La COP30 démarre : tout comprendre en 5 points
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, à Belem (Brésil), le 6 novembre 2025. - Rafa Neddermeyer/COP30 Brasil Amazônia/PR
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, à Belem (Brésil), le 6 novembre 2025. - Rafa Neddermeyer/COP30 Brasil Amazônia/PR
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Le 10 novembre s’ouvre la COP30 au Brésil. Boycott de Donald Trump, maintien des fossiles, objectifs climatiques beaucoup trop faibles... Reporterre récapitule les 5 points à retenir.
Belém (Brésil), correspondance
Quinze jours de négociations internationales sur le climat débutent à Belém le 10 novembre. Aux portes de l’Amazonie brésilienne, les délégations affluent du monde entier pour assister à l’ouverture de la COP30. Optimiste, le président du pays hôte, Luiz Inácio Lula da Silva, dit Lula, a affirmé lors d’un entretien avec la presse que cette conférence serait « la meilleure de toutes » et marquerait « la mise en œuvre » des engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris, dix ans plus tôt.
La promesse du chef d’État se heurte à de nombreux défis. Le succès de la COP30 dépendra de la capacité des pays à relever leur niveau d’ambition en matière de réduction des gaz à effet de serre. Un défi de taille dans un contexte géopolitique tendu, marqué par des guerres et le retour de Donald Trump — climatosceptique convaincu — à la tête des États-Unis. Si le milliardaire new-yorkais a décidé de n’envoyer aucune délégation à cette grande messe, il devrait œuvrer dans l’ombre pour bloquer tout accord contraignant susceptible de perturber sa politique.
Le Républicain pourrait compter sur l’appui de quelques pays désireux de reléguer la défense du climat au second plan au profit des fossiles. « Les prophètes du désordre sèment le doute », a ainsi regretté Emmanuel Macron, en prélude de la COP30. Quels États seront en mesure de s’y opposer en s’emparant du leadership ? Le Brésil parviendra-t-il à effacer des mémoires le fiasco de la COP29 en Azerbaïdjan ? Que faut-il espérer de ce grand raout ? Reporterre fait le récap en cinq points.
1 — Des engagements beaucoup trop faibles
Cette année, les États signataires de l’Accord de Paris étaient tenus, comme tous les cinq ans, de renforcer leurs engagements nationaux de réduction des émissions — appelés contributions déterminées au niveau national (NDC) dans le jargon diplomatique. Objectif : maintenir le réchauffement planétaire en dessous de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Cependant, de nombreux pays, dont de grands émetteurs comme l’Inde et l’Arabie saoudite, n’ont pas présenté leurs nouveaux objectifs, initialement attendus pour février.
Le 5 novembre, seuls 98 pays, représentant 72,7 % des émissions mondiales, avaient soumis leurs feuilles de route, selon Climate Action Tracker. Parmi elles, seules celles de la Norvège et du Royaume-Uni entrent dans les clous de l’Accord de Paris. Dévoilée à la dernière minute le 5 novembre, au terme de houleux débats, la NDC de l’Union européenne a particulièrement déçu : alors qu’elle est censée être une bonne élève du climat, elle s’est limitée à une réduction de ses émissions de CO2 dans une fourchette comprise entre 66,25 % et 72,5 % d’ici à 2035 par rapport à 1990.
D’après les estimations du rapport de synthèse des Nations unies, publié le 4 novembre, ces nouveaux engagements sont largement insuffisants. Ils conduiraient à une hausse des températures mondiales comprise entre +2,3 °C et +2,5 °C d’ici la fin du siècle. Sans compter que le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, prévu pour janvier 2026, devrait ajouter à cette note +0,1 °C de réchauffement.
Pour s’aligner sur les trajectoires actées lors de la COP21, les Nations unies assurent qu’une réduction de 35 % à 55 % d’ici 2035 par rapport à 2019 est nécessaire. Les nouvelles NDC ne prévoyant qu’une baisse de 15 %, cette question s’érige déjà comme la mission n°1 des négociateurs de la COP30.
2 — Qui mettra la main au portefeuille ?
Pour que les pays — en particulier les plus pauvres — puissent renforcer leurs engagements et les tenir, des financements accrus sont indispensables. Lors de la COP29 à Bakou (Azerbaïdjan), les pays développés s’étaient engagés à fournir 300 milliards de dollars (259 milliards d’euros) par an à l’horizon 2035. Un accord jugé « ridicule » et « néocolonialiste », au regard de la dette climatique des États les plus riches — historiquement responsables de la crise climatique mais disposant pourtant de meilleurs outils pour s’en prévenir.
Considérant lui aussi cet engagement insuffisant, le Brésil a publié le 5 novembre une « feuille de route de Bakou à Belém ». Non contraignant, ce plan vise à mobiliser 1 300 milliards de dollars (1 123 milliards d’euros) supplémentaires par an d’ici 2035. Malheureusement, il mise surtout sur le recours aux banques multilatérales de développement et au secteur privé. Or, « il faudrait que les mécanismes de financement proposés n’endettent pas les pays les plus vulnérables », prévient Gaïa Febvre, chargée des politiques internationales au Réseau Action Climat.
Reste que la majorité des États les plus riches n’entendent absolument pas rouvrir cet épineux dossier. « La finance, c’était le thème de la COP29 en Azerbaïdjan, glisse une source diplomatique française. Ce n’est pas du tout l’enjeu des négociations de Belém. » Déjà profond l’an passé, ce fossé entre le Sud global et le Nord global risque à nouveau de mettre le multilatéralisme climatique à rude épreuve.
3 — La défense des forêts au cœur du jeu
Autre sujet à surveiller : le « Tropical Forest Forever Facility », dit TFFF. Lancé le 6 novembre, lors du sommet des dirigeants précédant l’ouverture de la COP30, ce fonds d’investissement mondial est l’initiative phare du Brésil. Il vise à générer quelque 4 milliards de dollars par an (3,5 milliards d’euros), destinés à récompenser financièrement pas moins de 70 pays pour leurs efforts de préservation des forêts jugées essentielles à la lutte contre le changement climatique.
Le président Lula ambitionne d’ores et déjà de lever 125 milliards de dollars (108 milliards d’euros) auprès des gouvernements et des investisseurs privés. L’idée « est perçue comme une grande réussite pour le Brésil », explique Gaïa Febvre. Pour l’heure, le Brésil, la Norvège, la France, l’Allemagne, la Colombie, les Pays-Bas, l’Indonésie ou encore le Portugal ont annoncé des contributions totalisant plus de 5 milliards de dollars.
4 — Le sort des fossiles, grand absent du programme
La COP30 risque en revanche de faire l’impasse sur une autre question cruciale de la lutte contre la crise climatique : l’abandon des énergies fossiles. « Le Brésil est ambivalent sur ce sujet », déplore Gaïa Febvre, du Réseau Action Climat. D’un côté, Marina Silva, ministre de l’Environnement, défend la mise en place d’un calendrier pour la sortie des énergies fossiles, adapté aux réalités et contraintes de chaque pays. De l’autre, André Corrêa do Lago, président de la COP, et Lula apparaissent plus réticents.
Et pour cause : huitième producteur mondial de pétrole, le Brésil ne compte pas renoncer de sitôt à l’or noir. Cette manne financière lui permet notamment d’alimenter un « fond social » qui comprend des programmes d’accès au logement, d’alimentation, de soutien aux populations indigènes... Elle sert aussi, assure l’État, à verdir le pays : Lula a publié le 6 novembre une tribune dans le journal Globo, l’un des principaux du pays, dans laquelle il a déclaré vouloir « orienter les ressources issues de l’exploitation pétrolière pour financer une transition énergétique juste, ordonnée et équitable sera essentiel ».
Le 20 octobre, trois semaines avant la COP, les autorités environnementales brésiliennes ont ainsi autorisé le début de forages exploratoires à 500 km de l’embouchure du fleuve Amazone. « Il faudrait que cette COP aborde ce problème », alerte Gaïa Febvre, qui estime que « ce serait un réel manquement si elle ne le faisait pas ».
5 — Quelle crédibilité pour la COP30 ?
Quoiqu’il en soit, les acteurs de ces négociations sont en quête de crédibilité. Dix ans après l’Accord de Paris, l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C est désormais inatteignable. « Nous avons échoué », a déploré le secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Dans un rapport accablant publié le 6 novembre, l’Organisation météorologique mondiale dévoilait même que les onze années écoulées depuis la COP21 ont été les onze plus chaudes à l’échelle planétaire depuis le début des mesures. Et 2025 n’échappe pas à ce funeste bilan puisqu’elle est en passe de se hisser au deuxième ou troisième rang des années les plus chaudes de notre histoire.
Dès lors, se pose inévitablement la question de l’utilité des COP. Plus de 1 770 lobbyistes fossiles avaient parasité l’édition précédente, en 2024. Se fondant dans la masse, des employés et sous-traitants d’ExxonMobil, Shell, Chevron, BP et autres géants des hydrocarbures freinent les avancées… tandis que la société civile et les pays les plus vulnérables se voient mis à l’écart.
Cette fois, le patron de l’ONU pour le climat, Simon Stiell a promis d’inclure les populations locales et autochtones, ainsi que la société civile. Enfin, peut-on dire, après trois COP consécutives dans des pays « où les droits humains sont réprimés ».