La quasi-débâcle des listes écologistes

7 décembre 2015 / Barnabé Binctin (Reporterre)



Le premier tour des élections régionales a vu une nette avancée du Front national, qui passe devant les LR et le PS. Les listes écologistes voient leur score divisé par deux. Et dans le Sud-ouest, la liste d’alliance écologiste et gauche ne fait pas de miracle. Chez EELV, on cherche les raisons de l’échec, sans mettre en doute l’alliance avec le PS.

Le premier tour des élections régionales, dimanche 6 décembre, voit une percée historique du Front national : il approche des 30 % des suffrages exprimés, et est en tête dans six des treize régions. Les Républicains sont en deuxième position, le PS dégringole, EELV rapetisse, les alliances EELV-PG déçoivent.

La synthèse des résultats

. Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine : FN 36 %, LR 25 %, PS 16 %.
. Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes : PS 30 %, LR et centre 27 %, FN, 23 %.
. Auvergne-Rhône-Alpes : LR 31 % , FN 25 % PS 24 %, EELV-PG 7 %.
. Bourgogne-Franche-Comté  : FN 31 %, UDI 24 %, PS, 23 %.
. Bretagne : PS 35 %3, LR 24 %, FN 18 %.
. Centre-Val de Loire : FN 30 %, UDI 26 %, PS 24 %.
. Ile-de-France : LR 30 %, PS 25 %, FN 18 %, EELV 8 %, FG 7 %.
. Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées : FN 32 %, PS 24,41 %, LR 19 %, EELV-PG 10 %.
. Nord-Pas-de-Calais-Picardie : FN 41% 41 %, LR 25 %, PS 18 %, EELV-PG 5 %.
. Normandie : LR-UDI 28 %,FN 28 %,PS 24 %.
. Pays de la Loire : LR-UDI 33 %, PS 26 %, FN 21 %.
. Provence-Alpes-Côte d’Azur : FN 41 %, LR 27 %, PS 17 %, EELV-PG 7 %.

- Voir chiffres du ministère de l’Intérieur


C’est une soirée étrange que l’on a pu vivre hier soir au QG d’EELV (Europe Ecologie Les Verts). « Ce n’est pas la débandade annoncée », dit David Cormand, secrétaire national adjoint du parti, en charge des élections. « Un score en baisse mais qui ne s’effondre pas », juge Emmanuelle Cosse, la cheffe du parti, dans une brève allocution. Le score du parti écologiste a pourtant été divisé par deux comparé aux dernières élections régionales de 2010 – 12,2% alors contre 6,6% aujourd’hui.

C’est que le siège national d’EELV était aussi le siège de la campagne francilienne, pour laquelle le score final – 8 % – est jugé rassurant. « On est content d’être plus proche des 8 que des 6 % », dit Corinne Rufet, vice-présidente EELV sortante du Conseil Régional d’Ile-de-France. En duplex en direct pour France 3, Emmanuelle Cosse se dit « heureuse du score fait en Ile-de-France » tout en reconnaissant « un sentiment mitigé ».

Car sur l’ensemble du territoire, une seule liste écologiste franchit la barre des 10% qui permet de se maintenir au second tour. Avec 10,26 % des suffrages exprimés, Gérard Onesta réalise le meilleur score avec sa liste de rassemblement en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Très loin, pourtant, des 24,41 % de Carole Delga, la candidate socialiste, alors que les sondages avaient un temps laissé croire qu’il était en mesure de la dépasser. Et à Toulouse, Gérard Onesta n’a pas cherché à cacher la réalité : évoquant la situation politique du pays, il a dit que « le bateau est en train de couler ».

Les autres listes de rassemblement avec la gauche non PS ne dépassent pas les 7%. En PACA, la « coopérative » emmenée par Sophie Camard avec le Front de Gauche réalise 6,5 % tandis que la région Rhône-Alpes-Auvergne déçoit, avec seulement 6,9 % pour la liste emmenée par le duo Jean-Charles Kohlhaas (EELV) et Corinne Morel-Darleux (Parti de Gauche). Pis, dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, la liste d’alliance avec le Parti de Gauche de Sandrine Rousseau, porte-parole d’EELV, passe en-dessous des 5%. Un seuil de 5 % synonyme de remboursement des frais de campagne, que ne franchit pas non plus, en Bourgogne–Franche-Comté, la liste menée par Cécile Prudhomme.

Pour expliquer cet échec, chacun y va de son argument, même si tous s’accordent sur la conjoncture politique défavorable qui entoure cette élection – « un contexte sans précédent » pour Sandrine Rousseau. « L’effet ‘’attentats du 13 novembre’’ a anéanti tout effet ‘’COP 21’’ », dit Mounir Satouri, président du groupe des 51 élus écologistes à la région Ile-de-France. Parmi les embûches « nombreuses », Emmanuelle Cosse dénonce « les départs très très médiatiques de certains élus, à la rentrée, qui ont fait prendre du retard sur la campagne ». Sont directement visés les membres du nouvel UDE.

Selon Bénédicte Monville, porte-parole de la campagne EELV en Ile-de-France, il faut aussi voir dans ces résultats « la reconnaissance de l’hégémonie culturelle du FN », et la responsabilité dans cela, d’un « camp progressiste qui s’abandonne à ses thématiques ». Une critique à peine voilée du gouvernement socialiste et de ses récentes propositions autour de l’état d’urgence, telles la déchéance de nationalité ou le port d’armes pour les policiers municipaux, inspirées du programme frontiste.

Il y avait pourtant quasi-unanimité pour valider la consigne donnée par la direction du parti, dès les résultats tombés : la fusion des listes et l’alliance avec le Parti Socialiste. Un choix qui ne fait aucun doute pour Julien Bayou, porte-parole d’EELV : « A un moment donné, tu votes pour le moins pire ».

Une stratégie qui satisfait Cap 21, avec qui EELV était allié en Ile-de-France : « Nous sommes favorables à l’alliance avec la gauche raisonnable », explique Hervé Jacob, secrétaire général adjoint du parti de Corinne Lepage et candidat sur les listes de Paris. Ce directeur d’une entreprise de fabrication et de pose de murs d’escalade assure que « le tournant écologiste a été pris par le Parti Socialiste ». Quid de la répression des mouvements écologistes ces derniers jours ? « Nous sommes légalistes, nous n’avons pas été manifester place de la République, nous n’avons pas de culture activiste ».

C’est le discours de la responsabilité politique qui revient en bloc : « J’appelle à rejoindre Bartolone, il faut y être pour porter notre voix, on ne peut pas seulement râler », dit Alice Barbe, candidate d’ouverture en tant que responsable associative, et non-encartée à EELV. « On ne peut pas se permettre de ne plus avoir d’élus », assure un cadre du parti.

La plupart se montre confiants sur les négociations d’entre-deux tours, malgré le rapport de force largement défavorable. « C’est un duel de cynisme, explique Corine Rufet. Ils ont besoin de nos voix ? On va en profiter pour ‘’cranter’’ un certain nombre d’accords sur des dossiers chauds comme des GPII contre lesquels on lutte, par exemple. C’est de la vraie négociation politique ». Si certains admettent que le report des voix de l’électorat écologiste vers les socialistes n’est pas acquis, d’autres se veulent confiants : « Sur le terrain, les électeurs n’ont jamais mis en débat notre partenariat privilégié avec le PS. C’est une alliance naturelle, je n’ai pas de doutes sur le respect de nos électeurs » prédit Mounir Satouri.

Mais quelques voix discordantes expriment en off une gêne à l’égard de la stratégie du parti, « brandir l’épouvantail du FN pour mieux se jeter dans les bras du PS ».

Mais d’épouvantail, le FN se fait plus menaçant désormais, avec deux millions de voix en plus qu’en 2002. « On a beau se féliciter de rassembler 30 000 personnes dans les rues de Montreuil – car qui, dans le contexte actuel, est capable d’autant mobiliser dans l’espace public ? – force est de constater que cela ne se transforme pas dans les urnes, souligne Wandrille Jumeaux, membre d’EELV et un des organisateurs du Village mondial des alternatives. Numériquement, c’est même le grand écart avec le Front National ». Dimanche soir, Alternatiba semblait déjà loin.




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Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

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