Le jardin ouvrier est devenu un modèle d’écosystème

19 mai 2014 / Charlotte Pasquier



Cultivé selon les principes de la permaculture depuis les années soixante-dix, le Jardin des Fraternités Ouvrières de Mouscron, en Belgique, est un exemple de système de maraîchage agroforestier fonctionnel, productif et respectueux de l’environnement.


Cultivé selon les principes de la permaculture depuis les années soixante-dix, le jardin de Gilbert et Josine Cardon est à la fois une curiosité et une référence pour les initiés.


- Josine -

Ce jardin de 2000 m² à l’organisation anarchique héberge quelques 2000 à 5000 (selon les témoignages) espèces d’arbres, légumes et plantes sauvages comestibles. Situé à Mouscron en Belgique, proche de la métropole Lille-Tourcoing, cet agro-écosystème urbain est extrêmement productif dans une zone où l’eau n’est certes pas limitante (850 mm/an) mais le foncier et l’ensoleillement (1500h/an) le sont.

L’association des Fraternités Ouvrières crée autour du jardin organise de nombreuses activités dans le but de susciter l’envie d’apprendre et de permettre à tous de cultiver des fruits et légumes sains et diversifiés. L’association propose des cours de jardinage à un prix dérisoire, des achats groupés de produits alimentaires biologiques, plants, amendements pour le jardinage, ainsi que des visites hebdomadaires de la fameuse jungle de Gilbert et Josine.

Elle organise également des conférences et groupes de réflexion autour de débats de société ; des livres sur les plantes, la cuisine, la santé, l’écologie, le jardinage naturel, l’agriculture écologique sont disponibles dans la bibliothèque. Une autre bibliothèque regroupe une collection de semences de 5000 variétés de plantes comestibles issus des jardins des membres et d’autres associations de conservation de vieilles variétés.

Ecosystème en équilibre dynamique avec des pratiques de jardinage permaculturelles éprouvées par 40 années d’expérience, ce jardin et ses jardiniers sont des trésors de vie et de savoirs.

Arbres et plantes annuelles dans un micro-climat particulier

Le jardin abrite environ 2000 arbres fruitiers (pommiers, poiriers, cerisiers, pruniers, agrumes, figuiers...) sur 2000 m², ainsi que de nombreux arbustes, grimpantes (vignes, actinidia, framboisiers, ronces fruitières...) et plantes annuelles.

La culture de plantes pérennes permet de voir augmenter la production tout en diminuant le travail nécessaire avec le temps. Cela ressemble aux systèmes vivriers agroforestiers pratiqués dans certains pays tropicaux. La culture se fait sur plusieurs étages, des grands arbres aux plantes herbacées, en passant par les buissons et les grimpantes.

Cependant les arbres plantés très serrés sont dits "dans un état de concurrence favorable". Ils sont taillés au début de l’été, technique qui les protège des pucerons et permet de maintenir une forme laissant passer la lumière dans les étages inférieurs. Cette technique se rapproche de la conduite des arbres trognes pratiquée dans nos régions jusqu’à la mécanisation.

Les arbres côté nord ne sont quant à eux pas taillés pour protéger le jardin des vents froids. Le micro-climat ainsi créé permet la culture de figuiers, bananiers et oliviers (reste à savoir s’ils produisent des fruits).

Biodiversité et résilience

En plus de toutes ces variétés d’arbres fruitiers, de nombreux légumes oubliés sont cultivés tels que la tétragone, sédum reprise, poirée, scorsonère, cardon... De nombreuses plantes sauvages sont consommées, elles passent de mauvaises herbes à plantes comestibles en augmentant la biodiversité du jardin. Des abris à insectes, des mares, des tas de bois et déchets sont autant de zones hébergeant une faune variée (des grenouilles, crapauds, cloportes, araignées, poissons, nichées d’oiseaux consommatrices de protéines...).

Certaines cultures sont surtout présentes pour favoriser les auxiliaires, la coccinelle dans le cas de la fève. Les associations de plantes sont pratiquées selon les connaissances populaires de jardinage et les découvertes faites par les jardiniers. La très grande diversité semble être moteur de résilience du système car les attaques sont rares et toujours limitées. Certains nuisibles sont observés mais provoquent peu de dégâts ou ne s’attaquent pas aux cultures tant qu’ils trouvent leur nourriture et l’eau par ailleurs.


- Gilbert -

Protection des plantes et observation

Outre les espaces favorisant les auxiliaires de cultures, certains intrants naturels sont utilisés pour la protection des plantes : purins végétaux recyclant les adventices, marc de café, algues marines, poudres de roche, cendres, eau savonneuse... Les jardiniers précisent que cela n’est plus nécessaire dans un système équilibré. L’observation est très importante pour déceler les indices de carences, attaques de nuisibles ou mauvaise santé des plantes.

De nombreuses serres froides

On dénombre huit serres froides, dont une serre californienne avec un bassin d’eau pour élever des poissons, réchauffer la serre en hiver et la refroidir en été. Ces structures permettent de réaliser des semis précoces, et constituent une adaptation au climat local. Les plantes annuelles sont repiquées en place dès qu’un espace se libère.

Le sol

Avec cette technique de repiquage, le sol est occupé en permanence, et n’est pas travaillé. Un griffage rapide permet de retirer les adventices avant le repiquage. Toutes les adventices sont laissées à l’endroit où elles ont été arrachées afin d’enrichir le sol des "éléments lui manquant" car les plantes spontanées sont plus adaptées pour extraire les nutriments les plus déficitaires.

Les bois de taille, déchets ménagers, fumier de poules sont déposés tels quels en surface et jamais incorporés au sol. La faune très active du sol participe rapidement à leur dégradation. Un paillage est ajouté au moment des fortes chaleurs pour limiter l’évaporation.

Association cultures-élevage

L’élevage d’une dizaine de poules permet de recycler certains déchets ménagers, produire des œufs et du fumier. Un tas de journaux en décomposition dans un endroit humide du jardin permet de produire un compost de vers de terre qui constitue la ration de protéines animales pour les poules.

Pourquoi ce modèle n’est pas transposable et enseignements à en tirer

Son climat, sa structure associative à vocation pédagogique, son coté artistique et créatif, font du jardin de Mouscron un système très spécifique qui ne peut pas être transposé tel quel. Cependant cet écosystème cultivé est un exemple de système maraîchage agroforestier fonctionnel, productif et respectueux de l’environnement.

Il serait intéressant de l’analyser plus complètement pour comprendre les mécanismes biologiques mis en jeu et leur connaissance par les jardiniers. Cela permettra également de caractériser les potentialités de production d’un tel agroécosystème basé sur le sol, l’arbre et la biodiversité et produisant une nourriture saine.

Cela permettra d’extraire des techniques ou modèles de conception applicables dans d’autres régions et avec des objectifs de production différents tout en respectant l’environnement. Il s’agit de produire des connaissances pour aller vers une véritable intensification écologique de l’agriculture.

« Nous avons ici des centaines de plantes aux vertus diverses. Le simple fait de les cultiver, de les voir s’épanouir, de les aimer nous guérit déjà. » - Gilbert Cardon




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Source : Courriel à Reporterre (Charlotte Pasquier).

Photos : Sagesse primordiale blog
. chapô : Goûter au jardin.be

Contact : Fraternités ouvrières

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