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Eau, rivières, océans

Le changement climatique réduit la biodiversité marine équatoriale

La température de l’eau à l’équateur est déjà trop chaude pour que certaines espèces marines y survivent, constate une étude scientifique. Cette perturbation environnementale affecte la biomasse mondiale des animaux marins.

Les eaux équatoriales sont connues par les biologistes marins comme la zone qui concentre la plus grande diversité d’espèces marines. Mais sous l’effet du changement climatique, cette réalité est en train de s’inverser. Une équipe océanienne vient de montrer que la biodiversité diminue à l’équateur pour augmenter progressivement dans les zones au-dessus des tropiques. Publiés le 5 avril dans la revue scientifique PNAS, leurs résultats indiquent que « l’équateur est déjà trop chaud pour que certaines espèces survivent ».

À partir de la base de données mondiale Ocean Biodiversity Information System (OBIS), les chercheurs ont étudié la position latitudinale de 48 661 espèces entre 1955 et 2015, soit près de 20 % de la totalité des espèces marines identifiées. « Nous avons trouvé une diminution d’un tiers de toutes les espèces présentes à l’équateur », dit à Reporterre l’un des auteurs de l’étude, Mark Costello, chercheur à l’Université d’Auckland en Nouvelle-Zélande. La baisse est particulièrement importante pour les espèces pélagiques, qui vivent dans les eaux proches de la surface et sont plus mobiles que celles vivant dans les profondeurs.

Jusqu’à 50 % d’espèces en moins d’ici 2100

Les scientifiques savaient déjà que poissons et invertébrés marins réagissent directement au réchauffement des océans en se déplaçant vers les plus hautes latitudes, de manière à rester dans des habitats où la température est conforme à leurs besoins. Reprises dans les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) et de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), les modélisations réalisées par William W.L. Cheung ont prévu dès 2009 que la hausse de la température océanique entraînerait une baisse importante des espèces dans la zone intertropicale, baisse pouvant atteindre 50 % d’ici 2100.

« Ces nouveaux résultats sont importants, car ils quantifient pour la première fois à l’échelle globale un phénomène déjà décrit par les modèles, dit à Reporterre Philippe Cury, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). C’est incroyable de voir un effet aussi net sur une période d’à peine quelques décennies. » Mais si la biodiversité baisse au niveau de l’équateur pour augmenter plus au nord, « nous n’avons pas affaire à un jeu à somme nulle où il y aurait des gagnants et des perdants », met en garde le chercheur. Cette perte va fragiliser la pêche vivrière des habitants de ces régions. Et même si les régions plus septentrionales y gagnent à court terme, les modélisations à l’horizon 2100 prévoient une baisse de la biomasse mondiale d’animaux marins de 17 % d’ici la fin du XXIᵉ siècle si les émissions de gaz à effet de serre poursuivent leur trajectoire actuelle.

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