La démocratie, l’oligarchie, l’écologie

30 mai 2011 / Hervé Kempf




La question écologique, avec le changement climatique, est devenue la question politique essentielle du début du XXIe siècle, la première question réellement planétaire de l’histoire. Comment allons-nous répartir les ressources et l’ « espace écologique » entre des humains qui n’ont jamais été si nombreux, sachant que la poursuite du développement économique tel qu’il est conçu conduit à une crise écologique insupportable ?

Le philosophe allemand Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité, publié en 1979 en Allemagne, a le premier posé le débat en ces termes. Afin de prévenir la réalisation de la catastrophe, il préconise « de renoncer à la prospérité au bénéfice d’autres parties du monde » et d’adopter la « fin nullement reluisante de l’automodération de l’humanité ». En termes concrets, et avec d’autres mots, cela signifie réduire la consommation matérielle et la consommation d’énergie.

Comment, en démocratie, majoritairement, décider de cette transformation radicale de la culture de consommation ? La démocratie est-elle à la hauteur du défi historique que pose la crise de la biosphère ?

Pour répondre à ces questions, il faut revenir à ce qu’est la démocratie. En simplifiant, elle est un triptyque :

- un temps de délibération collective informée par des médias indépendants des différents pouvoirs ;
- une décision, la loi, prise par la majorité au terme de cette délibération ;
- un respect du droit de la minorité qui permet de relancer la délibération sur les conséquences de la décision ou sur d’autres décisions à prendre.

Mais aujourd’hui, le capitalisme ne considère plus la démocratie comme indispensable à son existence, il la rejette même de plus en plus nettement puisqu’elle conduit logiquement à la remise en cause des pouvoirs en place.

Les conditions d’un bon exercice de la démocratie sont largement altérées. La délibération libre est viciée par le fait que les médias sont massivement contrôlés par l’oligarchie. Le choix majoritaire est tronqué par le poids des lobbies voire, parfois, par le déni pur et simple du choix populaire, comme lors du référendum de 2005 sur l’Europe.

Le respect des droits de l’homme et des libertés publiques est bafoué au nom des politiques anti-migratoires. Le pouvoir politique est subordonné aux puissances financières.

En fait, les classes dirigeantes nous font entrer dans un régime oligarchique, où un groupe de personnes contrôlant les pouvoirs politique, économique et médiatique, délibèrent entre eux puis imposent leurs choix à la société.

Or l’oligarchie actuelle cherche avant tout à maintenir sa position privilégiée. A cette fin, elle maintient obstinément le système de valeurs organisé autour de la croissance matérielle et de la surconsommation – un système qui accélère notre entrée dans la crise écologique.

Mais si l’on veut décider les politiques adaptées à l’enjeu écologique, il faut revitaliser la vie et l’esprit démocratiques. Par exemple, un vrai débat démocratique est nécessaire pour exposer comment une baisse de la consommation matérielle suppose une réduction forte des inégalités et l’épanouissement d’autres activités sociales.

Plus largement, il faut rétablir la prééminence du politique sur « les marchés », la séparation entre l’intérêt général et les intérêts privés, l’indépendance des médias.

Pourrons-nous orienter l’être ensemble non-violent et coopératif – ce qu’est au fond la démocratie – vers le projet non pas d’avoir plus, mais d’éviter le pire, et aller vers un mieux-vivre en décalage complet avec la société de consommation dans laquelle nous baignons depuis notre enfance ? Ce n’est pas certain.

Mais ce qui est sûr, c’est que rester dans le système politique actuel, qui affaiblit de jour en jour l’idéal démocratique tout en maintenant l’illusion d’une croissance éternelle, nous en empêchera.





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Source : Reporterre

Première mise en ligne le 30 avril 2011.

In English : Democracy, oligarchy, ecology

Espanol : La democracia, la oligarquía, la ecología

En savoir plus sur le livre L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie

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