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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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Jardin sans pétrole

La fleur de carotte, une sublime ébouriffée

La floraison des carottes est une chose rare, car elle suppose que l’on ait renoncé à la récolte. Mais, ce laisser-faire a au moins deux avantages, celui de laisser à la nature la tâche des semis, et profiter de l’élégance de cette ombellifère.

Nous avons accepté une invitation chez des amis pour le long week-end de la Pentecôte. Avec les alternances de grosses chaleurs et de pluie et notre arrosage automatique de survie, les pois gourmands que nous dégustons par petites touches depuis déjà deux semaines doivent avoir atteint leur plein rendement, les fraises et les salades aussi. Et le mardi, je ne regrette pas d’avoir bravé le flot des travailleurs avec ma bicyclette jusqu’au quai du train pour Chamarande ! Je ne vois plus une fleur de pois gourmand. Les gousses suspendues en grappes sur chaque pied n’attendent que d’être cueillies. Les fraisiers aussi cachent sous leur feuillage dense des fruits bien rouges. Certains ont été dévorés par les fourmis, qui n’ont laissé que le pédoncule floral. Je leur sais gré de ce chapardage antigaspi : les escargots et les limaces sont plus dilettantes dans leur glane nocturne, laissant les fraises à moitié consommées.

Mes récoltes – pas loin d’un kilo de fraises et autant de pois gourmands – rangées dans les sacoches, je prends le temps de regarder le jardin, qui prend des allures estivales. 

Ce sont les ombellifères qui dominent aujourd’hui : la livèche, la coriandre et la carotte, presque en fleurs.

C’est la première fois que nous laissons la carotte fleurir. Aujourd’hui à peine éclose, ébouriffée à la manière d’un dahlia japonais, sa fleur est sublime. Il faut renoncer à récolter les carottes pour voir apparaître, l’année suivante, les fleurs, petites, blanches, serrées, toutes disposées sur une même surface sphérique. Puis, voir les graines se former. Inutile de tenter de les décrire. Henri de Vilmorin le fit fort bien en son temps, à la fin du XIXe siècle :

Petite, d’un brun verdâtre ou gris, légèrement convexe d’un côté, aplatie de l’autre, cannelée, et garnie, sur deux côtés, d’aiguillons recourbés ; elle a une odeur aromatique particulière très prononcée… »

Nous n’avons pas l’idée, comme cette famille de grainetiers, de récolter les graines, mais plutôt de les laisser tomber au sol, voire de les aider un peu en secouant la plante le moment venu afin qu’elle prospère où elle le voudra dans le jardin sans avoir recours au semis manuel. Celui-ci demande toujours un peu de travail à cause de la taille des graines qui nécessite d’éclaircir le semis toujours trop dru, puis de remettre en ordre la terre pour éviter que le collet des carottes ne verdisse à la lumière, et enfin d’arroser pour remettre en place les plants dérangés pendant l’opération.

Illustration de « Daucus carota ».

Comme les courges, qui sont apparues dans la roquette, ou les pieds de tomates sortis à l’insu, tout ce qui germe spontanément contribue à enrichir nos observations et, accessoirement, à nous nourrir.

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