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Couché devant le Medef, braqué contre les écologistes, c’est le gouvernement Valls

2 février 2016 / Noël Mamère



Le Premier ministre poursuit son « grand bradage de l’environnement », des boues rouges à l’entêtement sur Notre-Dame-des-Landes. Mais les écologistes ne se laisseront pas « tondre comme des moutons ».

Noël Mamère est député écologiste.

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Noël Mamère.

Décidément, plus ce pouvoir se réclame de l’écologie, plus il la punit. Après la victoire diplomatique, en trompe-l’œil, de la COP 21, qui ne s’est traduit par rien de concret, hormis la baisse continuelle du prix du baril de pétrole qui contribue à détériorer le climat, le grand bradage de l’environnement se poursuit. François Hollande et Manuel Valls font tout ce qu’il faut pour rassurer les lobbies et réduire les écologistes à des quémandeurs de postes. L’humiliation pour les vendus et le bâton pour ceux qui résistent.

C’est d’abord le scandale des boues rouges dans les Calanques. Depuis près de 50 ans, en effet, Alteo, producteur d’alumine, peut rejeter ses résidus (aluminium, titane, vanadium) issus de la transformation de bauxite, surnommés les « boues rouges », à sept kilomètres au large de Cassis (Bouches-du-Rhône) dans le parc national des Calanques. Grâce au préfet, soutenu par le Premier ministre, il vient de gagner six ans de permis de polluer ! L’autorisation des rejets solides devait prendre fin le 31 décembre, mais le préfet avait annoncé vouloir la renouveler… Pour préserver quelque 650 emplois liés à l’activité d’Alteo. Ce qui a provoqué, évidemment, la colère des pêcheurs, riverains et experts en biologie marine. D’autant que la partie liquide des boues rouges peut continuer à être déversée jusqu’en 2045, selon une dérogation accordée en septembre 2014.

Manuel Valls n’hésite donc pas à décider lui-même, par préfet interposé, de la continuation de la pollution des calanques de Marseille. Il désavoue ainsi la pauvre Ségolène Royal qui, déjà reléguée au second rang dans les négociations climatiques, est réduite par le Premier ministre au statut de pot de fleurs dans une affaire où elle avait pourtant choisi de préserver l’environnement (ce qui est dans sa fonction !) en respectant les conclusions d’une étude de l’Anses, publiée le 21 décembre dernier.

 Comme à Sivens, les zadistes résisteront, état d’urgence ou non

Cette pollution qui dure depuis un demi-siècle va donc se poursuivre en vertu de la seule idéologie, je dirais même de la foi probusiness de Manuel Valls, qui ne peut souffrir d’être entravée par la contamination de quelques poissons colorés ou l’érosion accélérée de quelques roches sous-marines. L’argument de l’emploi à sauver est risible quand on sait comment le gouvernement cautionne les plans de licenciements et se couche devant le Medef, en reprenant toutes ses demandes sans contreparties.

La seconde leçon de choses de ce début d’année est, toujours et encore, la situation de Notre-Dame-des-landes, où le Premier ministre nous ressort les mêmes arguments d’autorité : les paysans qui résistent doivent être délogés. Ces affreux zadistes, ces « djihadistes » de la nature, en fait des femmes, des hommes et des enfants qui veulent préserver leurs terres de l’emprise d’un projet inutile et coûteux pour la collectivité, doivent être déchus de leur droit à continuer à vivre et travailler au pays.

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Manuel Valls en décembre 2015, à Berlin.

Le Premier ministre était encore dans ses langes quand les paysans du Larzac refusèrent que l’armée accapare leurs terres. Quarante ans plus tard, il tient la même posture que Giscard et Barre à l’époque. L’absurdité de cet entêtement n’est égale qu’à la grave responsabilité qu’il endosse : comme à Sivens, les zadistes résisteront, état d’urgence ou non. Et le prix à payer sera terrible. Nous l’avions prévenu avant la mort tragique de Rémi Fraisse, nous l’avertissons de nouveau aujourd’hui : il sera intégralement responsable de tout ce qui pourrait se produire sur le site de Notre-Dame-des-Landes. En devançant les recours, en refusant d’envisager une solution politique dans ce dossier sensible et emblématique, il va au-devant d’une confrontation que le pays ne peut pas se permettre.

 Nous avons désormais trois ministres de l’Intérieur pour le prix d’un !

Déjà, l’installation de l’état d’urgence avait montré comment les préfets interprétaient la notion de lutte contre le terrorisme, en assignant à résidence des familles qui voulaient participer à la lutte contre le réchauffement climatique, aujourd’hui la menace se précise. Nous avons désormais trois ministres de l’Intérieur pour le prix d’un ! Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Jean Jacques Urvoas doivent réfléchir aux conséquences de leurs décisions. L’écologie n’est pas un bouc émissaire. Nous ne nous laisserons pas tondre comme des moutons, dans les Calanques comme à Notre-Dame-des-Landes. Ceux qui prendront la responsabilité d’une nouvelle « opération César », comme à l’automne 2012, devront faire face à la détermination sans faille de milliers de femmes et d’hommes pour qui la Zad est une lueur d’espoir face à la destruction des terres agricoles et de la biodiversité par des requins du nom de Vinci.

La commune libre de la Zad est devenue l’étendard de toutes celles et de tous ceux qui refusent de se soumettre au productivisme, de se résigner à la dictature des lobbies du BTP, de l’agro-industrie, de la marchandisation et du complexe sécuritaire. La mobilisation c’est maintenant, pas en 2017.




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Lire aussi : Pour Manuel Valls, l’environnement, ça vaut quinze minutes

Source : Noël Mamère pour Reporterre

Dessin : © Red ! /Reporterre

Photo : Wikimedia (Olaf Kosinsky/CC-BY-SA-3.0)

DOSSIER    Chroniques de Noël Mamère

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