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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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Jardin sans pétrole

Le lichen, premier maillon de l’écosystème

Sur le trajet forestier vers le Jardin sans pétrole, le lichen a colonisé troncs et branches mortes. L’occasion de rappeler qu’une symbiose entre un champignon et une algue est à l’origine de cette très ancienne forme de vie.

Le centre équestre semble désert et me voilà devant le portail fermé. Je n’ai pas pensé à prendre ma clé. Pour rejoindre le jardin, il me reste la forêt. Je m’y engage, poussant ma bicyclette sur le chemin en côte, creux et caillouteux, avec deux semaines d’épluchures dans le seau à compost et les coquilles des huîtres — non triploïdes — d’un producteur de la baie de Quiberon dans mes sacoches. Nous pourrons les piler à la masse et les ajouter au compost avant de les épandre sur la terre afin d’en corriger la légère acidité. La pluie a compacté le sol sableux mais la prudence est de mise, car mon vélo n’est pas un VTT 

La promenade est bordée de mousse et de jeunes fougères, dont les verts lumineux émergent de la masse brune des feuilles d’arbre et des branches mortes, dont certaines sont colonisées par du lichen.

Le lichen a quelque chose de fascinant par ses figures, ses couleurs et sa capacité à s’installer à peu près n’importe où. C’est une forme de vie très ancienne apparue sur le continent premier, le Gondwana, il y a plus de 400 millions d’années. La température sur la Terre est alors en moyenne de 30 °C, la couche d’ozone, qui filtre les rayons ultraviolets, n’existe pas. Les lichens naissent d’une symbiose entre un champignon et une algue (et parfois des bactéries, permettant des combinaisons multiples des patrimoines génétiques). Il en existe près de 20.000 espèces. 

Le génie avec lequel tous ces êtres vivants s’organisent pour créer de la vie

Dans cette association, chacun subvient aux besoins de l’autre. Le champignon accueille l’algue et lui fournit des sels minéraux et l’humidité qui lui sont indispensables. En échange, l’algue apporte au champignon les « sucres » qu’elle fabrique par photosynthèse. Cette union a fait leur force et leur survie en autonomie et leur a permis de s’installer sous toutes les latitudes et sur des supports aussi hostiles que les rochers granitiques, créant le premier maillon de nos écosystèmes actuels. Je ne peux m’empêcher de penser aux mycorhizes, ces champignons qui s’associent aux racines des plantes et sont si bénéfiques à leur croissance.

Le jardin dort paisiblement. Les bourgeons sont suspendus dans l’air mais en soulevant la couette de feuilles brunies par l’eau, je vois des cloportes, des mille-pattes, des fourmis et des vers de terre à l’œuvre pour décomposer toute cette matière organique. C’est un émerveillement intellectuel d’imaginer le génie avec lequel tous ces êtres vivants s’organisent pour créer de la vie ; car même en ce début janvier, je peux récolter des radis noirs et de la cardamine hirsute, si abondante et riche en vitamine C. Sa consommation, je l’espère, va nous prémunir de la grippe.

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