10 ans après l’Accord de Paris, le monde est en surchauffe
Des dégâts causés par l’ouragan Melissa, le 30 octobre 2025, à Petit-Goâve (Haïti). - © Clarens Siffroy / AFP
Des dégâts causés par l’ouragan Melissa, le 30 octobre 2025, à Petit-Goâve (Haïti). - © Clarens Siffroy / AFP
Durée de lecture : 6 minutes
Les émissions de CO2 s’emballent et les records de chaleur se multiplient, liste un rapport sur l’état du climat planétaire publié par l’Organisation météorologique mondiale, à quelques jours de la COP30.
On pouvait difficilement imaginer bilan plus calamiteux pour célébrer les dix ans de l’Accord de Paris sur le climat. De 2015 à 2025, les onze années écoulées ont été les onze plus chaudes à l’échelle planétaire depuis le début des mesures météorologiques. Quant à 2025, de janvier à août, la moyenne était de 1,42 °C au-dessus de la température pré-industrielle, ce qui devrait en faire la 2e ou 3e année la plus chaude de notre histoire, derrière 2024.
C’est ce qu’indique le rapport sur l’état du climat mondial publié le 6 novembre par l’Organisation météorologique mondiale (OMM). L’institution onusienne a sciemment publié son rapport à quelques jours du début de la COP30, qui doit réunir les négociateurs climatiques de tous les États à partir du 10 novembre, à Bélem, au Brésil.
Et pour cause : les émissions de gaz à effet de serre des signataires de l’Accord de Paris ont continué de s’envoler. Alors que la concentration de carbone piégé dans l’atmosphère avait atteint un nouveau record en 2024, elles ont continué de grimper en 2025.
« Cette série sans précédent de températures élevées, combinée à l’augmentation record des niveaux de gaz à effet de serre de l’année dernière, montre clairement qu’il sera pratiquement impossible de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C ces prochaines années sans dépasser temporairement cet objectif », a déclaré la secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo.
Les énergies fossiles explosent les compteurs
Non seulement nous continuons de réchauffer le climat, mais au lieu de diminuer, nos émissions de gaz à effet de serre n’ont jamais été aussi fortes. La concentration atmosphérique de CO2 est passée de 278 parties par millions (ppm) en 1750, à plus de 423 ppm en 2024. Lors de la décennie passée, l’accumulation se faisait au rythme moyen de 2,57 ppm par an. Un taux explosé entre 2023 et 2024, avec une hausse de 3,5 ppm dont le premier responsable est notre consommation d’énergies fossiles.
Effet pervers de la situation : la hausse des températures et ses conséquences nuisent à la transition énergétique, note l’OMM. Ainsi les records de chaleur en 2024 ont-ils fait grimper la demande d’énergie de 4 %, notamment pour des besoins de refroidissement. En Afrique centrale et australe, la demande énergétique annuelle a carrément excédé la moyenne de 30 %.
Dans le même temps, les conditions climatiques ont un effet majeur sur la production d’énergies renouvelables. Les sécheresses en Amérique du Sud ont, par exemple, considérablement réduit la production d’hydroélectricité, tandis que les conditions météorologiques en Asie du Sud ont réduit la production solaire et éolienne. Au global, la hausse de la demande énergétique en 2024 n’a pas pu être accompagnée d’une hausse équivalente de production d’énergie renouvelable.
L’océan en surchauffe
Les signaux d’alerte s’allument de toute part, dans le rapport de l’OMM, à commencer par l’état de l’océan. Celui-ci a continué de se réchauffer en 2025, alors même que 2024 constituait déjà une année record, le plaçant dans une situation dramatiquement critique.
Or, l’océan est le cœur battant de la Terre et de son climat, dont il absorbe 90 % de la chaleur excédentaire. Sa dégradation et son réchauffement a donc d’énormes répercussions en cascade en termes de perte de biodiversité, de dégradation des écosystèmes, de réchauffement climatique, en plus d’intensifier les tempêtes tropicales et subtropicales ou d’accélérer la fonte des glaces de mer, liste l’OMM.
En Arctique, la glace de mer, qui atteint son extension maximale vers le mois de mars, a enregistré en 2025 son étendue maximale la plus faible depuis le début des mesures satellitaires. En Antarctique, la glace de mer a, quant à elle, enregistré sa 3e plus basse extension maximale en 2025, le record étant, pour l’instant, détenu par l’année 2023.
Autre record : le niveau des océans a été enregistré en 2024 à 113 mm au-dessus de son niveau de 1993, au début des enregistrements. En 2025, le niveau semble avoir légèrement et temporairement baissé à cause de la variabilité naturelle du climat, dit l’OMM, mais la tendance générale est limpide : le niveau des eaux a progressé de 4,1 mm par en en moyenne entre 2016 et 2025. Une accélération massive par rapport aux 2,1 mm par an observés entre 1993 et 2002.
Des politiques climatiques désastreuses
En 2025, le changement climatique n’a cessé d’engendrer des phénomènes extrêmes, provoquant de nombreux morts et des dégâts socio-économiques majeurs, souligne l’OMM, à l’instar de l’ouragan meurtrier Melissa qui s’est abattu sur les Caraïbes en octobre.
Le changement climatique accentue également les extrêmes de précipitation : plus de sécheresses d’un côté, plus d’inondations de l’autre. Des conditions sèches persistent notamment dans le centre de l’Amérique du Sud depuis 2023. Fin 2024, plus de 420 000 enfants étaient affectés par les pénuries d’eau en Amazonie, alertait ainsi l’Unicef.
En termes d’adaptation, l’OMM souligne qu’il est essentiel que les efforts et les contributions de chaque État concernent également l’amélioration des services climatiques nationaux.
L’institution se réjouit, en la matière, que les services climatologiques essentiels soient disponibles dans deux tiers des pays, contre 35 % il y a cinq ans. De même, les « systèmes d’alerte précoce multidangers efficaces » se sont déployés massivement, 119 pays déclarant en être dotés en 2024 contre 56 en 2015.
L’adaptation risque toutefois d’être bien dérisoire si l’on ne fait pas bifurquer radicalement nos économies pour lutter contre « l’atrocité climatique » qui s’aggrave chaque jour. En l’état, les politiques climatiques dans le monde manquent tant d’ambition qu’elles nous mènent à un réchauffement cataclysmique d’environ 2,8 °C en fin de siècle.
L’Union européenne, loin d’être moteur, rechigne à réviser ses ambitions à la hausse. À la veille de la COP30, elle a même reculé sur ses objectifs, sous l’influence de plusieurs de ses membres dont l’État français.