Le changement climatique va affaiblir l’agriculture du sud de l’Europe

Durée de lecture : 4 minutes

10 septembre 2019



Le changement climatique pourrait bouleverser le secteur agricole européen, selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE). La productivité des régions du sud pourrait chuter, mais pas celle des régions du nord.

Dans son rapport publié le 4 septembre, l’AEE craint une « alarmante cascade de répercussions du changement climatique sur les écosystèmes agricoles et la production de cultures », qui affecterait les prix, la quantité et la qualité des produits en Europe.

Les conditions météorologiques extrêmes et les événements climatiques comme les sécheresses et les gelées risquent en effet de bouleverser les habitudes commerciales et la distribution du revenu agricole en Europe.

Ainsi, l’Italie, la Grèce, le Portugal, le sud de la France et l’Espagne pourraient réduire leur rentabilité agricole.

La valeur des terres arables dans les régions du sud de l’Europe devrait chuter de 60 à 80 % d’ici à 2100. Les deux tiers de cette baisse de valeur se concentreront en Italie, où la perte totale pourrait se situer entre 58 et 120 milliards d’euros d’ici à 2100, soit une chute de 34 à 60 % par rapport à la période de référence de 1961-1990.

La fréquence des sécheresses devrait augmenter, surtout dans la région méditerranéenne au printemps et en été. Les températures élevées pourraient aussi affecter le secteur de l’élevage, en empirant la santé animale et en réduisant la production de bétail.

Alors que les conditions estivales trop sèches pourraient rendre les régions du sud moins propices à la production agricole et à l’élevage, la valeur des terres en Europe de l’Ouest pourrait en revanche croitre de 8 % et d’encore plus dans les pays baltes et nordiques.

La vigne méditerranéenne affaiblie

Des saisons de cultures plus longues et sans périodes de gel pourraient permettre la culture de nouvelles variétés, comme du maïs-grain et du blé d’hiver dans certaines régions du nord de l’Europe, montre le rapport.

Les régions les plus froides d’Europe connaitraient un rendement du blé plus élevé dû au réchauffement climatique, tandis que les pays de l’Est verraient une hausse du rendement dans la viticulture d’ici à 2050 grâce à de meilleures conditions thermiques.

À l’inverse, la pression thermique subie par les régions viticoles traditionnelles en Méditerranée réduirait leur production.

Un projet européen appelé VISCA (Vineyards Integrated Smart Climate Application) a débuté en mai 2017 pour évaluer ce que les industries viticoles européennes peuvent faire pour braver le changement climatique, dans le but de développer des stratégies d’adaptation à moyen et long terme.

Afin d’informer les viticulteurs des effets futurs du climat sur la quantité et la qualité du vin, une étude a été menée dans le sud de la France dans le cadre du programme européen d’observation de la Terre, Copernicus, pour mettre en évidence l’effet du changement des températures dans quatre stades phénologiques de la vigne – débourrement, floraison, véraison et maturité.

Compte tenu des défis pour les systèmes d’irrigation dans le sud de l’Europe en raison de la pénurie d’eau, un déplacement de la culture de l’olivier dans le nord et le centre de l’Italie, ainsi que dans de nouvelles régions de la France et dans le nord de la péninsule ibérique pourrait être envisagé.

Le rapport de l’AEE souligne que le secteur agricole doit continuer à s’adapter au changement climatique pour assurer une production agricole durable, étant donné que les effets globaux du changement climatique pourraient entraîner une perte de revenus agricoles dans l’UE pouvant atteindre 16 % d’ici à 2050.

Le rapport suggère pour cela que les décideurs politiques des États membres envisagent d’ajouter une disposition relative au paiement des services écosystémiques liés à l’adaptation dans le cadre de nouveaux programmes écologiques, afin de rendre plus attrayantes pour les agriculteurs les mesures d’adaptation.

- Source : Euractiv

- Carte : Pourcentage de changement prévu dans la valeur des terres agricoles pour la période 2071-2100 comparé à la période 1961-1990 (Rapport AEE No 04/2019, Van Passel et al. 2017).





Lire aussi : Ces aliments qui vont disparaître avec le changement climatique


22 septembre 2020
Néonicotinoïdes : betteraviers et scientifiques cherchent des « solutions alternatives »
Lire sur reporterre.net
22 septembre 2020
À Toulouse, sept personnes en prison pour des tags
Lire sur reporterre.net
22 septembre 2020
La banquise arctique a atteint sa deuxième étendue la plus basse jamais enregistrée
Lire sur reporterre.net
21 septembre 2020
Présidentielles : pas de candidat chez les Verts avant 2021
Lire sur reporterre.net
21 septembre 2020
Casino mis en demeure de ne plus vendre de bœuf issu de la déforestation
Lire sur reporterre.net
21 septembre 2020
Les 1 % les plus riches sont les premiers responsables du changement climatique
Lire sur reporterre.net
18 septembre 2020
À Gonesse, une fête pour lutter contre trois projets inutiles
Lire sur reporterre.net
18 septembre 2020
Une partie de la forêt de Compiègne « privatisée » pour la chasse à courre
Lire sur reporterre.net
18 septembre 2020
Zone à faible émission : sept villes sommées de limiter la circultation des véhicules polluants
Lire sur reporterre.net
18 septembre 2020
Nos portables pourraient accentuer la mortalité des insectes, selon une étude
Lire sur reporterre.net
17 septembre 2020
Nouveau report pour le Congrès mondial de la nature
Lire sur reporterre.net
17 septembre 2020
À Port-la-Nouvelle, les travaux du port géant se poursuivent malgré l’opposition
Lire sur reporterre.net
17 septembre 2020
Un paysan accusé de violences : il a lancé une bouse de vache lors d’une action
Lire sur reporterre.net
17 septembre 2020
En Bulgarie, un écologiste est en grève de la faim depuis 40 jours
Lire sur reporterre.net
17 septembre 2020
Un recours contre le projet du gouvernement d’offrir des sites « clé en main » aux industriels
Lire sur reporterre.net


DOSSIER    Agriculture et climat

21 septembre 2020
Carola Rackete : « Il ne s’agit plus d’être optimiste ou pessimiste mais de s’engager »
Entretien
22 septembre 2020
À Dijon, une zad pour préserver un îlot de nature en ville
Reportage
22 septembre 2020
La betterave, cheval de Troie des néonicotinoïdes
Reportage


Dans les mêmes dossiers       Agriculture et climat