La grève des jeunes pour le climat gagne Paris

Durée de lecture : 7 minutes

16 février 2019 / Marie Astier et Samuel Reffé (Reporterre)

Pour la première fois en France, les étudiants et lycéens français appelaient à suivre le mouvement international de la grève du vendredi pour le climat. Ils étaient plus de 500 à se retrouver devant le ministère de la Transition écologique, à Paris, afin de faire pression pour obtenir des mesures face à l’urgence climatique.

  • Paris, reportage

Une quinzaine de camions de police étaient garés sur le boulevard Saint-Germain à Paris. Micros, appareils photos et caméras, attendaient sur le trottoir d’en face. Hier vendredi 15 février à 13h50, il y avait plus de CRS et de journalistes que d’étudiants devant le ministère de la Transition écologique. « Comment je vais faire mes images ? » , s’inquiétait une rédactrice de télévision.

Puis une clameur est venue de la bouche de métro voisine. Une centaine de jeunes était retenue par un barrage de CRS. « La manif’ n’est pas déclarée, ils sont bloqués ! » s’exclamait quelqu’un. « Lycéens, étudiants, on y va ! » a lancé l’un d’eux, donnant l’énergie à une grappe pour s’échapper et aller s’asseoir, pancartes en main, devant l’entrée. « Ministère de la trahison écologique », indiquait l’un des slogans, affiché en dessous de la plaque officielle, tandis qu’une forêt de micros se penchait vers la trentaine de manifestants ayant réussi à se faufiler pour entamer le sit-in. La presse était tout ouïe pour écouter ces étudiants et lycéens qui ont rejoint le mouvement mondial Fridays for future (Les vendredis pour l’avenir), venus interpeller le ministre François de Rugy.

Au mégaphone, Léna, étudiante en géographie, a rappelé la demande sur laquelle les jeunes s’étaient mis d’accord pour ce premier jour de la grève française des jeunes pour le climat : « Nous demandons la diminution des émissions de gaz à effet de serre de 4 % par an ! » Assise sur le bord du trottoir avec quelques copines, Anna était venue du lycée parisien Lavoisier : « C’est notre première mobilisation pour le climat. On pense que c’est un sujet important et on a l’impression que le gouvernement ne considère pas assez cette cause ! »

Pendant ce temps, un peu plus loin, la bouche de métro continuait de déverser son flux de militants du climat en herbe. Un attroupement plus conséquent se formait et finalement, ils étaient bien 500, voire plus, à avoir répondu au Manifeste de la jeunesse pour le climat, paru sur Reporterre. À la suite du mouvement enclenché en Suède, en Belgique, en Australie et en Suisse, il appelait à la première grève pour le climat des étudiants et autres élèves français ce vendredi, et tous les suivants, tant que le gouvernement ne prendra pas les mesures nécessaires pour enrayer la crise climatique.

« Moins de riches, plus de ruches »

Dans l’assemblée, Reporterre a rencontré des élèves des universités de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, de Paris-Descartes, du lycée Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie, de l’Inalco, de Science-Po Paris… Après des matinées passées pour certains à tracter ou proposer des ateliers de sensibilisation dans leurs lycées, le rendez-vous était fixé à 14 heures devant le ministère de la Transition écologique. « Le mot d’ordre du jour consistait à faire le plus de bruit possible devant le ministère », a expliqué Estelle, 20 ans, bruxelloise et étudiante en droit-philo à la Sorbonne. « On essaye de se faire entendre d’une manière ou d’une autre. C’est organisé par les étudiants, aucune ONG ou association n’est derrière le mouvement. »

« On est plus chauds, plus chauds, plus chauds que le climat ! » lançaient les uns au son d’un tam-tam. « Anti, anti, anti-capitaliste », répondaient d’autres. « L’imagination au pouvoir », proclamait une pancarte en souvenir de mai 68. Et elle ne manquait pas dans les slogans : « Le niveau de la mer s’élève, nous aussi » ; « Moins de riches, plus de ruches » ; « Water is coming » - en référence à la série Game of Thrones - ; « Désolé papa, maman, je vais sécher comme la planète », ou encore « Sauve le climat, taxe un banquier ».

Ambre : « Le gouvernement doit prendre des mesures plus audacieuses pour nous assurer un avenir viable ».

« Je suis venue pour répondre à l’appel de Greta Thunberg. Comme elle dit : pourquoi étudier pour un avenir qui n’existera bientôt plus ? », estime Ambre, étudiante à Paris Dauphine. « Le gouvernement doit prendre des mesures plus audacieuses et efficientes pour nous assurer un avenir viable. »

Coline et Grégory, eux, ont plutôt le profil scientifique. Ils sont élèves ingénieurs à l’École des Mines de Paris. « Dans notre cursus, on est rapidement sensibilisés aux enjeux de la transition écologique, mais il apparaît urgent de modifier les programmes scolaires pour sensibiliser les plus jeunes à l’urgence du changement climatique », demande Grégory. « Il faut qu’on se mobilise, pour montrer que la jeunesse est prête à prendre des mesures importantes face au réchauffement climatique », reprend Coline, avant que notre entretien soit interrompu par une nouvelle volée de slogans.

vendredi vert et samedi jaune

Une accalmie plus tard, on a croisé Marius, étudiant en Sciences-politiques à Saint-Germain-en-Laye : « Ils autorisent la Montagne d’Or en Guyane, le raffinage d’huile de palme à La Mède, ils reculent sur le glyphosate sans aider financièrement les agriculteurs qui souhaitent faire la transition vers une agriculture durable... J’en ai marre ! » Il a participé à la première marche pour le climat en septembre dernier, et il est depuis de toutes les mobilisations. Désormais, ce sera vendredi vert et samedi jaune. « Je me dis qu’il faut absolument qu’il y ait une convergence des luttes car au fond on porte tous le même combat : plus de démocratie, plus de justice sociale et plus d’écologie. C’est vraiment important de lier les trois car la question des inégalités, elle réside autant dans la pollution que dans les revenus et la participation à la démocratie. »

Fabien et Alice : « J’espère qu’on va assister à un tournant ».

Pendant que l’on conversait de-ci de-là, l’attroupement devant l’entrée du ministère avait considérablement augmenté. Il y avait bien deux cent jeunes serrés par un cordon de CRS. En retrait, Alice et Fabien étaient venus depuis la Sarthe, accompagnés de leur mère, profitant des vacances qui ont déjà commencé chez eux pour monter à la capitale. Les deux étudient en BTS agricole. « Les élèves que l’on côtoie tous les jours n’ont, pour la plupart, aucune notion d’écologie », regrette Alice. Les deux jeunes comptaient bien revenir le 15 mars, dans le cadre de la grève internationale pour le climat. « J’espère qu’on assistera dans les prochaines années à un tournant. Je ne vois pas pourquoi toutes nos petites actions réunies ne pourraient pas changer les choses », dit Fabien.

Venus pour soutenir la jeunesse, quelques aînés, militants de longue date de la cause écologique et climatique, étaient aussi présents. A l’instar de Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France : « Cela faisait plusieurs semaines qu’on attendait que ce mouvement pour le climat des lycéens et des étudiants prenne aussi en France. Ce sont ceux qui sont les plus directement concernés par les changements climatiques qui se mobilisent aujourd’hui. Cela me rend très optimiste. » Un peu plus loin dans la foule, on pouvait aussi croiser une autre figure des mouvements écologistes, Julien Bayou, porte-parole d’EELV et élu d’Île-de-France : « La jeunesse a tout compris. La population attend un changement radical, elle est prête, donc maintenant il ne faut plus tarder. Et en dernier recours, c’est la désobéissance civile qui s’impose ».

En fin d’après-midi, alors que Reporterre n’était plus sur place, un jeune nous a indiqué que les policiers auraient tenu la nasse jusque 19 heures. Ceux qui avaient les mains vertes d’avoir apposé leur main sur la façade du ministère avec de la peinture à l’eau « ont été retenus jusqu’à la fin et ont subit un contrôle d’identité systématique », nous a-t-on rapporté.

Les lycéens et étudiants évoquaient quand même leur intention de poursuivre sur le même programme tous les vendredis à venir : actions dans leurs établissements respectifs le matin, rassemblement sur Paris pour une action de désobéissance civile – ou autre manifestation – l’après-midi. Ils espéraient revenir encore plus nombreux vendredi 22 février prochain, d’autant que l’initiatrice suédoise du mouvement de la grève de l’école pour le climat, Greta Thunberg, sera présente à Paris. Puis le prochain grand rendez-vous est fixé au 15 mars. Le rendez-vous sera international, avec des marches, grèves, etc, programmées dans de nombreux pays.


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Lire aussi : Manifeste de la jeunesse pour le climat

Source : Marie Astier et Samuel Reffé pour Reporterre

Photos : © Marie Astier/Samuel Reffé/Reporterre

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