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ReportageCOP30

COP30 : un incendie, et l’espoir d’un accord historique

Des militants de Greenpeace devant la centrale de Muara Karang, en Indonésie.

Le suspense autour d’un accord historique sur la sortie des fossiles perdure à la COP30. Pays pétroliers et lobbyistes s’opposent à des acteurs pugnaces comme la Colombie, qui s’est déclarée officiellement exempte de grands forages en Amazonie.

Belém (Brésil), correspondance

Quelle drôle de tournure prend cette COP30. Après le coup de poker manqué de la veille, la conférence onusienne sur le climat a été chamboulée par un incendie, le 20 novembre au soir, heure de Paris. Sous les ordres des agents de sécurité, tous les participants ont fui l’enceinte du grand raout et les négociations ont été interrompues net plusieurs heures durant. Résultat : le suspense autour d’un potentiel accord historique sur la sortie des énergies fossiles perdure.

Il avait beau ne pas être à l’ordre du jour, ce thème est dans toutes les bouches à Belém. De retour aux portes de l’Amazonie avec la détermination de booster l’avancée des débats, le président brésilien Lula a de nouveau inscrit cette question à l’agenda de la COP30, le 19 novembre : « Il faut montrer à la société que nous voulons » sortir de la dépendance aux hydrocarbures, a-t-il déclaré. Une prise de position déterminante dans cette conférence peinant à définir un cap ? Ça aurait pu… s’il n’avait pas précisé ensuite : « Sans imposer quoi que ce soit à personne, sans fixer de délai. »

Il refuse d’« imposer quoi que ce soit »

Par ces mots, le chef d’État a aussitôt vidé de sa substance un objectif indispensable pour enrayer l’envolée des températures planétaires. « C’est possible, essayons », a-t-il encore mollement ajouté. Seulement, il ne s’agit plus d’essayer, d’ajouter aux ambitions un caractère non contraignant, encore moins des délais illimités. L’abandon progressif du pétrole, du gaz et du charbon doit s’opérer dès maintenant.

Le temps passe, et rien ne change

Malheureusement, des années durant, les pays pétroliers et les lobbyistes du secteur se sont tenus en rang serré pour que le sujet soit tu lors des conférences onusiennes sur le climat : « La COP28 a permis d’enfin briser le tabou avec l’adoption d’un accord international posant la première pierre d’une transition hors de toutes les énergies fossiles, détaille le Réseau Action Climat. Mais dans la pratique... Les États producteurs prévoient de produire, d’ici à la fin de la décennie, 120 % de plus que le volume de combustibles fossiles nécessaire pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. »

Autre mauvaise nouvelle : en 2024, la COP29 en Azerbaïdjan s’est terminée sans aucune mention explicite d’une transition hors des combustibles fossiles. En ne réaffirmant pas l’engagement pris à Dubaï, lors de l’édition précédente, les négociateurs ont acté un pas en arrière inquiétant pour l’avenir. Toute la question est désormais de savoir si les diplomates de la COP30 parviendront à rendre une meilleure copie.

Lobbyistes fossiles en rang serré

Difficile de rester optimiste en jetant un œil aux coulisses du sommet amazonien. Le 12 novembre, Mediapart dévoilait comment cinq émissaires du géant pétrolier TotalEnergies — dont son dirigeant Patrick Pouyanné — avaient obtenu une accréditation dans la délégation française pour accéder aux espaces réservés aux négociateurs : « Aujourd’hui, TotalEnergies arrive en tête des entreprises détenant en portefeuille le plus grand nombre de projets fossiles et de bombes carbone dans le monde, avec 154 projets », poursuit le Réseau Action Climat.

Le colosse français n’est bien sûr pas le seul à œuvrer contre la transition. Plus de 1 600 lobbyistes du secteur ont été autorisés à participer à la COP30, d’après le décompte de Kick Big Polluters Out dévoilé le 14 novembre. Une concentration inédite, laissant entrevoir pourquoi cet épineux dossier peine tant à franchir des caps au fil des négociations.

La Colombie mène la bataille

Toutefois, un vent nouveau semble souffler sur la conférence climatique depuis quelques jours. Irene Vélez Torres, ministre colombienne chargée de l’Écologie, a été la première à amorcer cet élan, le 13 novembre. Ce jour-là, elle a déclaré son pays comme le premier d’Amazonie dont l’intégralité du biome est exempte de forages pétroliers et miniers à grande échelle.

« Cette décision est une excellente nouvelle, un grand pas en avant, s’est réjoui auprès de Reporterre Harol Jhonny Rincon Ipuchima, du peuple Maguta d’Amazonie colombienne. Il faut désormais diffuser cette idée à d’autres pays, comme le Pérou, le Brésil, le Venezuela, la Bolivie, l’Équateur, etc. »

Dwirunney Torres, du peuple Arhuaco du Serra Nevada. © Raphaël Bernard / Reporterre

À l’Aldeia, espace ayant offert refuge aux peuples autochtones le temps de la COP30, beaucoup commencent à déserter les lieux. Entre les rares stands encore actifs, où certains s’ornent encore le corps de peintures traditionnelles, Dwirunney Torres, du peuple Arhuaco du Serra Nevada, applaudit et célèbre lui aussi cette déclaration inattendue : « Seulement, il serait bien plus significatif que tous les territoires autochtones en soient exemptés. » Une centaine de permis miniers menace le territoire où vit sa communauté : « Nous sommes menacés d’extermination physique et culturelle, non seulement nous, mais aussi nos terres. »

Krua Krexiare, du peuple Gaviao Parkateje, vit lui dans le sud de l’État brésilien du Pará : « Nous luttons contre l’invasion des entreprises pétrolières, minières et forestières, et ce depuis l’époque de nos grands-parents. À nous, les jeunes, de prendre le relais. La décision de la Colombie montre qu’en unissons nos forces, en se battant ensemble, nous pouvons réussir. »

Krua Krexiare, du peuple Gaviao Parkateje, vit dans le sud de l’État brésilien du Pará : «  Nous luttons contre l’invasion des entreprises pétrolières, minières et forestières.  » © Raphaël Bernard / Reporterre

Plus de 80 pays avec elle

Le 18 novembre, plus de 80 pays — parmi lesquels l’Union européenne (à l’exception de la Pologne et de l’Italie), le Royaume-Uni, le Kenya, les Îles Marshall et le Sierra Leone —, ont réclamé qu’une « feuille de route » soit adoptée pour pousser les États à véritablement mettre en route leur sortie progressive des fossiles.

« Nous voyons ici une coalition globale, Nord et Sud, unie pour dire d’une seule voix que le sujet des fossiles ne peut être ignoré, a notamment lancé le ministre britannique, Ed Miliband. Nous avons l’opportunité de faire de cette COP30 un moment marquant pour la transition mondiale hors des combustibles fossiles. »

À eux tous, les États partisans de cette initiative produisent à peu près 7 % de l’énergie fossile mondiale. Quelques grands producteurs de pétrole et de gaz y figurent aussi d’après le Carbon Brief, tels que la Norvège, le Mexique… et le Brésil. La présence dans cette liste du pays hôte, en dépit des déclarations de son président, illustre une chose importante : l’objectif n’est pas ici de s’accorder sur un contenu précis et fort ambitieux, mais seulement d’acter la création de cette « feuille de route » avant de débattre du fond lors des COP31 et 32.

Pas assez d’argent sur la table

Encore faut-il pour cela surmonter un obstacle : la coalition de 82 pays se heurte en effet à bien d’autres délégations. Au-delà des pétromonarchies désinvoltes en la matière, telles que le Qatar et l’Arabie saoudite, d’autres États sont aujourd’hui ultradépendants à l’or noir, à l’image du Gabon dont les exportations de pétrole constituent une grande majorité du PIB.

« On aurait pu convaincre ces pays de sortir progressivement du pétrole, du gaz et du charbon en échange d’un soutien financier conséquent pour réaliser cette transition, disait à Reporterre Anabella Rosemberg, du Climate Action Network, au lendemain de la COP29. Or, les États développés n’ont pas voulu mettre assez d’argent sur la table. Comment voulez-vous les encourager à sortir des énergies fossiles si on ne les aide pas un minimum ? » Une citation toujours d’actualité. Car à Belém, les pays riches dont la France refusent catégoriquement de relancer le houleux débat du financement mené à Bakou l’an passé.

Tandis que nous entrons dans le money time de cette COP30, censée s’achever en fin de journée le 21 novembre, les brouillons d’accord font des allers-retours entre les salles de négociations. La « feuille de route » de sortie des fossiles y sera-t-elle intégrée ? Pour l’instant, elle ne figure pas dans la dernière mouture en circulation.

Le 20 au soir, une trentaine de pays — parmi lesquels la France, la Colombie, l’Allemagne et le Royaume-Uni — ont écrit à la présidence brésilienne pour lui réclamer de revoir sa copie, trop peu ambitieuse : « Nous sommes profondément préoccupés par la proposition actuelle, à prendre ou à laisser. » Une grande plénière est pour l’instant programmée à 15 heures.

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