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Quotidien

Un système d’assainissement écolo et pas cher bientôt autorisé ?

Le filtre à broyat de bois est relié à la maison par des canalisations et permet de recycler les eaux ménagères.

Mode d’épuration et de recyclage des eaux grises, les filtres à broyat de bois pourraient se multiplier. Une expérimentation nationale de cet outil 100 % écolo est en cours pour mettre fin à un vide juridique.

Donner une seconde vie aux eaux ménagères en irriguant arbustes, arbres fruitiers ou végétations d’agrément ? C’est la promesse des filtres à broyat de bois, une solution d’épuration des eaux dites « grises » : les eaux usées domestiques faiblement polluées issues des douches, lavabos ou lave-linge, à l’exclusion de celles des toilettes à eau.

Plusieurs expérimentations sont actuellement à l’étude afin de servir de base pour un futur cadre légal. Il pourrait concerner les maisons qui ne sont pas reliées aux réseaux collectifs d’assainissement, en particulier dans les zones rurales.

Vide juridique

Les filtres à broyats constituent une réponse écologique à l’enjeu de la gestion des eaux usées. « Certains départements affectés par la sécheresse et la raréfaction de l’eau se positionnent d’ores et déjà en faveur de ce type de dispositif », explique Christophe Mérotto, directeur de l’écocentre Pierre & Terre, à Riscle (Gers), qui travaille de longue date à promouvoir ce modèle d’assainissement.

Or, si quelques centaines de particuliers ont déjà adopté le filtre à broyat de bois, ce dispositif reste marginal en raison d’un vide juridique. Il concerne principalement les détenteurs de toilettes sèches dont les eaux ménagères sont plus faciles à traiter. Mais, alors que les toilettes sèches sont autorisées depuis 2009, il n’existe aucun texte pour le traitement spécifique des eaux ménagères. Ni autorisé, ni interdit : son acceptation est laissée à l’appréciation des agents des services publics d’assainissement non-collectif, parfois frileux face à l’absence de cadre légal défini. L’État a donc lancé en 2023 une expérimentation, afin de statuer sur l’encadrement légal de ce type d’installation.

Restitution des eaux au sol et aux plantes

Le filtre à broyat de bois se présente comme un ensemble de tranchées — en général trois ou quatre — d’une quarantaine de centimètres de large, trente de profondeur et quelques mètres de long. Elles sont remplies d’un broyat de bois qui favorise l’infiltration des eaux usées dans le sol et abrite des bactéries qui les épurent. Un répartiteur permet d’alimenter chacun des filtres alternativement, par exemple à une fréquence hebdomadaire. Le tout occupe une surface de 30 à 40 m².

Ce type d’installation a au moins deux avantages. Le premier : son faible coût, de 100 euros pour une autoconstruction à 4 000 euros. Cela inclut surtout l’étude de sol réalisée par un professionnel et, dans les cas où la pente du terrain ne permet pas à l’eau de s’écouler depuis la maison, le creusement de tranchées, l’installation d’une canalisation et d’une pompe de relevage en plus des filtres et du regard de répartition. Un tarif raisonnable comparé au prix des systèmes conventionnels tels que les fosses septiques couplées à des filtres à sable ou des microstations d’épuration, qui atteint souvent 10 000 euros.

Lire aussi : Toilettes sèches : et si on s’y mettait ?

Second avantage : la restitution des eaux usagées au sol et aux plantes. Même si pour réduire la pollution en amont, il est préférable d’utiliser des produits ménagers (savon, shampooing, produit vaisselle, liquide lessive) respectueux de l’environnement.

Faisant suite à la demande de dérogation déposée par le Réseau d’assainissement écologique, dans le cadre du dispositif France Expérimentation et à l’arrêté ministériel du 30 mars 2023, une étude nationale a débuté cette année.

Un comité de pilotage réunit le ministère de l’Écologie et celui de la Santé, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae, unité de recherche Reversaal) et le RAE. Trente installations ont été sélectionnées parmi plus de 250 candidatures pour faire l’objet d’une supervision, majoritairement situées en France hexagonale. Deux se trouvent à la Martinique et à La Réunion.

Publications scientifiques encourageantes

L’expérimentation sera de deux types. D’une part, un suivi scientifique, confié à l’Inrae, portant sur quatre installations en Maine-et-Loire, Saône-et-Loire, Gers et Haute-Garonne. L’objectif : récolter un ensemble de données allant de la température et l’humidité dans le sol et dans le broyat de bois, en passant pas la hauteur de nappe et les précipitations. « Il faut s’assurer que l’eau s’infiltre bien dans le sol et évaluer l’effet du filtre sur le traitement de l’eau », résume Pauline Louis, chargée de recherche.

Les propriétaires transmettront une fois par an leurs réponses à diverses questions : est-ce que l’eau stagne en surface ? Est-ce que le broyat se tasse ? Y a-t-il des débordements ? Observez-vous des désagréments, comme des odeurs ?

Au terme du suivi scientifique, l’Inrae Reversaal rendra son rapport, vraisemblablement fin 2027. Viendra ensuite l’étape législative afin, peut-être, de transformer la réglementation liée au traitement des eaux ménagères et préciser les conditions d’usage des filtres à broyat de bois.

Vincent Le Daheron, animateur technique au sein de l’association Réseau de l’assainissement écologique (RAE) se dit confiant : « L’Inrae a déjà montré que cela améliorait la capacité d’infiltration des sols. La charge polluante des eaux ménagères est très faible. Qui plus est, les propriétaires de filtre à broyat de bois sont souvent des écocitoyens, qui utilisent des produits biodégradables. » Au vu des publications scientifiques encourageantes déjà produites par l’Inrae, l’expert est « extrêmement optimiste » sur l’issue de l’expérimentation.

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