Le dilemme de la bouillie bordelaise : l’utiliser, ou pas ?

17 septembre 2016 / Christine Laurent (Reporterre)



Autorisée en agriculture biologique, cette potion de sulfate de cuivre n’en est pas moins nocive pour le monde souterrain des jardins. Mais, contre le mildiou, les solutions de rechange ne sont pas aussi efficaces.

C’est inespéré ! Un plein saladier de tomates, des noires de Crimée énormes, bien plus grosses que les années précédentes. Des cerisettes aussi et des roses de Berne qui sont accrochées à leur pied vacillant maintenu par les tuteurs en bambou. En cette fin de saison, le feuillage est clairsemé, parce que nous avons supprimé les feuilles et les tiges attaquées par le mildiou ; nous avons écarté ces moisissures au plus fort des pluies du printemps en utilisant une solution de bicarbonate de soude et de savon noir. Mais, à notre retour fin juillet, après deux semaines d’absence, des taches noirâtres étaient apparues sur les feuilles et certaines tiges. Le bicarbonate est rapidement devenu insuffisant. Un traitement à la bouillie bordelaise, une potion qui contient du cuivre sous forme de sulfate, a permis d’enrayer le développement de cette algue microscopique longtemps classée parmi les champignons.

Les propriétés de la bouillie bordelaise pour lutter contre le mildiou ont été découvertes un peu par hasard. Alors que le botaniste et ampélographe franc-comtois Alexis Millardet parcourt les vignobles bordelais atteints par « mildew », arrivé d’Angleterre en 1878, il observe au château Ducru-Beaucaillou, à Saint-Julien-Beychevelle (Médoc), que les pieds de vigne proches de la route sont bleutés, mais ne portent aucune trace de mildiou. Il s’ouvrit de cette observation au régisseur du domaine, Ernest David, qui lui apprit qu’en Médoc, on avait pris l’habitude de répandre un mélange de sulfate de cuivre et de chaux sur les ceps de vigne en bordure des routes pour dissuader les maraudeurs qui volaient les raisins.

Depuis 1882, la bouillie bordelaise accompagne les viticulteurs ! Bien qu’autorisée en agriculture biologique, cette potion sème la zizanie dans le monde souterrain du jardin à cause de l’accumulation du cuivre dans le sol. Celui-ci anéantit les champignons microscopiques qui participent à la dégradation de la matière organique et à la formation de l’humus avec d’autres, à peine plus gros, qui déploient leurs filaments pour aider les plantes à se nourrir. Il est aussi nocif pour les vers de terre. Avec la pluie qui est tombée cette fin de semaine, des décisions cornéliennes se profilent !




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Source : Christine Laurent pour Reporterre

Photos : © Christine Laurent/Reporterre

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