La peste soit de l’élection présidentielle

10 mai 2016 / Aurélie Brochard, Édouard Gaudot et Benjamin Joyeux



Le grand jeu de la Ve République recommence l’an prochain. Avec l’échec de la primaire citoyenne, estiment les auteurs de cette tribune, les chances sont maigres d’échapper au spectacle de l’élection du monarque républicain. Tant qu’à faire, ils recommandent aux écologistes de faire campagne sur l’Europe.

Aurélie Brochard, Édouard Gaudot et Benjamin Joyeux travaillent au groupe des Verts au Parlement européen.


L’année prochaine verra le retour inéluctable d’une maladie chronique qui enfièvre les Français. Tous les cinq ans, sous l’œil affamé de médias sans imagination, une poignée d’hommes et de femmes de ce pays succombent aux sirènes de la monarchie élective et s’adonnent à la guerre totale pour un trône de fer dont les ors républicains cachent mal la rouille et le cadre tordu. Victimes consentantes de cette mascarade démocratique, les Français font semblant de croire, l’espace d’une campagne, que la victoire de Machin ou de Bidule va éclairer leur quotidien grisouille d’une lumière providentielle.

Puis après la fête sur une place parisienne, la descente les reprend et en quelques semaines, le bûcher des vanités politiques vient remplacer les feux de joie. Au poteau, léchée par les flammes du ressentiment d’avoir cru n’importe quoi, l’effigie sacrificielle de celui qui voulut être roi. 

Cocher toutes les cases du bingo 

Cette addiction à la fiction religieuse d’un pouvoir absolu hérité de Saint-Louis, Saint-Just et Saint-Simon est tellement partagée que même les écologistes, qui prétendent entretenir un rapport dépassionné à cet exercice, et vouloir « sortir de la Ve », prient plus ou moins publiquement pour que monsieur Hulot revienne de vacances les sauver du naufrage qui s’annonce. Ils ont pourtant démontré depuis longtemps qu’ils ramaient très bien tous seuls.

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Tous les trois ans environ, les congrès des Verts illustrent cette contrainte présidentielle à merveille, tant les débats stratégiques ne parviennent pas à s’extraire des affres de ce Grand Projet politique inutile et imposé. Candidat, pas candidat, alliances, législatives, société civile, primaire etc., et quand toutes les cases du bingo sont cochées, de toute façon les Verts présentent quelqu’un, et souvent, ça se termine mal. On a même vu en 2002, le meilleur millésime, un épisode aussi drôle que consternant de la guerre des moustaches, par question corse interposée, figure imposée du cirque républicain. Gageons que 2017 n’échappera pas à cette règle d’or.
 

Notre horizon, c’est la planète

Les primaires constituaient sans aucun doute la seule issue de secours pour éviter l’impasse angoissante d’une candidature automatique et imposée de « Mou, président ». Mais encore eût-il fallu qu’elles fussent réellement un projet des citoyens, détaché des têtes de gondole parisiennes, des boutiques partisanes et des petits arrangements entre amis. Encore eût-il fallu que les Français n’eussent aucune mémoire, après avoir été fin 2011 plus de trois millions à voter pour le « changement maintenant » pour se retrouver trois ans plus tard avec comme Premier ministre un Sarkozy catalan. Encore eût-il fallu, enfin, que ces primaires ne renforçassent point ce qu’elles prétendaient combattre : le présidentialisme bonapartiste de nos institutions.

Alors il est grand temps de remettre l’échelon national — et son impact débilitant — à sa juste place : un niveau institutionnel incontournable, mais secondaire dans la marche de notre monde. Notre biotope, c’est le local. Notre avenir, c’est l’Europe. Notre horizon, c’est la planète. En 2017, candidat ou pas candidate, faisons campagne autrement et surtout sur Tout autre chose que ce Grand Projet politique inutile et imposé.

Faisons campagne sur les initiatives locales d’aujourd’hui, sur Demain, sur la culture et l’éducation, sur le cosmopolitisme et une société apaisée, sur la nature, sur l’Europe.

Oui, une campagne présidentielle française sur l’Europe.




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Lire aussi : Non candidat, Super Châtaigne veut le retour de la démocratie

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photos :
. chapô : Louis XIV : domaine public
. palais de l’Élysée : Wikimedia (Celette/CC-BY-SA-3.0)

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