, en créant de nombreux emplois. Une méthode éprouvée, et en passe d’être répétée « jusqu’à atteindre l’indice de développement humain (IDH) des pays industrialisés », selon Alexandre Silveira, actuel ministre des Mines et de l’Énergie.

Le président, lui, affirme vouloir utiliser la rente pétrolière de Foz do Amazonas pour financer la transition écologique du pays. Ciro Brito, membre de l’Institut socio-environnemental (ISA), ONG spécialisée dans la défense des peuples autochtones brésiliens, n’est pas convaincu. « La transition peut être financée par plusieurs autres méthodes, comme une réforme de l’impôt, une recherche accrue de financements internationaux ou la création de fonds d’investissement », liste le militant, présent à Belém pour tenter de peser sur la COP30.

La centrale de la discorde

La controverse en rappelle une autre, datant de l’époque des premiers mandats de Lula. À l’époque, le champion de la gauche souhaitait la construction de la centrale hydroélectrique de Belo Monte, dans l’État amazonien du Pará. Colossal, le plan prévoyait de profiter de la puissance du fleuve Xingu pour alimenter quotidiennement plus de 20 millions de personnes en électricité renouvelable. Mais il nécessitait également le déplacement de milliers de personnes issues de communautés autochtones et traditionnelles — comme les quilombolas, ces communautés fondées au XIXe siècle par des esclaves en fuite —, l’inondation de 47 800 hectares de forêt, ainsi que l’assèchement de plusieurs affluents du fleuve. Un sacrifice que n’était pas prête à faire Marina Silva, ministre de l’Environnement de l’époque et figure emblématique de la lutte pour l’Amazonie.

Qu’importe pour Lula : lui souhaitait que le projet voie le jour. Le désaccord a largement entraîné la démission de la ministre en 2008, qui ira jusqu’à former son propre parti politique, en conflit ouvert avec la ministre des Mines de l’époque, Dilma Rousseff, principale partisane du projet de Belo Monte, depuis construit. Cette dernière sera ensuite désignée par Lula pour lui succéder à la présidence, ne pouvant pas briguer un nouveau mandat.

Une « loi de la dévastation »

Quatorze ans plus tard, en 2022, la hache de guerre semblait finalement enterrée. À deux semaines du premier tour de l’élection présidentielle, Marina Silva apportait son soutien à Lula. Une décision principalement due au « besoin de Lula de former une ample coalition pour battre Bolsonaro », selon Danielle Hanna Rached, professeure de relations internationales à l’université de São Paulo.

Un obstacle supplémentaire s’était ajouté sur la route des écologistes brésiliens : malgré la victoire de Lula, le Congrès est resté dominé par la bancada ruralista, groupe transpartisan soutien de l’agronégoce, disposant de la majorité absolue aussi bien au Sénat qu’à la Chambre des députés. C’est donc sans grande difficulté que les parlementaires ont approuvé par exemple en juillet la « loi de la dévastation », assouplissant à outrance l’obtention des autorisations environnementales pour les projets potentiellement nocifs à l’environnement.

Une situation qui, là encore, a mis l’ex-syndicaliste face à ses paradoxes. Car si Lula a bien usé de son veto présidentiel pour bloquer de nombreux articles de la loi, il a en revanche émis un décret permettant d’accélérer l’entrée en vigueur de celui sur les « autorisations environnementales spéciales », permettant au pouvoir exécutif de choisir des projets de travaux considérés comme « stratégiques » pour être examinés en moins d’un an, indépendamment des effets écologiques.

« Certains projets du gouvernement peuvent bénéficier de cette loi, comme le pavage de la route BR-319 [route de 885 km reliant les États d’Amazonas et de Rondonia] ou le Ferrogrão [projet de ligne de chemin de fer traversant l’Amazonie du nord au sud sur plus de 900 km] », explique Bruno Stankevicius Bassi, coordinateur de De Olho nos Ruralistas, un site d’investigation spécialisé dans l’agrobusiness.

Dialogue environnemental

Malgré tout, dans les milieux écologistes, difficile de trouver des voix rejetant en bloc le bilan écologique de Lula. Fidèle à sa trajectoire politique, le patron historique de la gauche brésilienne a toujours fait en sorte de maintenir une ligne ouverte entre la présidence et les mouvements sociaux.

En témoigne la création du ministère des Peuples indigènes, une première mondiale, et l’homologation, le 17 novembre, de quatre nouveaux territoires indigènes, après plusieurs actions choc lors de la COP30. Ou encore, l’objectif du Brésil d’éradiquer la déforestation à l’horizon 2030. « Il y a encore vingt ans, seule la société civile portait cette idée. Il semblait impossible qu’un président endosse cet agenda. Que l’objectif soit viable ou non, il peut produire des résultats très significatifs », assure Rogerio Rocco.

Alors que Lula est arrivé à Belém le 19 novembre, ces résultats, dans un pays miné par les désastres climatiques, se font toujours plus pressants.

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