Reporterre
a besoin de vous
0 €
COLLECTÉS
100 000 €
OBJECTIF
15
JOURS
61 %

Le réchauffement du climat menace la production de café brésilien

3 février 2017 / Mathilde Dorcadie (Reporterre)



Au Brésil, la production de café robusta est en berne à cause de sécheresses répétées. Les cultivateurs doivent migrer vers des régions plus propices ou changer d’activité. La vulnérabilité du café au changement climatique concerne le monde entier, dont la production pourrait chuter de moitié d’ici à 2050.

  • São Paulo (Brésil), correspondance

Dans la petite ville de Colatina, dans l’est du Brésil, c’est le chômage technique dans les usines de torréfaction. Alors que le secteur de la transformation du café devrait tourner à plein régime, le manque de matière première empêche les machines de tourner et les hommes de travailler. La récolte de conilon, une variété qui donne du café robusta, a été terriblement mauvaise cette année. L’État d’Espirito Santo, au nord-est de Rio de Janeiro, a vécu une nouvelle sécheresse en juillet et en août, affectant gravement les plantations pour la troisième année consécutive. Les autorités limitent drastiquement l’accès à l’eau pour l’irrigation des plantations.

Marcos Loosi n’a réussi à produire que 8 sacs de grains contre 89 en 2015, rapporte le journal local A Gazeta. Il s’est donc décidé à partir, avec sa famille, à 3.000 km plus au nord-ouest, vers l’Amazonie, pour replanter du café dans une région moins affectée par le manque d’eau. Son confrère Geraldo Butzlaff Filho a lui aussi perdu 90 % de sa production, mais pour ne pas quitter la région, il a choisi la solution de la conversion. Il élève désormais des vaches laitières.

Ces derniers mois, la situation a été si difficile pour les caféiculteurs, que la mairie s’est résolue à lancer des mesures d’aide d’urgence. Un coup dur pour la ville de 120.000 habitants, qui avait déjà souffert de la catastrophe de la pollution du Rio Doce, le fleuve qui la traverse, il y a un an« Nous n’espérons pas un retour à la normale avant 2018. Le scénario n’est pas très optimiste, beaucoup d’arbres sont morts. Nous n’avions pas vu une telle sécheresse depuis 80 ans », raconte Ricardo Luiz Pretti, agronome et secrétaire municipal chargé du développement rural de Colatina. Sur le territoire de la commune, les deux tiers des exploitations agricoles produisent du café et le secteur est vital pour l’économie locale. Dans la région, ce sont en tout une vingtaine de communes qui vivent du café.

120 millions de personnes qui vivent directement ou indirectement du café à travers le monde 

Le café s’avère être une culture très dépendante du climat. L’arabica, par exemple, pousse dans une fourchette restreinte de températures, entre 19 et 25 °C, et le robusta entre 22 et 26 °C. Les caféiers sont également sensibles aux fortes précipitations et aux sécheresses prolongées. Ainsi, le réchauffement de la planète a un impact direct sur la production de ce breuvage consommé 2,5 milliards de fois par jour.

On observe ainsi de manière étonnante, sur des cartes publiées récemment par l’Institut brésilien de géographie et de statistiques (IBGE), le « déplacement » progressif à travers les décennies des zones de cultures caféières, vers des zones plus propices.

Entre 1973 et 2013, les zones de production de café ont dû migrer vers le nord

« Il y a une tendance à la concentration vers les régions plus montagneuses, et malheureusement il n’existe pas de régions non explorées qui pourraient être envisagées dans le futur », explique Fábio Ruellas, agronome et consultant auprès de nombreux producteurs brésiliens. « L’État de São Paulo, qui a connu une grande prospérité grâce au café au XIXe siècle, a vu ses plantations remplacées par la canne à sucre, une culture beaucoup moins exigeante. À la suite de la crise de 1929, de nombreux producteurs ont perdu leur exploitation et les moyens d’investir de nouveau. Aujourd’hui, les difficultés que rencontre la caféiculture font que les producteurs réfléchissent à deux fois avant d’étendre leurs exploitations ou de replanter. » Petit à petit, les petits producteurs, comme ceux de Colatina, se tournent donc vers des productions moins risquées et avec plus d’avenir. Un phénomène qui concerne près de 120 millions de personnes qui vivent directement ou indirectement du café à travers le monde.

D’après un rapport publié en septembre par l’Institut du climat australien, en collaboration avec le label Fairtrade, si la limitation drastique des émissions de carbone n’est pas effective rapidement, la production de café pourrait chuter de 50 % d’ici à 2050. Bien entendu, ce type de prévisions à long terme ne peut pas prendre en compte les innovations scientifiques et technologiques. « De nombreuses recherches sont menées actuellement pour tenter de trouver des variétés plus résistantes aux températures extrêmes et au manque de pluie. Les cultures en sous-bois sont également une piste, car l’agroforesterie permet de réguler les températures et les sécheresses », souligne Fábio Ruellas.

La déforestation a des effets sur l’agriculture

Rangs de caféier au Brésil

D’autres informations inquiétantes sur l’avenir du café dans le monde sont présentées dans le rapport, qui prévoit que l’on va vers un café de plus en plus cher et certainement moins bon. La déforestation est notamment un facteur évoqué dans les causes de la sécheresse dans l’Espirito Santo. Les forêts tropicales sont en effet des puits hydriques qui alimentent les « courants » aériens des pluies et des vents. La disparition des poumons verts a donc des conséquences pour tous les agriculteurs et ceci même à des milliers de kilomètres. Par ailleurs, une maladie appelée « rouille du café » due à un champignon fait des ravages, notamment au Mexique. Celle-ci, bien que connue depuis longtemps par les cultivateurs, se propage plus facilement encore ces dernières années sous l’effet du réchauffement climatique.

Le Brésil est cependant moins menacé que ses voisins d’Amérique centrale. Malgré les pires résultats depuis une décennie des régions productrices de robusta (utilisé dans la préparation des cafés expressos et instantanés), le pays s’en sort grâce à d’excellentes récoltes d’arabica, pourtant considéré comme moins résistant. Mais le café est une culture biennale : 2016 est normalement parmi les bonnes années, cela signifie que la prochaine le sera forcément moins. La Conab, l’agence publique de gestion des affaires agricoles, estime que 2017 pourrait connaître une nouvelle baisse de 15 %.




Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : L’agriculture mondiale va être durement affectée par le changement climatique

Source : Mathilde Dorcadie pour Reporterre

Photos :
. chapô : © Fernando Mafra
. cartes : © IBGE
. champ de café : illy

DOSSIER    Agriculture et climat

THEMATIQUE    International
23 juin 2017
A l’examen du brevet des collèges, une propagande subtilement nucléariste
Tribune
6 juin 2017
La France doit confirmer son rôle de pionnière en agriculture biologique
Tribune
22 juin 2017
Le transport aérien est un ennemi subventionné du climat
Tribune


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       Agriculture et climat



Sur les mêmes thèmes       International





Du même auteur       Mathilde Dorcadie (Reporterre)