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Climat

Le changement climatique allonge la durée de nos journées

Nos journées pourraient s’allonger de +2,62 millisecondes d’ici 2100.

Les dérèglements climatiques engendrés par l’humain ont une conséquence méconnue : celle de ralentir la rotation de la Terre et d’allonger légèrement la durée du jour.

À la très longue liste des maux causés par le dérèglement climatique — la multiplication des canicules, l’intensification des inondations, l’effondrement des rendements agricoles, l’augmentation de nos conflits avec les animaux… —, on peut ajouter celui-ci : l’allongement de la durée du jour. Tel est le résultat surprenant d’une étude menée par une équipe internationale de chercheurs, publiée le 15 juillet dans la revue de l’Académie des sciences des États-Unis (PNAS).

En couplant des données observationnelles à des modèles informatiques, l’équipe de scientifiques est parvenue à la conclusion que, sous l’effet du changement climatique, la durée du jour avait oscillé entre +0,3 et +1 milliseconde au cours du XXe siècle (1 000 millisecondes = 1 seconde). Cette tendance s’est accélérée depuis le début du XXIe siècle : depuis 2000, la durée du jour a augmenté d’environ 1,33 milliseconde. Si nos émissions de gaz à effet de serre continuent de croître sans relâche, nos journées pourraient s’allonger de +2,62 millisecondes d’ici 2100.

Déconcertant ? Afin d’expliquer le phénomène, l’un des auteurs de cette étude, Benedikt Soja, évoque les figures réalisées par les patineurs sur glace. Lorsqu’ils réalisent des pirouettes, ils peuvent être comparés à notre planète tournant sur son axe. « S’ils étendent leurs bras et leurs jambes assez loin de leur axe de rotation, ils sont relativement lents. Mais s’ils ramènent leurs bras au centre, ils accélèrent et tournent soudain très vite, explique à Reporterre le professeur en géodésie spatiale à l’École polytechnique fédérale de Zurich. Il en va de même pour la Terre. »

En faisant fondre les glaciers et les calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique, le réchauffement climatique a entraîné une « redistribution des masses dans le système terrestre », poursuit le scientifique. Lorsque la glace, devenue eau, se déverse dans l’océan, elle a tendance, « en moyenne », à se concentrer dans les zones équatoriales. Résultat : la Terre devient de plus en plus boursouflée en son centre, et de plus en plus aplatie aux pôles. Sa rotation est donc ralentie, comme celle d’un patineur artistique étendant ses bras à l’horizontale en plein milieu d’une pirouette.

Une rotation influencée par l’humain

Quelques millisecondes en plus sur une journée de 24 heures, cela peut sembler insignifiant. Pas de quoi espérer dormir davantage, ou disposer de plus de temps pour s’occuper de son jardin. Négliger ce changement serait cependant une erreur, selon Benedikt Soja. Il témoigne — une fois de plus — de l’effet sans précédent de nos activités sur la planète. « Pendant des milliards et des milliards d’années, la rotation de la Terre a été majoritairement modelée par l’influence gravitationnelle de la Lune, signale-t-il. Et en l’espace de seulement 100 ans, l’humanité a eu la capacité de changer cela. »

D’ici la fin du siècle, si nos émissions de gaz à effet poursuivent leur ascension délirante, l’influence du changement climatique sur la rotation de la Terre pourrait, pour la première fois, dépasser celle de notre satellite [1], s’émeut le scientifique.

Le changement climatique ralentit la rotation de la Terre. Flickr/CC BY-NC-ND 2.0/Inspiration4 crew

Au-delà de ces considérations anthropologiques et philosophiques, l’allongement de la durée du jour pourrait avoir d’importantes répercussions sur nos systèmes techniques : GPS, serveurs informatiques, technologies de télécommunication, dispositifs de transactions financières, engins spatiaux…

Pour fonctionner correctement, tous ces outils ont besoin que le temps universel (l’échelle de temps fondée sur la rotation de la Terre) et le temps atomique international (élaboré à l’aide d’horloges atomiques, et donc plus stable) soient parfaitement alignés. C’est la raison d’être du temps universel coordonné (UTC), qui fait coïncider le temps universel et le temps atomique international à moins de 0,9 seconde près.

L’effet du changement climatique sur la durée du jour devra être pris en compte et corrigé dans cette dernière échelle de temps, souligne Benedikt Soja. Cela peut être fait en ajoutant des secondes intercalaires, explique-t-il. « Si l’on ne prend pas en considération les petites variations [dues au changement climatique], ces systèmes ne fonctionneront pas aussi bien qu’aujourd’hui. »

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