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Le gouvernement est pathologiquement sensible aux lobbies

23 juillet 2015 / Noël Mamère



Justice incohérente sur Roybon et Notre-Dame-des-Landes. Infâme magouille du 49-3 pour imposer les déchets nucléaires de Cigeo. Libéralisation des autocars. Absence totale de réaction au rapport sur le coût de la pollution de l’air... Entre promesses électorales abandonnées en rase campagne et bras d’honneur aux associations, le gouvernement porte haut l’étendard de l’hypocrisie écologique.

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Noël Mamère.

La justice administrative n’aime rien tant que de jouer sur les nerfs des associations ! Elle vient de nous en apporter une nouvelle preuve sur les deux dossiers hyper-sensibles que sont Roybon et Notre-Dame-des-Landes.

Conception archaïque du progrès

Dans le premier cas, elle donne raison aux associations sur la protection des zones humides, mais rejette leur recours sur les espèces protégées ; dans le second, elle rejette en bloc les dix-sept recours visant à bloquer le projet d’aéroport. Cela signifie-t-il pour autant que le Center Parcs de Pierres et Vacances - 200 « cottages » en forêt de Chambaran - ne se réalisera pas et que l’aéroport de Vinci et de ses amis se fera ? Rien n’est moins sûr.

Pourtant, à entendre le Premier ministre, Manuel Valls, déclarant que les travaux de Notre-Dame-des-landes vont enfin pouvoir commencer, on se dit que « l’affaire est pliée » et que les barons locaux de la politique et de l’économie l’on emporté. C’est sans compter sur la détermination des zadistes et de leurs soutiens, qui ne sont pas près de céder devant deux grands projets inutiles, en contradiction totale avec les exigences de ce 21e siècle qui doit être économe en énergie et en consommation de territoire.

A Notre-Dame-des-landes, ils viennent de recevoir le soutien inattendu de la CGT qui se prononce pour une extension de l’actuel aéroport de Nantes, comme le proposent pas mal d’associations qui ont déposé ces fameux recours. Le gouvernement est maintenant devant ses responsabilités. Il ne va pas pouvoir se cacher encore bien longtemps derrière la justice. Ce sera pour nous une occasion de vérifier si, à quelques mois de la conférence de Paris sur le climat, il est capable de sortir de sa conception archaïque du progrès et de son double discours sur l’écologie.

Infâme petite magouille

Car, en la matière, nous avons été servis durant ces dernières semaines ! Je pense en particulier à cette infâme petite magouille, concoctée par le sénateur de droite Longuet, avec la complicité du gouvernement, consistant à profiter du 49.3 - qui devrait s’appeler « circulez, y’à rien à voir » - appliqué à la loi Macron pour valider le projet « Cigeo » d’enfouissement des déchets nucléaires en grande profondeur, sur le site de Bure.

C’est d’abord un joli bras d’honneur adressé aux associations qui se battent contre ce projet dangereux depuis des années et, accessoirement, une marque de mépris pour ceux de nos amis qui croyaient dur comme fer aux promesses de Macron de ne pas inscrire ce projet dans sa loi en échange de leur vote… Comme le disait le défunt Pasqua, « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ».

C’est aussi la publication des décrets Macron concernant la libéralisation des transports par autocar qui confirme en tous points ce que certains d’entre nous annonçaient : une concurrence déloyale faite aux trains inter-cités et aux lignes ferroviaires en difficulté… Avec l’aimable complicité de la SNCF, trop contente de se débarrasser du fardeau de la proximité au profit de l’investissement capitaliste dans le co-voiturage, qui n’est pas franchement sa vocation première. En matière de lutte contre l’effet de serre et de désertification des territoires, peut mieux faire !

Sensibilité pathologique aux poids des lobbies

Enfin, ce rapport de la commission d’enquête du Sénat sur la pollution de l’air, intitulé : « le coût de l’inaction », qui affiche le chiffre astronomique de 100 milliards d’euros par an, en dépenses de santé, absentéisme dans les entreprises ou baisse des rendements agricoles… « La pollution atmosphérique n’est pas qu’une aberration sanitaire, mais une aberration économique », écrivent mes collègues sénateurs. Et je ne sache pas que nous avons affaire ici à de dangereux ultras de l’écologie ! Constat qui s’ajoute à celui de l’OMS selon lequel les particules fines provoquent 42000 morts prématurées par an, en France.

Réponse du gouvernement ? A peu près le néant. A l’exception de Ségolène Royal, mais pour dire son refus d’aligner au plus vite la taxation sur le diesel à celle de l’essence ! Et pendant ce temps, l’Etat continue de verser 8 milliards par an aux constructeurs automobiles qui privilégient toujours le diesel , ainsi que de nombreuses exonérations fiscales. On savait ce gouvernement sensible au poids des lobbies mais, à ce point, ça devient pathologique !

Une dernière preuve ? Il suffit que les producteurs de viande et de lait bloquent la ville de Caen, si chère au Président de la République, pour qu’il annonce un « plan d’urgence ». Comment va-t-il s’y prendre entre le lobby de la grande distribution, qui étrangle ce secteur agricole, et celui des amis de M. Beulin, le patron de la FNSEA, auxquels il faudrait expliquer que nous consommerons de moins en moins de viande et qu’il serait nécessaire de favoriser dès maintenant leur reconversion… Mais tout cela n’était qu’un rêve de campagne qui a vite tourné au cauchemar.




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Source : Noël Mamère pour Reporterre

Photo : Wikipedia (Vel92/CC)

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