Le réseau français et européen contre les grands projets inutiles imposés prend de l’ampleur

7 décembre 2013 / Geneviève Coiffard-Grosdoy



Ce week-end voit se dérouler de nombreuses actions contre les Grands projets inutiles imposés. Les luttes locales ont commencé à se mettre en réseau, partageant expériences et informations. Car la même logique destructive et corrompue est à l’oeuvre dans tous ces projets lancés en Europe par les gouvernements et les multinationales.


De nombreux citoyens et peuples, en France, en Europe et dans le monde, s’interrogent de plus en plus sur la pertinence de projets pharaoniques : infrastructures liées à la production ou au transport de personnes, de marchandises, d’énergie (barrages, centrales nucléaires), de matières premières (mines) ou de ’biens’ manufacturés ; complexes touristiques, sportifs ou commerciaux...

Négligeant les conséquences pour les populations concernées, les dégâts environnementaux et climatiques induits, sur la finitude de la planète, politiques et multinationales prétendent vendre aux citoyens ces équipements au nom de l’« attractivité du territoire » ou du « développement ». Face à cette pression toujours plus forte, la mise en réseau de nombreuses luttes locales commence à se développer.

Un mouvement en développement

Des oppositions locales à plusieurs de ces projets ont déjà une longue histoire, mais ce qui est nouveau, c’est la mise en évidence de leurs caractéristiques communes et la mise en réseau des luttes et des alternatives. C’est ainsi que différents collectifs ont initié une réflexion collective, d’abord autour du ferroviaire, qui a abouti à la Charte d’Hendaye en janvier 2010.

La question de nouvelles LGV y est posée : outre leur coût monstrueux, elles déchirent et détruisent les territoires pour des gains de quelques dizaines de minutes, au détriment de l’entretien et de la desserte de lignes régionales qui répondent, elles, au besoin des populations locales

Le premier Forum Européen contre les Grands Projets Inutiles (GPI) a eu lieu à Venaus, en Italie, en août 2011, à l’initiative de No-Tav (opposition à la LGV Lyon-Turin), s’ouvrant aux thématiques Transport, au-delà du ferroviaire. Une délégation de Notre Dame des Landes a répondu à l’invitation des amis italiens, qui nous ont ’passé le flambeau’.

Le deuxième Forum, à Notre Dame des Landes en juillet 2012, a dépassé le thème des transports, intégrant la question de l’énergie ou des équipements touristico-commerciaux tels le projet d’EuroVegas en Espagne. Le terme « Imposés » s’ajoute alors à la description, et les « Grands Projets Inutiles Imposés » deviennent des GPII, appellation de plus en plus souvent reprise.

- A Notre Dame des Landes -

Depuis, d’autres rencontres ont eu lieu, à Florence en novembre 2012, au Forum Social Mondial à Tunis en mars 2013, à l’Action Gran Navi à Venise (contre l’entrée de grands navires dans la lagune, qu’ils ravagent), 3° Forum contre les GPII à Stuttgard fin juillet 2013->4282].

L’adoption de différents textes jalonnent l’avancée de notre réflexion commune

- La charte de Hendaye (23 janvier 2010)

Consacrée au ferroviaire, réunissant des représentants d’associations (Italie, France, Espagne), rédigée après analyse des différents dégâts, elle pointe les caractères communs des projets : désastre écologique, abandon de voies existantes, mensonges, déni de démocratie. Elle affirme la volonté de créer une opposition européenne et interpelle Commission Européenne, Parlement européen et gouvernements pour l’arrêt des travaux et l’ouverture d’un véritable débat public au niveau européen sur le modèle de transport, d’aménagement du territoire et de société.

- Le texte final du Deuxième Forum contre les GPII à Notre Dame des Landes (10 août 2012)

« Rassemblés pour identifier, recenser, combattre les grands projets que nous reconnaissons inutiles, ruineux en fonds publics et socialement injustes, écologiquement destructeurs ou dangereux, et qui excluent les populations de la prise de décision... », les participants affirment leur volonté d’« expliquer et populariser largement ce concept, et se doter de moyens concrets de communication, de mutualisation d’expériences, de développement d’expertise commune. »

- La charte de Tunis

Elle renouvelle les constats, en approfondissant l’analyse de la situation, « le système économique libéral qui domine le monde est en crise profonde... les mêmes mécanismes qui endettent les Pays les plus pauvres depuis la fin de la colonisation directe sont maintenant utilisés aussi dans les Pays occidentaux ». Elle propose des pistes pour la « recherche de solutions :

• l’entretien et l’optimisation des infrastructures existantes ;
• la transformation profonde du modèle économique et social aujourd’hui en profonde crise, en faisant notamment de la proximité et de la relocalisation de l’économie, de la protection des terres agricoles, de la sobriété énergétique et de la transition vers les énergies renouvelables décentralisées, nos priorités ;
• la restitution de la capacité de décision aux populations...
• de nouvelles relations entre les peuples au sud comme au nord, des relations de solidarité qui rompent définitivement avec la logique de domination et d’impérialisme. »

- A Tunis -

- Enfin la déclaration finale de Stuttgart, en juillet 2013.

Après le rappel des textes antérieurs, elle réaffirme « la volonté de renforcer les liens entre les différents mouvements d’opposition, au niveau national et international, en incluant ceux d’autres continents.
Ils déclarent qu’ils seront présents dans les débats pour les prochaines élections européennes.
Ils appellent dès aujourd’hui les mouvements d’opposition, l’ensemble de la classe politique et de la société civile à faire respecter toute les dispositions de la Convention Européenne des Droits de l’Homme ; de même, ils appellent à exiger la signature des Décrets d’application de la Convention d’Aarhus.
Dès maintenant ils ont décidé de se retrouver pour un 4e Forum contre les Projets Inutiles et Imposés qui aura lieu à Roşia Montană, Roumanie, du 1er au 4 mai 2014 »
.

- Près de Stuttgart -

Un réseau pour la convergence des luttes

En dépit de grandes similitudes entre les projets et les résistances, les mobilisations sont forcément marquées par les actualités locales, les acteurs sont variés… En ce sens, des structures ’verticales’ (syndicats, partis, grandes ong...) sont peu pertinentes, et c’est bien la nécessité d’une mise en réseau qui s’impose.

Réunir les opposants à l’EPR finlandais et à celui de Flamanville, les opposants à la LGV pays Basque du nord (côté français) et du sud fait sens. La mise en réseau nous permet d’échanger et de nous entraider sur les différentes formes de lutte : « Cherchez les conflits d’intérêt... et vous verrez, vous en trouverez... » ont sussuré les amis de l’opposition Lyon Turin à d’autres luttes qui n’avaient pas forcément exploré cette piste..., et on pourrait multiplier les exemples.

Pour autant ceci ne nous exempte pas de la recherche de solidarités locales (syndicats ouvriers et paysans, associations), en particulier sur les problèmes de l’emploi.

Enclencher la lutte suffisamment en amont d’un projet est identifiée par tous comme condition nécessaire pour mener des luttes gagnables, dont tous seront bénéficiaires.

8 décembre : 3è journée européenne contre les GPII (Grands Projets Inutiles Imposés)

Une mise en visibilité du réseau est la tenue (désormais européenne, mais aussi au-delà) de journées d’actions à la même date.

Pour l’opposition au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, des dizaines de points de visibilité et d’intervention sont prévus pour la journée du 8 décembre, en particulier en Bretagne. Ce n’est plus un secret de polichinelle, ils concerneront des zones ’autour’ d’axes routiers. Les personnes intéressées sont invitées à consulter leur comité le plus proche (liste par carte et contact).
D’autres groupes organiseront des soirées (CADE, No Tav...).

Actualiser la carte des GPII

Enfin cette journée est l’occasion de lancer un appel pour mise à jour de la carte des GPII.

Cette carte, démarrée par Nicolas H. (membre d’Attac et de l’Aitec) est un début de (gros) travail, qu’il faut actualiser et entretenir.

Nous vous invitons à consulter cette carte (par exemple à partir de ce lien) et d’envoyer vos GPII et à l’enrichir.

Renforçons notre réseau au niveau mondial !

Cela nécessite la mise en mouvement de millions de citoyens... et de vous !


Compléments d’info :

- Actions à Paris et en Ile-de-France : Costif
- Manifestation ce samedi à Orléans : SPLF45.
- Manifestation ce samedi à Brest : Courriel à Reporterre.




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Source et photos : Geneviève Coiffard-Grosdoy (membre de l’ACIPA et de Attac) pour Reporterre.

Lire aussi : A Lyon, la ZAD contre le Grand stade résiste toujours.


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