123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

COP30

La COP30 vire au fiasco

« Nous sommes vraiment face à un scénario sans accord », a déclaré le commissaire européen chargé du climat, Wopke Hoekstra, lors de la COP30 à Belém, le 21 novembre 2025.

Ministre en colère, observateurs épuisés, texte « inacceptable »... C’est la douche froide à la COP30. Alors qu’elle se termine au Brésil, l’espoir d’un accord sur la sortie des énergies fossiles s’éloigne.

Belém (Brésil), correspondance

À chaque COP, la même rengaine. Le 21 novembre, jour officiel de clôture de la 30e conférence onusienne sur le climat, militants, observateurs et journalistes ont campé jusqu’au cœur de la nuit devant les bureaux de la présidence. À l’intérieur, les émissaires de différentes coalitions de pays y négociaient un accord depuis 17 heures à huis clos. Fin du suspense : ils n’ont pas réussi.

Faute d’informations, à peine un délégué sortait-il brièvement la tête de ces bureaux que toute une cohorte se précipitait vers lui, le bombardant de questions sur l’avancée des discussions. Ici et là, des personnes épuisées ont fini par s’asseoir ou s’allonger sur la moquette grise, utilisant leur sac à dos comme coussin. Un journaliste, lassé de rester planté comme un piquet, a demandé à son confrère de lui « craquer le dos » pour soulager ses douleurs musculaires.

Alors que le marteau du président devait s’abattre à 18 heures pour clore la COP30, les négociations ont pris — comme à leur habitude — un sacré retard. Elles ont non seulement été paralysées six heures durant, la veille, en raison de l’incendie ayant éclaté dans la zone des pavillons… mais les divisions se sont aussi intensifiées au fil des heures.

Journalistes et agents de la sécurité devant la salle des négociations de la COP30, le 21 novembre 2025. Flickr/Antonio Scorza/COP30

Bataille sur les fossiles

Le 21 novembre, à 3 heures du matin, la présidence a dévoilé un deuxième brouillon de texte censé favoriser le consensus. Échec total : celui-ci a au contraire cristallisé les tensions. Et pour cause, cette ébauche d’accord excluait toute mention de « feuilles de route » tant espérées sur la sortie des énergies fossiles et de la déforestation. Ce, alors même que le président brésilien Lula avait plaidé pour leur adoption.

Remplie de colère, la ministre colombienne Irene Velez a quitté — une heure avant ses homologues — une plénière à huis clos tenue le même jour à l’aube : « Nous ne pouvons pas accepter un texte qui ne traite pas des vrais problèmes, a déclaré celle dont le pays s’affiche comme un chef de fil antipétrole. Comment allons-nous sortir de cette COP et dire aux gens que nous nions la vérité scientifique la plus fondamentale, à savoir que les combustibles fossiles sont responsables de plus de 80 % des émissions qui provoquent le changement climatique ? »

Tout au long de ce grand raout, la ministre a intensifié ses efforts diplomatiques pour former une coalition inédite. Plus de 80 pays, du Sud comme du Nord, appelant à intégrer cette fameuse « feuille de route » sur l’abandon progressif des hydrocarbures dans le texte final. En découvrant qu’aucune mention à cette question n’apparaissait dans le projet de la présidence, la Colombie a menacé de bloquer les discussions. Une déclaration signée par une trentaine de pays, dont la Belgique, l’Espagne, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Panama et la France.

La Russie, l’Inde et l’Arabie saoudite

Deux jours plus tôt, le premier brouillon d’accord évoquait pourtant la possibilité de créer une « table ronde ministérielle de haut niveau » destinée à « aider les pays à élaborer des feuilles de route » pour réduire leur dépendance aux énergies fossiles et mettre fin à la déforestation. Bien que jugée insuffisamment ambitieuse par la coalition, cette mention avait le mérite d’exister. Alors comment un tel revirement a-t-il pu se produire en une poignée d’heures ?

« Ceux qui bloquent le plus ? On les connaît tous. Ce sont les pays pétroliers »

Pour la ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, la réponse est claire : « Ceux qui bloquent le plus ? On les connaît tous. Ce sont les pays pétroliers, bien évidemment. La Russie, l’Inde et l’Arabie saoudite. » Et ceux-ci commencent à coincer la COP30 dans une véritable impasse : « Nous sommes vraiment face à un scénario sans accord », a déclaré le commissaire au climat, Wopke Hoekstra, qui assure que l’Union européenne ne cédera pas sur l’omission de la feuille de route sur la sortie des fossiles.

Ce, quitte à partir de la conférence sans le moindre texte dans les bagages. « En l’état actuel, [le texte] est juste inacceptable, a abondé Monique Barbut. Ce n’est pas possible de partir avec un texte final [n’incluant pas un mot sur les fossiles et la déforestation]. On est à Belém. On est en plein cœur de l’Amazonie. »

Douche froide

Du côté de la société civile, l’heure est à la « douche froide », déplore Fanny Petitbon, responsable française de l’ONG 350.org. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir œuvré à la sortie des fossiles... Dès le lendemain de l’ouverture de la COP, des dizaines d’autochtones avaient forcé l’entrée de la « zone bleue », réservée aux négociateurs, pour exiger, entre autres, la fin de l’extraction pétrogazière.

Le 15 novembre, au mitan des négociations, des dizaines de milliers de personnes avaient également défilé dans les rues de Belém, transportant avec eux trois cercueils symbolisant l’enterrement du gaz, du charbon et du pétrole. Dans les couloirs de l’enceinte, les militants ont redoublé de créativité pour porter cette question en passant par du rap, du reggaeton et des pancartes. Certains ont même badigeonné les paumes de leurs mains de messages, qu’ils brandissaient aux dirigeants passant par là.

Lire aussi : « Quel désastre ! » : les peuples autochtones vent debout contre la COP30 des lobbies

Qui cédera le premier ? Le temps presse. De nombreuses délégations, hébergées dans des navires mis à disposition par le gouvernement du Brésil faute de place dans les hôtels, ont déjà dû quitter la capitale amazonienne le 22 novembre à l’aube. Certains avaient même déjà emporté leurs valises avec eux le 21 novembre au soir.

Et rares sont ceux prêts à rater leur avion pour assister à d’interminables prolongations : « Ma famille me manque », confie Juan Carlos Monterrey Gómez, envoyé spécial pour le climat du Panama, vêtu de son traditionnel chapeau de paille. Âgé de 33 ans, ce défenseur du climat, qui a signé la déclaration pour la fin des fossiles de la Colombie, a déjà participé à cinq COP. « Je commence honnêtement à être fatigué, reconnaît-il. C’est le même jeu chaque année. On arrive toujours au dernier jour sans avoir grand-chose à montrer. » Si la grande plénière finale est programmée à 14 heures, heure de Paris, le chemin à parcourir reste encore long.

legende